mercredi 8 mai 2019

Chinoiseries parnassiennes

missEllen bicro

Miss Ellen, versez-moi le thé
Dans la belle tasse chinoise,
Où des poissons d'or cherchent noise
Au monstre rose épouvanté.

J'aime la folle cruauté
Des chimères qu'on apprivoise :
Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise.

Là, sous un ciel rouge irrité,
Une dame fière et sournoise
Montre en ses longs yeux de turquoise
L'extase et la naïveté :
Miss Ellen, versez-moi le Thé.

 

 

 

 « Le Thé », un poème (rondel) de Théodore de Banville / 1874 — 

(Peinture © Thierry Murat, 2019 / Miss Ellen is Dead / détail / 
acrylique et brou de noix sur toile de lin)

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mardi 7 mai 2019

Communiqué #1

décharge

L'AFPTSE (Association Française Pour le Tri Sélectif des Émotions) s'interroge : 
« Pourrait-on s'émouvoir davantage pour les pingouins qui pataugent sur la banquise en fusion lorsque qu'une cathédrale gothique est en feu ? Pourrait-on larmoyer de manière paritaire pour Samir qui peine à traverser la méditérranée en zodiac pendant que ma grand-mère galère avec son déambulateur inadapté à cause des normes européennes ? 
En somme, pourrait-on enfin, dans cette société, pleurnicher équitable ? » 

L'AFPTSE a déposé aujourd'hui une requête sommant Marc Zuckerberg d'apporter une solution durable et immédiate à cette exaction en mettant à disposition des internautes, toujours plus exigeants, une nouvelle série d'émoticônes ciblées permettant une forme inédite d'expression « d'émotions égalitaires » (sic). 

Sur les réseaux sociaux, on se questionne déjà sur le bilan carbone d'une telle opération. Et les réactions les plus diverses ne se sont pas fait attendre : 
« On s'en bat les couilles des émotions ! », aurait même twitté, ce matin, un gilet jaune très courageux...

 

 

— C'était un communiqué d'Ici-Même-en-Temps-Réel. Merci de nous avoir suivis —

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jeudi 25 avril 2019

Prophétie (fragments de)

darklight

Alors,
En vérité, je vous le dis.

Le vingt-quatrième jour...
La souveraineté autoproclamée
De la populace jaunasse
Se fera bouffer le cul
Par d'innombrables forces telluriques
Sorties des flots et des flammes !

Et enfin...
Nous pourrons rêver
À nouveau.

 



 Dans mes carnets, écrire des fragments gnostiques
et puis relire William Blake 

Posté par thierrymurat à 15:16 - Permalien [#]
mercredi 24 avril 2019

Offre spéciale !

papillons

Toi aussi, grâce au hashtag #BalanceTonMort, fais-toi plaisir !
Deviens populaire et influence l'opinion ! 

Déterre un cadavre célèbre, et épingle-le sur ton joli mur facebook. Tu trouveras dans la presse et sur les réseaux sociaux tout un tas de déguisements rigolos pour habiller ton macchabée : une combinaison d'antisémite, un chapeau de séducteur-violeur, un slip en cuir de nazi, une armure de collabo, une redingote de pédophile, un casque colonial, ou, pour les plus taquins, une tenue camouflage d'anthroposophiste... 

Fais-toi plaisir ! Transforme rapidement un gentil cadavre
en vilain monstre prêt à lyncher... 
#BalanceTonMort 

L'utilisation de ce hashtag est entièrement gratuite !
Fais-en vite profiter tes amis... 

 

 

 C'était un communiqué de l'agence Fuck'Off, cabinet conseil
en communication d'influence et managering digital co consulting online 

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vendredi 19 avril 2019

La cendre et la merde (fragments)

VH_ND

La petite france mesquine,
Après avoir tourné en boucle
Pendant sept Lunes
Sur des ronds-points jaune sang,
Se voit pousser des ailes
D'ange sans-culotte.

La pierre et le feu...
Symbole !

En regardant brûler huit siècles d'Histoire,
La petite france mesquine
Mélange dans la cendre
Des Compagnons Bâtisseurs
Et dans la boue des Cathédrales,
Les vestiges de son humanité merdique
Avec les restes pourris de son frigo vide
En plastoc.

Dans la lumière verticale et sacrée
De son samsung galaxy,
La petite france mesquine
Prie les dieux du fric et du cul
De lui offrir ce qu'elle n'aura jamais ;
Une âme – même artificielle,
Une planète flambant neuve,
Et un vilain petit pavillon phénix
En or massif.

La croupe flétrie dans l'aube fanée,
La petite france mesquine
Chie sur la beauté des Mondes Archaïques
En chantant de vieux cantiques staliniens
Pour que cesse enfin sa misérable existence
De cloporte fatigué.

 

 

 Dans mes carnets / écrire des fragments — 
(Dessin de Victor Hugo, 1831 / Vision de Notre Dame de Paris)

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mardi 19 mars 2019

Merci...

anima_62

Vous êtes nombreux à avoir lu ANIMABILIS… Très nombreux. 

