dimanche 30 septembre 2018

(sans titre)

mesguish

Avant hier, clochard-poète, je fus looser-astral à deux cents exemplaires aux éditions de la Loutre Céleste, hier, j'étais adulescent rebelle en érection sur facebook, aujourd'hui, enfin, me voilà rappeur omnipotent sur youtube. Je t'emmerde et je total'contrôle tes pensées en millions de vues. Je lèche ta boulimie de buzz. Je suce tes fake désirs de news. Tu es la petite pute de ma fiction paranoïaque et omnisciente. Je maîtrise la dialectique du loup, la sémantique de la mygale et la rhétorique du scorpion à réaction. Je t'inocule mon beatmaking à bout portant. Mon blaze fucke tes likes et je contemple mon flow-power de nounours bipolaire connecté à tout tes fantasmes. Je slame des incantations qui te subliment en hominidé moderne ; mou et con à la fois. Moi, je jouis en freestyle overdrive. Et toi, tu te kiffes à te sentir vivre et mourir ta life au même instant. Et tu en redemandes... 
N'est-ce pas le nec du nec, mec ? Ça y ressemble, on dirait.

 

 

– Dans mes carnet, mots en vrac, écrire des fragments de coup de boule
dans la fourmilière –
(artwork : David Mesguich, alcool marker on paper, 2009)

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mercredi 26 septembre 2018

La surface du réel

fildefer

« Les poètes disent que nous sommes confrontés à une surface du réel (les mécanismes ordinaires, le pragmatique, le quotidien, la nécessité de la conservation de l’existence). On se laisse absorber par cette surface du réel qui n’est que la pointe émergée de l’iceberg. Les poètes sont les vrais réalistes. On en fait toujours des rêveurs, des gens qui sont ailleurs, vous savez : « Ah, heureusement qu’on a des poètes pour nous faire rêver, etc. » Mais merde ! Non ! C’est tout le contraire ; les poètes sont entichés du réel, ils n’ont d’occupation que de répéter sans cesse que le réel n’est pas ce qu’on nous dit, ce qu’on croit ! Ils nous rappellent toujours que, par exemple, le moindre petit fait de l’existence, vu ou éprouvé, supposerait une Iliade ou une Odyssée à lui tout seul – c’est-à-dire un développement pour en saisir la résonance réelle en nous, comprendre comment en saisir les tenants et aboutissants, car entendre l’effet en nous du réel demanderait une quête et une exploration illimitées ! Le réel est illimité, voilà ce que disent les poètes ! Que rien, ni un caillou, ni un visage, ni un geste, n’est monosémique, alors que tout dans la société veut nous faire croire que ça l’est : un geste = un sens ; un regard, un visage = un sens. C’est la carte d’identité, c’est le jugement au faciès. Ou encore, un voile = un sens ; vous voyez ce que je veux dire... On est dans une sorte de monde totalitaire, au sens où il veut faire un tout de chaque chose, un tout clos. La poésie a toujours été une objection libertaire à l’organisation du monde et à la pensée du monde telle qu’elle est constituée dans l’imaginaire collectif par le pouvoir et les idéologies dominantes. N’oublions pas que l’imaginaire collectif est gouverné par les croyances, par les philosophies, par les dogmes. Ce n’est pas par hasard qu’on a mis les poètes en exil, rappelez-vous de l’époque grecque ou latine – ils gênent toujours, parce qu’ils récusent ces compréhensions limitées et closes du monde : ils disent toujours que, non, les choses ne sont pas « arrêtées » (et je dis « arrêtées » à dessein). Nous vivons dans un monde qui tend à immobiliser : jamais on n’a eu autant de forces d’immobilisation. C’est un processus délétère, gravement néfaste. »



– Jean-Pierre Siméon, dans la revue Ballast (extrait),
entretien avec Adeline Baldacchino, le 17 octobre 2015
à l’occasion de la sortie de son ouvrage « La poésie sauvera le monde » 
aux éditions Le Passeur –

(sculpture en fil de fer de mon copain François Deforges, 2018)

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mardi 25 septembre 2018

Soir

caspar

Au sommet de ce jour liquide je regarde, j'observe encore,
je renifle, avec une prudence téméraire, cet aimable prêchi-prêcha
victimaire, hashtagé, moraliste, non-binaire, revanchard, pétitionnaire,
antispéciste, pleurnichard, délationiste, paranoïaque, manichéen,
jeuniste, nombriliste, néo-féministe, posthumaniste, relativiste,
épicène, réformiste, utopiste, sans gluten, non genré,
et recyclable...

