jeudi 26 décembre 2019

Éclipse

éclipse

Le temps de l'effacement 
n'est jamais celui de la revanche. 

Il y a des silences 
qui ne sont pas synonymes 
de cautionnement ; 
ce mot symbolique 
à la mode symptomatique 
de l'époque enténébrée, 
victimaire et culpabilisatrice. 

Le bien et le mal érigés en trophées 
convoquent parfois des effacements 
nécessaires et indisciplinés 
dans ma discrète indifférence. 

Il y a alors, le temps intime de l'absence 
à l'écart du chaos avarié 
des émeutes et des amitiés flétries. 
Et puis il y a l'ennuie de la foule 
qui me pousse depuis toujours à fuir 
la sécurité confortable et mortifère, 
garantie par ce fantasme d'un état 
de providence sans lendemain. 

Mais heureusement,
il y a au fond de mes poches, 
l'avenir dématérialisé 
comme une nostalgie qui s'efface. 
Comme un abandon accidentel, 
salutaire et vivifiant. 

 

— Dans mes carnets, fragments — 
(Dans mon atelier, peindre du rien) 

Posté par thierrymurat à 17:42 - Permalien [#]
lundi 23 décembre 2019

L'impasse

léonard

Il parait que l'intelligence artificielle est dans l'impasse : absence d’autonomie, hyperspécialisation réductrice, incapacité à manipuler du sens, inaptitude à créer de l'abstraction ou à proposer une représentation subjective du monde... Impasse totale donc, nous dit, dépité au détour d'un article de presse, un chercheur directeur de projet informatique.

Triste nouvelle pour les esprits cartésiens. Mais comment peut-il en être autrement ? Puisque l'intelligence, elle même, est dans l'impasse depuis un bon moment déjà. Aucune théorie de l'intelligence n'a été, à ce jour, mise en lumière. Les psychologues les plus éclairés admettent – par prudence frileuse – qu'il y a « plusieurs » formes d'intelligence. Même si depuis trop longtemps, la seule forme d'intelligence insidieusement et officieusement jugée supérieure est celle que l'on nomme « mathématique » ou « scientifique » : concentration, logique, rapidité de calcul et compétitivité. Il n'y a qu'à regarder comment les décennies passées ont mis sur un piédestal ces filières scolaires et universitaires peuplées de singes savants.

En revanche, dans l'indifférence la plus totale, l'intelligence dite littéraire ou artistique, nourrie d'abstraction, de subjectivité, capable de sortir le vocabulaire de son rôle bêtement utilitaire pour transcender les mots en images mentales (et inversement) n'a jamais été réellement considérée comme une forme d'intelligence ; au pire, un grain de folie gentiment atypique et distrayant... ou un don (quel mot vulgaire et méprisant). En clair, être capable de percevoir le grand tout de l'univers dans la représentation d'une chaise vide (et inversement), n'a que très peut d'intérêt pour la masse normalisée de l'humanité (on s'en serait douté...).

Nous y voilà. L'intelligence artificielle est donc dans l'impasse (quel scoop...). Après plusieurs décennies de recherches purement technologiques, partant du postulat que l'intelligence avec un grand « I » n’est rien d'autre que celle capable de calculer aussi rapidement qu'un microprocesseur quantique au galop, quelques chercheurs – ayant l'intelligence de l’humilité – avouent leur échec : l'intelligence artificielle ne sera jamais capable d'ouvrir les Portes de la Perception (quel scoop...). Ceux qui ont lu William Blake et Aldous Huxley savent depuis toujours que seuls les actes de création artistique, dans un dérèglement absolu de tous les sens (ou éventuellement la drogue ou la méditation), sont capables de transcender le biologique – socialement et bassement utilitaire – en une connaissance universelle de la signification du tout existant. L'artiste est équipé congénitalement pour être un voyant extra-sensoriel, c'est ainsi. Mais l'époque préfère encenser d'autres différences : l'autisme ou la dyslexie par exemple, dans une liturgie victimaire très à la mode. C'est plus pratique. On réservera à l'artiste le « privilège » de la vindicte populaire moralisatrice et le pilori... (mais c'est un autre sujet).