Depuis la sortie de ce récit dessiné en novembre 2018, certains ont préféré se taire ; peut-être pour mieux sublimer le silence qui s’installe à la fin de l’histoire. Quelques uns m’ont fait part de leurs émotions, ou de leur déroute au croisement de ces pages venimeuses et fragiles. D’autres ont même tenté de raconter cette mystérieuse expérience de lecture sur des blogs ou dans des chroniques partagées sur les divers réseaux. C’est troublant tout ça... Et c’est précieux. 

Je n'ai qu'un seul regret. Celui de ne pouvoir jamais vivre cette expérience de lecteur comme vous l’avez fait. M’enfouir dans un fauteuil et me laisser perdre dans ces lignes mouvantes comme des marécages et dans ces images soi-disant hypnotiques... C’est évidemment impossible pour moi. Et c’est très injuste finalement (#sourire). 

Merci à toutes et à tous, donc, lecteurs et libraires, pour avoir accompagné ce livre pendant les premiers mois de sa vie. 

 

A N I M A B I L I S 
Thierry Murat © éditions Futuropolis. 160 pages. 
En librairie depuis le 1er novembre 2018.

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lundi 11 mars 2019

Conte de saison

chienrage

Ce fût un siècle formidable.
La parole enfin libérée
était devenue superbe et sauvage.

Au bout de neuf décennies
d'ultra connexion quotidienne,
les moutons se transformèrent en chiens
enragés dans leur bave de haine.

Les idées tournaient en boucle.
Sans répit et sans trêve.

Chaque jour une nouvelle obsession
prenait la place de celle d'hier
comme dans le vide ordure
d'un cerveau malade et collectif.

On supprima donc ce grand réseau
où chacun pouvait aboyer librement.
Puis on le remplaça par un immense tissu
de connections primales et cognitives.
Désormais, chaque songe intimement downloadé
pourrait devenir cyber-lumière, mantra
ou poème.

Mais les chiens ne savaient plus rêver.
Alors les chiens devinrent cochons.

 

 

 

 Dans mes carnets / écrire des fragments 

Posté par thierrymurat à 15:26 - Permalien [#]
mercredi 27 février 2019

Printemps (retour de)

landarnaudin

La triste écorce des jours de loin,
écorchée d'horizon blanc,
recrache soudain le hapchot
dans un éclat de silence.

De Sabres à Commensacq,
le gemmeur ne voit plus la route
essoufflée sous la lande.
Alors il garde la sève secrète
de ce retour de guerre saisonnière
blottie dans son veston
comme une balafre ;
une écuelle vide pour attirer les loups
qui rôdent encore autour des dunes
du pays de Born.

Les gens d'ici sont des animaux blessés.
Braves et inhospitaliers.

On raconte que les pèlerins
en partance vers l'Espagne
cheminaient sur ces terres de sables
avec les yeux hagards des fantômes
traversant les limbes.
Le fardeau de leur terreur
écrasant leur foi sur leurs épaules.

 



 Dans mes carnets d'ici / écrire des fragments — 
(Photogtaphie : Félix Arnaudin, 1880)

Posté par thierrymurat à 14:38 - Permalien [#]
lundi 17 décembre 2018

Closed

mire

Ce blog est fermé
pour la période hivernale.

Pendant que la race humaine
se ronge l'âme,
d'une haine à l'autre,
assèche le cœur
de ses enfants
dans la colère permanente
puis se consume
dans le consumérisme indécent
et l'aigreur en commun,
les animaux les plus sages, eux,
hibernent.
Et les graines
se terrent sous la terre
pour mieux se taire
jusqu'au printemps prochain.

Ici ou là, je ne suis momentanément plus là.
Je remets ma démission.

 

 

 Bien cordialement, La direction 

Posté par thierrymurat à 11:16 - Permalien [#]
mercredi 12 décembre 2018

Rédemption

femelles

Alors vient enfin
le temps
où la voix compassée
des petits poètes
vendeurs d'espoir
un peu mièvre
est aussi flamboyante
qu'un tube de dentifrice
en promo sur ta tête
de gondole cadenassée
comme un lundi matin
avec ses oiseaux merdeux
qui se brossent les dents
dans la cuisine.

Tu rêves d'un sphinx
qui te murmure à l'oreille
des œillets rouges
comme le ciel,
des amandiers dans le vent
et des colliers de coquelicots
en colère.
Mais les clameurs que tu entends
ne sont que les cris dégueulasses
des chiens en feu
que tu prends pour Bella Ciao
en remix électro zouk.

Alors viens.
On va goûter le miel à l'entrecuisse
des femelles souterraines,
et respirer le récit des temps anciens
qui nous dévorait et nous soignait
dans nos obscurs mystères.
La vie aime se faire foutre
à quatre pattes avec entrain
dans l'allégresse du souvenir
des péchés capiteux.

Les constellations
qui surgissent
de nos feux éteints
apaiseront les silences
de nos entrailles brûlées.

Nos cœurs cailloux
sont plus durs
que ceux des autres.
Mais ils ont la hauteur des abîmes
et des ailes parsemées de planètes
et de forêts.

 

 

 

 Dans mes carnets / écrire des fragments — 
(Photography © Rik Garret, 2014 / detail / glass plate collodion)

Posté par thierrymurat à 11:02 - Permalien [#]