burningDepuis sept jours, les cartes satellites digitalisées sur les écrans de nos smartphones, nous montrent la progression des deux monstrueux brasiers « en temps réel ». L'un sur la côte atlantique et touristique du Pyla, l'autre vers les terres rurales de Landiras. J'habite au milieu. Entre deux feux. La modélisation du territoire et la numérisation du monde n'ont aucun sens, face au réel lorsqu'on s'y cogne... physiquement. Une minuscule patrouille de canadairs survolle le désastre, perdue dans l'immensité d'un ciel de flammes. Vingt mille hectares de cendres en sept jours. L'équivalent de deux fois la superficie de la ville de Paris. Pendant ce temps, à soixante-dix kilomètres au nord de l'enfer, le bobordelais est inquiet pour son urbaine santé ; les fumées résiduelles de l'incendie lointain lui « picotent » un peu la gorge. Il se rassure avec la courgette bio qui, parait-il, protège l'organisme des particules fines... Les « spectaculaires » progrès de l'IA, du deep-learning et les investissements colossaux de ces dix dernières années dans la digitalisation de l'information et des services, ne nous sauveront pas des cataclysmes environnementaux en cours et à venir. La « déréalisation » – engendrée par les relations virtuelles ayant pris le pas sur les relations sociales incarnées physiquement – empêchera les humains d'agir car ils n’habiteront plus suffisamment ni leurs corps, ni le réel. Mais la fin du monde sera instagramable et disponible en streaming sur tiktok. C'est déjà ça... 

— Dans mes carnets, fragments of times —