On y croyait pourtant. Avant internet, on pensait que toute cette stupidité collective était due à un manque d'accès à l'information. Et depuis l'avènement des réseaux sociaux, on pensait qu'une armée d'imbéciles connectés et ultra documentés allait pouvoir devenir – à l'image des innombrables connections neuronales d'un cerveau globalisé – une foule intelligente permettant d'accueillir une forme d'intelligence artificielle supérieure. Mais en fait, non (on s'en serait douté...). La seule ingénierie de cyber-psychisme réellement au point est finalement la crétinerie artificielle et universelle. Et c'est certainement pour cela que la recherche sur l'intelligence – naturelle ou artificielle (peu importe) – ne fera que se cogner dans les angles des impasses d'un gigantesque labyrinthe infini, jusqu'à l'extinction de l'humanité, bien avant la fonte totale des glaces et des pingouins manchots bipolaires (c'est à dire très bientôt). 

 

— Dans mes carnets / fragments de notes en vrac — 
(Dessin de Léonard De Vinci) 

Posté par thierrymurat à 12:12 - Permalien [#]
samedi 21 décembre 2019

L'océan

l'ocean

« Si ma ligne de vie venait à se casser
J'aimerais pour finir avoir encore le temps
De monter sur la dune et le voir écumer
J'aimerais pour finir regarder l'océan 

Comme lorsque l'on courait et qu'il apparaissait
Et qu'on criait de joie, ivres de sa colère
On ne le craignait pas et nous en étions fiers
C'était la même colère qui en nous s'élevait 

L'océan »

 

— Dominique A / L'océan, 2015 —
(Dans mon Digital Revio, apprivoiser l'hiver) 

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vendredi 20 décembre 2019

Ze illegal postcards

postcards_illegal

Ces cartes postales illégales,
longtemps diffusées sous le manteau,
ont fait la fierté de la censure digitale et connectée
du 21e siècle. 
Enfin rééditées, elles redonneront le goût
de la correspondance interdite
aux internaute·e·s postmoderne·e·s,
avide·e·s de liberté et de communication intense ! 


— Sur ma boutique en ligne / 

I L L E G A L • P R I N T S / Lot de 15 cartes postales / 
Format 10,5 x 15 cm / Carton 300 gr / Vernis mat — 
(En vente ici : https://thierrymurat.bigcartel.com

Posté par thierrymurat à 11:37 - Permalien [#]
mardi 17 décembre 2019

Médication

bidon

— Sur ma boutique en ligne / 
I L L E G A L P R I N T S  / Affiche 30 x 40 cm / 
Imprimée sur papier offset 250 g 
— 
(En vente ici : https://thierrymurat.bigcartel.com

Posté par thierrymurat à 11:53 - Permalien [#]
lundi 16 décembre 2019

Peindre (ou se taire)

Rien

— Ça doit pas être facile tous les jours,
de peindre du « rien »... 

Pas vrai ? 

— Effectivement.
C'est beaucoup plus compliqué que de parler
pour ne rien dire. 

 

(Dans mes carnets, écrire des dialogues / Dans mon atelier, 
acrylique sur toile) 

Posté par thierrymurat à 09:43 - Permalien [#]
dimanche 15 décembre 2019

Le supplément du petit dimanche illustré

journalX

— Réédition spéciale du supplément du petit dimanche illustré
du 19 novembre 2017, initialement publié sur ce blog, ici même — 

Posté par thierrymurat à 09:29 - Permalien [#]
samedi 14 décembre 2019

Ze illegal prints collection

3affiches

Ces célèbres affiches ont fait la fierté de la censure digitale
et de la vindicte connectée du 21ème siècle ! 