Incapable de me laisser lécher les plaies par les certitudes
du camp des uns et les intranquillités maladives des autres,
je choisi l'indifférence du chien galeux qui se roule dans la poussière
et se shoote à la verticale avec la lumière des premiers soirs
d'automne.

Pendant que je m'injecte mon propre venin
comme un sérum placebo, un Christ surfeur en short hawaïen
nous prédit, sur la plage, l'apocalypse selon Saint-Glinglin.
En lisant dans les trous noirs de son cerveau galactique,
il se laisse liker par des milliers d'hologrammes en paréo. Amen.

Au loin, l'indigeste indigence de l'ultra moderne assemblée
se perd dans les flammes du ciel incendie 
en un long et insignifiant murmure horizontal.

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, fragments –
(peinture : Caspar David Friedrich, 1821)

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lundi 24 septembre 2018

Mon nom

autographe

Murat, c'est le nom 
De mon grand-père. 
Je ne l'ai pas fantasmé 
Au creux du jupon humide 
D'une intrigante napolitaine 
Accrochée au cou 
D'un maréchal d'empire.

Murat, c'est le nom
De mon père.
Je ne l'ai pas volé
Aux vents auvergnats
Qui caressent la croupe
D'un volcan éteint
Sous la neige en feu.

Murat, ce n'est pas juste
Le pseudo-costume d'emprunt
De Jean-Louis, le poète maudit
Aux yeux bleus écorchés
Dans des buissons de mélancolies
Poisseuses et sublimes.

Murat, c'est mon nom à moi.
Pour de vrai.

 

 


– Pour Jean-Louis Bergheaud (dit Murat)
avec toute mon admiration à rebrousse-poil, sincère et désinvolte –

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jeudi 20 septembre 2018

Ce matin

matin

Ce matin au réveil 
Sans allumer facebook 
J'ai fumé deux clopes
Roulées à la main
Une avant le café
Une juste après

J'ai relu Rimbaud
Une saison en enfer
Délire II / Alchimie du verbe
J'ai mis un vieux vinyl de soixante-huit sur la platine
Pink Floyd / A saucerful of secret / face B

Sur la première page d'un nouveau carnet
J'ai dessiné un nuage avec du café froid
Et j'ai écrit un haïku par-dessus

J'ai passé un long moment
À contempler les traces féminines de ma fille
Dans sa boite à bijoux

J'ai gratté un La Mineur
Sur la guitare de mon fils aîné
Accrochée au mur de sa chambre

J'ai essayé un masque de Spiderman
Près du lit de mon fils cadet
Je n'ai pas fait de selfie

Dans la rosée je suis sorti
Et sur les premières feuilles mortes de la saison
J'ai marché pieds nus
Jusqu'à ma cabane atelier

J'ai vu le ciel me dire bonjour
J'ai senti les yeux du temps
Me ramener à la vie

J'ai pensé à mon copain Christian...

J'ai allumé l'ordi
J'ai ouvert facebook
Et je n'ai rien posté

 

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –

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mercredi 19 septembre 2018

Radicalité 2.0

pantoufles

Tourner sa langue de pute 
Sept fois dans sa bouche virtuelle
Avant de péter dans le vent. 
On apprend peu à peu.
N'est-ce pas ?

Peur de se faire lyncher.

Pratiquer en masse
Ce que les sociologues visionnaires
Des glorieuses seventies
Appelaient le conformisme radical ;
Quand tout le monde est non-conformiste,
Le non-conformisme devient le conformisme.

Légitimité de l'ultra moderne paradoxe ?
Ou logique du chaos en pantoufles ?

Conformisme du non-conformisme ;
La plus répandue et la plus hypocrite
Des prises de positions
Dans l'espace public ultra-connecté.

Petites mains besogneuses
Au service de la médiocratie du networking.
Petits consommateurs-idéologues de pacotille,
Hameçonnés par la grande spirale des algorithmes.

