samedi 14 avril 2018

Platon est un con

platon

Hey, Platon... Tu chasses les poètes de la cité ?
Tu veux faire de l'existence une simple affaire politique et citoyenne ?
Tu penses que l'art est un danger pour la république ?
Tu veux établir le culte de la vérité et de la rationalité philosophique ?
Hé bien, va te faire foutre !

« Les hommes sont vraiment des cons
Platon est un homme
Donc Platon est vraiment un con. »

Et ça... Ce n'est pas un syllogisme.
C'est de la poésie, mec !
Du fond de ma caverne je vois tout ce que tu ne peux pas voir.
Crétin... Ton regard est vide.
Tu n'es qu'un comptable.

Moi, ce sont bel et bien les dieux et les muses qui dirigent mes yeux
Vers ces visions crépusculaires.
Toi, tu n'y a pas accès.
Sauf si je t'ouvre généreusement les portes
Et me fais l'interprète de la beauté, du mystère absolu
Et de la magie des ombres blotties dans la lumière.

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments manifestes
et puis écrire encore –
(rien à voir avec mon nouveau livre en cours, quoi que...)

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vendredi 30 mars 2018

Je regarde mon audace...

maldoror

« Monsieur, Je vous envoie 2 exemplaires d'une brochure qui, pour des circonstances indépendantes de ma volonté, n'avait pas pu paraître au mois d'Août. Elle paraît maintenant chez deux libraires du boulevard, et je me suis décidé à écrire à une vingtaine de critiques, pour qu'ils en fassent la critique. Cependant au mois d'Août un journal, la Jeunesse, en avait parlé ! J'ai vu hier à la poste un gamin qui tenait l'Avenir National entre ses mains avec votre adresse et alors j'ai résolu de vous écrire. Il y a 3 semaines que j'ai remis le 2ème chant à Mr Lacroix pour qu'il l'imprime avec le 1er. Je l'ai préféré aux autres, parce que j'avais vu votre buste dans sa librairie, et que je savais que c'était votre libraire. Mais jusqu'ici il n'a pas eu le temps de voir mon manuscrit, parce qu'il est très occupé, me dit-il ; et si vous vouliez m'écrire une lettre, je suis bien sûr qu'en la lui montrant, il se rendrait plus prompt et qu'il lirait le plus tôt possible les deux chants pour les faire imprimer. Depuis dix ans je nourris l'envie d'aller vous voir, mais je n'ai pas le sou.

Il y a 3 fautes d'imprimerie ; les voici : 
Page 7, ligne 10 : Au lieu de : si ce n'est ces larmes, il faut si ce n'est ses
Page 16, ligne 12 : Mais l'homme lui est plus redoutable, il faut mais l'Océan
Page 28, l'antépénultième : Au lieu de il est brave, il faut il est beau.

Voici mon adresse :
Mr Isidore Ducasse
rue Notre-Dame-des-Victoires, 23
Hôtel : à l'union des nations

Vous ne sauriez croire combien vous rendriez un être humain heureux, si vous m'écriviez quelques mots. Me promettez-vous en outre un exemplaire de chacun des ouvrages que vous allez faire paraître au mois de Janvier ? Et maintenant, parvenu à la fin de ma lettre, je regarde mon audace avec plus de sang-froid, et je frémis de vous avoir écrit, moi qui ne suis encore rien dans ce siècle, tandis que vous, vous y êtes le Tout. »


– Paris, 10 novembre 1868 / Lettre d'Isidore Ducasse (dit Comte de Lautéamont)
à Victor Hugo, retrouvée en 1980 à Guernesey –

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jeudi 22 mars 2018

Promesse (fragments de)

Camelia

Certes, certes...
Mais demain matin
N'ayez crainte, très chère
C'est promis
Je mangerai pour vous
Un bouquet 
De camélias sous hypnose
Nu dans la tempête de lumière 
Sous le réverbère aux baleines

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments héroïques
et puis arroser la pluie –
(rien à voir avec mon nouveau livre en cours)

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mercredi 21 mars 2018

Rebirth (fragments de)

rebirth

« Que la queue de Pégase
Pénètre les ténèbres ! »
– Le Grand Ciel, bleu et froid, a parlé –
Et le printemps, déjà, culbute
La croupe écartelée de l'équinoxe.

Pendant que les alouettes digitales
Se fracassent contre le miroir numérique,
Adonis se fait sucer sur un dolmen.
Shiva danse et jouit
Près de la fontaine Cosmos.
Alors les premières averses de cyprine
Ruissellent enfin le long des cuisses
Des nuages en fleurs.

V'là la vie !


– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments printaniers
et puis faire la sieste –
(rien à voir avec mon nouveau livre en cours, quoi que...)