Longtemps considérées comme du contenu indésirable
ne respectant pas les standards de la cyber-communauté numérique,
puis finalement prohibées par les milices virtuelles des Gafa,
elles sont enfin rééditées et disponibles à la vente, ici : 

> https://thierrymurat.bigcartel.com 

Un véritable must pour les internaute·e·s postmoderne·e·s, 
avide·e·s de désinvolture illicite, qui désirent afficher urgemment 
leur goût de l'interdit 
en toute liberté ! 



logo_illegal_prints

  

Soyez les bienvenus sur ma toute nouvelle boutique en ligne ! 
(NB : Attention... La détention de ces affiches est toujours passible d'une peine
de six mois de cyber-harcèlement, pouvant aller 
jusqu'à trois ans
de lynchage médiatique avec sursis.) 

Posté par thierrymurat à 11:32 - Permalien [#]
vendredi 6 décembre 2019

HomeLand

homeland

— Dans mon Digital Revio, fragments —

Posté par thierrymurat à 18:32 - Permalien [#]
jeudi 5 décembre 2019

Dichotomie

deuxmains

Chaque jour, ou presque, une nouvelle question philosophiquement complexe est tirée du grand chapeau médiatique afin d'apporter une unique réponse simple, vulgaire et prédigérée pour le bétail post-humain neurasthénique. 

Ces derniers temps, j'entends ici ou là, sur les réseaux de l'ultra moderne bêtise interconnectée qu'il ne faut absolument pas séparer l'œuvre de l'artiste. La question est évidemment complexe... Mais comme toujours, la réponse imposée par les haut-parleurs virtuels des algorithmes est très simple. Comme chez Orwell dans 1984, le cheminement de la pensée nourrie d'arguments est systématiquement écarté afin de réduire le risque de discernement au degré zéro de la réflexion. Peut-on séparer l'œuvre de l'artiste ? Non. Il ne faut pas. Point à la ligne. 
C'est mal. (Fin de la discussion). 

À l'écart du cyber-brouhaha, je reste comme d'habitude sans voix, les bras tombants au milieu de tant de certitudes péremptoires et je pense soudain à Federico García Lorca... 

Je me dis qu'il aurait certainement préféré, lui, que l'on sépare son œuvre de sa vie d'homme au moment précis où les milices franquistes posèrent froidement sur sa tempe le canon d'un pistolet automatique au détour d'un chemin boueux. Son seul crime était d'avoir écrit des poèmes dérangeant la pensée unique érigée en système. Mais ce ne sont pas ses livres que l'on a interdits ou brulés, c'est sa cervelle que la meute docile a fait exploser en l'exécutant à bout portant comme un chien. On ne sépare pas l'œuvre de l'artiste ! 
Enfin ! Puisqu’on vous le dit... 

Alors, je pense à lui et aux centaines de poètes muselés ou assassinés de par le monde au fil de l'histoire humaine et je pisse comme je pleure sur la morale en plastoc préfabriquée par les petits procureurs autoproclamés de la justice facebookienne, twitterienne ou médiapartiste de ce siècle misérable. 

Je pense aussi à Rimbaud, qui au détour d'une lettre à son ancien professeur de français, eu la vision extralucide d'écrire : « Je est un autre ». En quatre mots seulement, il rebattait soudainement toutes les cartes poussiéreuses de la vieille littérature, ouvrant enfin à l'infini les portes rouillées des horizons du geste artistique et de la pensée libre & immorale avant de mettre définitivement les voiles vers les mers du sud pour y vendre des armes, de l'opium et des filles de joie, nous laissant tous, ici-bas, dans la fange confortable de nos petites certitudes. 

 

— Dans mes carnets / Fragments de doute — 
(Dessin de Federico García Lorca / détail) 

Posté par thierrymurat à 16:07 - Permalien [#]