mardi 29 octobre 2019

Lumen Minus

lune

« Si les religions ôtent sa vraie poésie à la lune, les sciences n’ont nul souci de la lui rendre ; la véritable science, par dédain de l’hypothèse, la fausse science, par recherche des panacées et des pierres philosophales. La lune, pour l’astrologue, c’est le signe sous lequel il y a dans le nouveau-né mâle trop de sang de femme, et dans le nouveau-né femelle trop de sang d’homme ; d’où l’hermaphrodite et l’androgyne et les faux sexes ; et la lune crée sur la terre Sodome. Pour l’alchimiste, c’est l’argent, luna, lumen minus, le soleil étant l’or. Pour les savants positifs et pratiques, c’est une force, faisant coïncider avec ses syzygies les hautes et basses marées ; Newton la calcule, la latitude de la lune est la mesure des angles des nœuds et ne passe jamais cinq degrés ; Robert Hook tâte sa chaleur, et lui trouve si peu de calorique et de clarté qu’il faudrait cent quatre mille trois cent soixante-huit pleines lunes pour équivaloir au soleil à midi. La lune n’a guère moins à se plaindre de l’astronome qui la fait chiffre que de l’astrologue qui la fait chimère. Ajoutez à cela la sœur d’Apollon, la chaste déesse, etc. Les poëtes ont créé une lune métaphorique et les savants une lune algébrique. La lune réelle est entre les deux. » 

— Victor Hugo, 1864 / Le Promontoire du Songe (extrait) — 
(Daguerréotype de Jonh W.Draper, 1840,
considéré comme la première photograhie de la lune) 

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samedi 26 octobre 2019

Sociologia

crétinus

— Dans mes carnets / Archives — 

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vendredi 25 octobre 2019

RubbleSky_432

rubblesky

— Dans mes carnets / Fragments épars — 

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jeudi 24 octobre 2019

Légende

pipo

Voici venir 
du Nord 
tous ces enfants 
superbes 
trottinant d'Est en Ouest 
et vers le Sud 
en croisade 
millénaire 
à travers les mondes 
en ruine 
suivant dociles 
l'immense procession 
et la flûte qui désenchante 
sans fin 
les rêves d'avenir 
jusqu'au jugement 
dernier 

 

 

— Dans mes carnets / Écrire des fragments légendés — 
(illustration : Le Joueur de flûte de Hamelin / Relevés de dessins
d'enfants, 
collectés par Miss Sara Cone Bryant vers 1900) 

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dimanche 20 octobre 2019

Typœtry #7

lo(u)ve

— Dans mes carnets / Fragments sauvagement typographiés — 

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samedi 19 octobre 2019

Arcane Majeur (sans nombre)

LeFol

L’arcane du Fou est la XXIIe et dernière lame du tarot de Marseille. Mais puisqu'il est libre de se placer où il veut et quand il veut, au début ou à la fin du jeu, le Fou échappe ainsi à la numérotation. C'est l'arcane sans nombre. « Je ne suis pas un numéro ! », nous dit cette lame qui a donné naissance au Joker de nos jeux de cartes modernes, celui que l’on place de façon artificiellement providentielle lorsque la situation est difficile ou désespérée. 

Depuis le XVe siècle, l'arcane majeur sans nombre est la figure du vagabond, du hors circuit, de celui qui gène, celui qui dérange... Et, en miroir, il est aussi le symbole des solutions socialisantes pour intégrer l'électron libre coûte que coûte et finalement le marginaliser ou l'exclure encore davantage, jusqu'à le détruire complètement, sous couvert de différentes idéologies sociétales ; religieuses, fascistes ou collectivistes (le couvent, le bagne, Auschwitz, le Goulag, etc.). L'état laïc et démocratique offre généreusement au fou l'alternative de l'hôpital psychiatrique. C'est plus propre. Plus clinique... Et puis c'est La Science, nom de Dieu ! 

Comme pourrait nous le faire croire le folklore clownesque autour de la figure contemporaine du Joker hollywoodien, l'arcane « XXII » n'est pas le symbole antisystème ou révolutionnaire de la destruction du carcan social. Il n'est pas l'icône du « Social Justice Warrior ». Il est tout simplement l'image de la fuite dont on ne cessera jamais, comme Henri Laborit, de faire l'éloge : « Se révolter, c'est courir à sa perte, car la révolte, si elle se réalise en groupe, retrouve aussitôt une échelle hiérarchique de soumission à l'intérieur du groupe, et la révolte, seule, aboutit rapidement à la soumission du révolté... Il ne reste plus que la fuite. » 

L'arcane sans nombre nous dit humblement : « Je ne change pas le monde en semant le chaos et en criant mort aux riches. Ça ne sert à rien... Je change mon monde à moi, je fuis et je prends la route avec mon baluchon. » 

 

— Dans mes carnets de route, notes en vrac — 
(Gravure du XVIème siècle / anonyme) 

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vendredi 18 octobre 2019

ChamberMusic_427

chambermusic
— Dans mes carnets / Fragments oubliés — 

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jeudi 17 octobre 2019

J'm'enclume

enclume

— Dans mon atelier / Légèreté / acrylique blanche sur tôle rouillée /
20 x 17 cm / Thierry Murat © 2007 — 

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mercredi 16 octobre 2019

Typœtry #6

alcôve

— Dans mon Digital Revio, fragments typographiés — 

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mardi 15 octobre 2019

Ne l'oublions pas...

immoral

Au début du XIXème siècle, le mouvement parnassien « L’art pour l’art ! » tapait fermement du poing sur la table. Théophile Gautier, qui en fut un de ses plus virulent porte-parole, affirmait que l’art ne devait servir aucune autre cause que lui-même. « Le poëte impeccable et parfait magicien ès lettres françaises » à qui Baudelaire dédiera plus tard ses fleurs maladives, confirmait ainsi, que l'art doit être dépourvu de toute fonction didactique, politique, morale ou utile. Tout ce qui est utile est laid (cf. le balai à chiotte, la serpillère, le k-way, le sac poubelle, ou le gilet fluorescent…). 

Aujourd'hui, près de deux siècles plus tard, l'art et la littérature contemporaine ont, la plupart du temps, tendance à ne servir la soupe qu’à de gentilles causes sociétales ; la lutte des classes, l'antiracisme, la justice sociale, les migrants, la théorie du genre, l'anticapitalisme, le féminisme, l’identité de groupe, l’orientation sexuelle, l'écologie, la famille homoparentale, la désobéissance civile, la cause animale, le devenir de la planète, et cætera... et cætera ; du prêchi-prêcha d’aumônier qui nous rassure dans nos certitudes en rabaissant l'art et la littérature au rang moralisateur et « poncifical » du sermon antalgique. Bref, ça n'a aucun intérêt. L'art et la morale n'ont rien à faire ensemble. 

Une œuvre artistiquement remarquable peut, éventuellement, porter ou défendre une « noble » cause uniquement si elle se supporte d'abord artistiquement par elle-même. Les œuvres d'art sont, et doivent être – sinon ce n'est pas de l'art – autotéliques, du grec ancien αυτοτελές / autotelés : « qui s'accomplit par lui-même ». En clair, un diamant brut, même taillé dans l’immoralité la plus extrême, demeurera un chef-d’œuvre éternel. Et la merde, bien que pétrie de bonnes intentions moralisatrices, restera inéluctablement de la merde. Ne l'oublions pas. 

— Dans mes carnets en vrac / Ceci étant dit, afin que les choses soient dites — 

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