Photographie : Constant Puyo (détail) © 1906

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mardi 20 mars 2018

Apocalypse (fragments d')

enfer

À l'aube de la nuit des temps, les femmes avaient accouché
Des plus intenses rêves de l'humanité.
Faisant de chaque instant une éternelle et lumineuse découverte
Porteuse d'avenir.

Mais l'histoire avait finalement donné raison à Ézéchiel le voyant.
L'antique serpent était donc revenu hanter les âmes au seuil du cybermonde.
Alors, le vagin géant des génisses et des truies connectées en réseaux,
Avait tout englouti dans l'entrecuisse de la rage et dans le brasier d'amertume.
N'épargnant même pas la petite barque des amants,
Flottant dans le brouillard de feu.

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments bibliques
et puis sacrifier une poule pour le repas du soir –
(rien à voir avec mon nouveau livre en cours)

Gravure : Gustave Doré (extrait) 1860 / L'enfer - chant 24 (La divine comédie de Dante)

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lundi 19 mars 2018

Partie de chasse (fragments de)

deadinzesnow

Toute la nuit, les chefs de clan avaient traqué l'homme sans relâche.
Grognant leur bave et leur colère.
Misant à nouveau sur les chimères empoisonnées de la vengeance.
Comment pouvait-on encore confondre les raccourcis et les impasses ?

Ils l'avaient traqué jusque à son dernier souffle.
Dans l'empreinte de l'aube, ils l'avaient trouvé. À moitié gelé.
Alors ils l'ont fouetté jusqu'à l'os.
Mordu au sang, battu à mort. Puis, enseveli de haine.
Lui faisant payer pour l'éternité ce qu'il avait fait la nuit dernière.

Pendant ce temps là, du côté de l'autre versant,
Les deux enfants sirotaient encore les dernières gouttes de leur sommeil.
Sucré.

Ignorant tout de la cruauté de leurs nobles pères.
Sans se douter que leurs doux baisers aux étoiles avaient déjà germés
Sous l'écorce de la brume.

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments d'humanité
et puis me remettre à dessiner –
(rien à voir avec mon nouveau livre en cours, quoi que...)

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dimanche 18 mars 2018

Be soft don't be stern

– « Lullaby » / sur l'album « I Could Live in Hope » / par le groupe Low / 1993 –

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vendredi 16 mars 2018

Voyant...

Vee Speers_2006

« Maintenant, je m’encrapule le plus possible.
Pourquoi ?
Je veux être poète, et je travaille à me rendre voyant.
Vous ne comprendrez pas du tout,
et je ne saurais presque pas vous expliquer...

Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens.
Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète,
et je me suis reconnu poète. Ce n’est pas du tout ma faute.
C’est faux de dire : je pense.
On devrait dire : on me pense. – Pardon du jeu de mots –

Je est un autre. Et tant pis pour le bois qui se trouve violon,
et nargue aux inconscients qui ergotent sur ce qu’ils ignorent tout à fait !

Vous n’êtes pas Enseignant pour moi.
Je vous donne ceci...
Est-ce de la satire, comme vous diriez ?
Est-ce de la poésie ? C’est de la fantaisie, toujours.
Mais, je vous en supplie, ne me soulignez ni du crayon,
ni – trop – de la pensée. »

Paris, 1871 / Lettre de Rimbaud (extrait) 
à un de ses anciens professeurs 
de Charleville-Mézières –
(Photographie © Vee Speers / 2006)

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mercredi 14 mars 2018

Feu ! (fragments de)

sabbat

Je pense sincèrement que celui qui n'a jamais dansé nu autour d'un feu, lors d'une nuit de pleine lune, pour convoquer ses lumineuses ténèbres, n'est pas le mieux placé pour théoriser - selon ses propres petits critères - sur la nécessaire obligation d'un monde meilleur pour tous.

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments de pensée jungienne
et décadente, puis préparer une infusion d'ortie –

(rien à voir avec mon nouveau livre en cours, quoi que...)

Photographie : anonyme / nuit de sabbat à Alderley Edge / Angleterre, 1969

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mardi 13 mars 2018

Printemps (fragments de)

printemps

Le bon peuple révolutionnaire, dans son immense désir de justice fraternelle, avait construit un monstrueux ruban d'asphalte à travers champs afin que tout le monde puisse vivre équitablement le printemps qui s'avance, dans une harmonieuse communion de masse.

Le petit rebelle, sans demander son dû, a pris la première sortie, pour rejoindre le chemin poudreux d'escampette. Ce bord de ruisseau vers son enfance toute étourdie. Loin de tout, il s'est mis nu. Et il a dansé la carmagnole avec les filles de Cadet Roussel.

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments d'echapée belle
et puis faire un bouquet de pensées sauvages –
(rien à voir avec mon nouveau livre en cours)

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