autoroute 2

Sur la  bande boueuse d'arrêt d'urgence, la foule en loque se presse
sous une pluie battante. Elle regarde passer les accidents...

Soudain le ciel s'embrase et les nuages crasseux dégoulinent le long
de la paroi tactile de la cybersphère. Alors la foule applaudit.


Ève est belle sur son selfie.

Adam se demande très lucidement, si son discret « j'aime »
au milieu des cent-quarante-cinq « j'adore » sera suffisant pour caresser
l'espoir de la culbuter en mp de manière courtoise.


Soudain... Bang ! Frrouhfff !
Encore un accident.
Beaucoup moins spectaculaire que le précédent, mais tout aussi beau.
Et tout aussi foutrement hardcore !

Alors la foule applaudit à nouveau.

Ève lâche nonchalamment un « Han ! Trop bien ! ».
Et ça commente... « Nan, mais c'lui-là, c'est carrément pas mon préf' ! ».
Et ça discute, les pieds dans la boue.

Une divine notification annonce que « Ève a actualisé son statut ».
Maintenant, sur son selfie, elle est entièrement nue sous la pluie.
Elle suce son index en souriant comme dans Alice au Pays des Sextoys.
Quelques traces de boue le long de ses cuisses la rendent encore plus belle.


Adam n'a rien vu. Il n'a plus de batterie.
À peine le temps de lire une citation de Gandhi écrite en blanc sur fond rose...
Et paf ! 
Son brightphone 8 switche en mode burn-out.

Dommage. On annonçait un splendide lynchage sur la voix rapide vers 15h43.
Encore un artiste... Accusé d'avoir été le miroir de cette civilisation putride.


Et cette pluie qui ne s'arrête pas...



– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments de genèse apocalyptique
et puis courir pieds nus dans la forêt –
(rien à voir avec mon nouveau livre en cours)