cyclopéique

Homère était aveugle. 
Tout comme Démodocos, le poète,
à qui la Muse qui l'aimait
avait offert le pire et le meilleur,
en parfait contrepoint. 

Elle lui avait pris ses yeux.
Mais en compensation, avait donné
à la voix de son amant
la douceur d'un chant du plus bel esprit,  
ainsi qu'à ses dix doigts,
l'agilité de l'oiseau sur la branche
d'une lyre à sept cordes. 

Démodocos aimait chanter les ruines
des amours adultères d'Arès & Aphrodite,
dans un motel palace abandonné
sur la grève blafarde d'une plage de Cythère.
Homère, quant à lui, n'était peut-être
rien d'autre que Personne,
tout comme son Ulysse transperçant
l'œil universel des brumes cyclopéennes. 

La poésie n'est sûrement
qu'affaire de regard, de visions...  
ou d'aveuglement. 

Alors, puisque la parole 2.0
est désormais décrédibilisée
par les algorithmes de l'immédiateté,

et que toute tentative de malicieuse ironie
est aujourd'hui considérée
comme hérésie blasphématoire,
autant se crever les deux yeux
afin de se sortir le cul des ronces
avant que le poème ne devienne
qu'une insipide pommade feel-good,
aux huiles essentielles de rien,
qui apaise notre inconséquence écarquillée
de misérables voyeurs interconnectés. 

 


— Dans mes carnets , écrire des épopées miniatures —
(Réédition augmentée d'un fragment publié initialement, ici même sur ce blog, en septembre 2019)