Libération de la parole ?
Ou régime de la terreur
À l'encontre des voix dissonantes ?

Culte du cyber-narcissisme,
Avènement de la célébrité auto proclamée,
Sacralisation de la figure christique
Du rebelle du dimanche.
Amplification inexorable et exponentielle
Du grand vide de la pensée collective.

 



– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –

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lundi 17 septembre 2018

Boomerang

nuageboom

Cette vieille chaussette puante 
Qui tournicote au-dessus des siècles,
C'est le boomerang de l'ordre moral.
Il vient se fracasser de temps à autre
Sur la tronche poreuse d
es civilisations malades.

Un retour de l'ordre moral
Est toujours un retour de bâton merdeux.
On ne sait qui a lancé ce boomerang la première fois.
Peut être Platon ?
Le Christ ?
Une druidesse encolérée ?
Un roi mage radicalisé ?

Rien n'est sûr...
Peut-être a-t-il été, tout simplement,
Lancé il y a plus de quarante mille ans
Par un homo sapiens refoulé ?
On ne sait.

Ce qui est sûr,
C'est qu'on se le prend dans la gueule
Régulièrement,
Tout les trente-six du siècle.

À l'instar de la comète de Halley,
Le retour du boomerang merdeux
Peut se vivre ;
Soit comme une célébration d'anciens combattants
À la salle des fêtes du village,

Soit comme une frayeur nocturne
De nouveau né de la dernière pluie...
Ou du dernier déluge.

Pas d'inquiétude...
Il y aura toujours un crétin,
Dans le dortoir de l'internat,
Pour relancer la chaussette puante
Encore plus fort 
Et encore plus haut.

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, fragments –

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vendredi 14 septembre 2018

Capituler

Lagune

Mes origines paysannes
me poussent aujourd'hui à me taire
devant toutes ces certitudes « ultra-connectées »
qui envahissent l'espace public en réseau
et qui ne sont certainement
qu'un fantasme collectif d'urbains-suiveurs-likeurs
déconnectés des entrailles de la terre.

Écrire et dessiner des livres,
c'est ma façon d'être au monde.
Et ma façon d'être au monde,
ce n'est pas de commenter l'actualité
pour faire le mariole,
ou de glaner avec un bon mot,
un quart d'heure de gloire de pacotille,
chaque jour, branché sur le grand vide du big data.

Faire œuvre de fiction, c'est respirer le réel
au lieu de l'humilier et de lui lécher le cul en flux tendu.

Et c'est toujours à l'aube ou au crépuscule,
que le monde réel doit capituler
devant la puissance des contes
et des légendes mille fois séculaires,
qui n'ont ni début, ni fin.

Ici, loin des villes, en regardant le soleil frémir sur la lande
entre la brume et le vent, personne n'est dupe.
Surtout pas moi.

 

 

– Dans mes carnets, écrire des fragments et me taire –
(photographie : Lagune dans les Landes de Gascogne / Félix Arnaudin / 1844-1921)

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vendredi 7 septembre 2018

So chic...

expo gallimard

Une belle expo collective où l'on pourra voir (et même acheter...)
quelques originaux noir&blanc de « mon » Vieil Homme et la Mer,
accrochés 
aux côtés de planches de Tardi, José Muñoz, Philippe Dupuy,
Aude Samama, Paul & Gaëtan Brizzi, Cyril Bonin, et Nicolas Dumontheuil !

vieilhommexpo

Posté par thierrymurat à 15:09 - Permalien [#]
lundi 3 septembre 2018

Cyber-fourmis

fourmis

Les fourmis cyber-connectées se donnent des leçons de morale
en débats virtuels et en temps réel.
Elles réinventent l'inquisition 2.0 ; le bûcher punitif et purificateur
partagé en réseaux.

Du bout de leurs antennes, elles consomment de la pensée mortifère
dans leur exhibitionnisme pudibond.

Au creux de leurs carapaces noires, elles sucent le cadavre liquide
de leur libido triste et fatiguée,
espérant un jour se reproduire
en likant la semence stérile
de leurs propres commentaires.


– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –

Posté par thierrymurat à 15:07 - Permalien [#]