boardingpass

On ne part pas pour se soigner... Je ne comprendrai jamais ceux qui arpentent les déserts, les routes poussiéreuses, les pistes défoncées, pour apaiser leurs angoisses existentielles. Tout comme ceux qui s'accaparent les rues pavées et les ronds-points pour guérir leurs névroses sociétales avec des pancartes et des banderoles, envahissant l'espace commun en le transformant en un hideux divan collectif. 
Partir c'est s'éloigner en silence, loin de toute revendication politique, idéologique, écologique, religieuse... Celui qui revendique quoi que ce soit de ce « style » dans l'idée du voyage n'est qu'un publicitaire de la bienpensance, un touriste fonctionnaire du camp du bien ou, tout simplement, un puceau de l'âme. Partir n'est surtout pas une affaire de style. Partir à l'autre bout du monde, c'est laisser un instant tous ceux qui s'affairent à la plus médiocre et la plus détestable des occupations : vouloir changer (ou sauver) le monde – en se regardant le nombril devant un smartphone, le cul sur un canapé. 
Le vrai voyageur n'est pas un moine pèlerin végan, ou une instagrameuse de couché·e·s de soleil·le non genré·e·s, ou un yogi marcheur bouddhiste antispéciste... Le Voyageur est un loup misanthrope, affamé de rencontres d'exception, qui essaye juste de faire de sa fuite quelque chose d'esthétique. 


— Dans mes carnets, fragments de départ imminent —