caspar

Au sommet de ce jour liquide je regarde, j'observe encore,
je renifle, avec une prudence téméraire, cet aimable prêchi-prêcha
victimaire, hashtagé, moraliste, non-binaire, revanchard, pétitionnaire,
antispéciste, pleurnichard, délationiste, paranoïaque, manichéen,
jeuniste, nombriliste, néo-féministe, posthumaniste, relativiste,
épicène, réformiste, utopiste, sans gluten, non genré,
et recyclable...

Incapable de me laisser lécher les plaies par les certitudes
du camp des uns et les intranquillités maladives des autres,
je choisi l'indifférence du chien galeux qui se roule dans la poussière
et se shoote à la verticale avec la lumière des premiers soirs
d'automne.

Pendant que je m'injecte mon propre venin
comme un sérum placebo, un Christ surfeur en short hawaïen
nous prédit, sur la plage, l'apocalypse selon Saint-Glinglin.
En lisant dans les trous noirs de son cerveau galactique,
il se laisse liker par des milliers d'hologrammes en paréo. Amen.

Au loin, l'indigeste indigence de l'ultra moderne assemblée
se perd dans les flammes du ciel incendie 
en un long et insignifiant murmure horizontal.

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, fragments –
(peinture : Caspar David Friedrich, 1821)