lundi 19 février 2018

Parler...

parole

Et alors un homme de lettres dit ; « Parle-nous de la Parole ». 
Et il répondit, en disant :

« Vous parlez quand vous cessez d'être en paix avec vos pensées.
Et quand vous vous lassez d'habiter la solitude de votre coeur,
vous allez vivre sur vos lèvres, et les sons qui s'en échappent
vous servent de divertissement et de passe-temps. 
Souvent vous noyez la moitié de vos pensées sous les flots 
de vos paroles. Car la pensée est un oiseau éthéré 
qui pourrait déployer ses ailes dans une cage de mots, 
mais ne saurait s'envoler.

Certains d'entre vous recherchent les bavards
par crainte de rester seuls. 
Comme ils se sentent mis à nu
par le silence de la solitude, 
ils préfèrent alors le fuir. 
Il y en a d'autres parmi vous qui parlent, et sans le savoir ni le prévoir, 
de leur bouche sort une vérité dont ils ignorent la portée. 
Il en est également qui portent la vérité en eux-mêmes, 
et la transmettent sans passer par la parole.
C'est en leur sein que se love l'esprit en silence rythmé. 

Quand vous rencontrez un ami au bord de la route
ou sur la place du marché, laisser l'esprit en vous animer vos lèvres
et inspirer votre langue.
Laisser la voix de votre voix
parler à l'oreille de son oreille.

Car son âme gardera la vérité de votre cœur comme le palais
se souvient du bouquet du vin.

Même si sa couleur est oubliée, même si la coupe n'est plus ».

– Khalil Gibran / The Prophet, 1923 –

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dimanche 18 février 2018

Intime conviction

rimbaudstreet

Je ne crois pas à ce que l'on me dit.
Je crois à la manière dont on me le dit.
C'est pour cela, je pense, que je n'écoute jamais les militants,
mais toujours les poètes.


– Photo : collage urbain de Ernest Pignon-Ernest © Paris, 1978 –

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vendredi 16 février 2018

A stranger is putting the tease on

« I was raised by the praise of a fan 
Who said I upset her 
Any girl in the world could have easily 
Known me better

(...)

Is it strange I should change ? 
I don't know
Why don't you ask her ? »

 – Neil Young « Mister Soul » - une chanson de 1967, où il est question
de la sensation d'étrangeté que l'on ressent face à la « notoriété ».
Ici, dans une version live, lors du MTV unplugged de 1993 –

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vendredi 9 février 2018

Écrire...

caligraphisme

« Dans l'idéal, écrire est un équilibre entre sa propre vision intime et le monde public. La première – passionnée – est souvent confuse et le second – formellement construit – prompt à classer et à juger. Il est donc indispensable de considérer cet art comme un métier. Sans métier, l'art reste du domaine de l'intime. Sans art, le métier n'est que procédé. »

– Joyce Carol Oates / La foi d'un écrivain / Éditions Philippe Rey, 2004 –

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samedi 3 février 2018

Retour (fragments de)

retourdeguerre

Il y a un cerbère à l'entrée de mes souvenirs, qui veille sur mes secrets fatigués. Indestructible et fier, je regarde comme lui, l'humaine souffrance se désagréger lentement dans sa carapace de glace.

De l'autre côté de la colline, les prédicateurs acharnés éructent encore. En étouffant leurs propres enfants, ils crachent des prières faciles pour les petites gens. Plus bas dans la vallée, la femme frigide se donne du plaisir avec ses doigts mutilés. Son sexe scarifié n'est plus qu'une brulure de haine. Une plaie de braise. De la viande triste. Paralysée par ses intimes défaites.

Désormais je vois plus loin que l'horizon de fiel, insensible aux larmes de sang qui s'écoulent de mes yeux bouffés par les corbeaux.
Je regarde enfin le ciel.

Et toi tu es là. Depuis l'année où je suis revenu de la guerre. Tu n'as pas bougé. Tu veilles sur mes blessures. Tu m'enveloppes de ton amour séculaire et neuf de chaque instant. Me ramenant à la vie tous les matins. Dans une lumière crue et blanche comme ta peau. Belle comme la lune en plein jour.
Je t'aime.

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments de journal de guerre, 
et puis soigner ma conjonctivite –
(rien à voir avec mon nouveau livre en cours)

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mercredi 3 janvier 2018

Ruines (fragments de)

temple

D'un bout à l'autre du domaine, nul ne pouvait voir ni sentir la voix des âmes qui s'échappaient des ronces par temps de pluie. Le ciel n'était plus qu'une sépulture diaphane qui enveloppait le silence de ses épines.
Le cœur des amants de Cythère dormait pourtant ici. Quelque part entre la fureur des rochers et les caprices de la lune. Sur cet indigne caillou battu par les vents. Dans ce jardin dévasté, cerné par la colère des vagues.
Mais la nuit, les hautes colonnes d'albâtre recouvertes d'écume se dressaient encore, ivres de désir et de blancheur éternelle.


– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments de ronces, 
et puis regarder la pluie –
(rien à voir avec mon nouveau livre en cours)

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mercredi 13 décembre 2017

Noir

soulages

« La nuit utérine est en chacun de nous ce que le noir intersidéral prolonge au fond du ciel. Dès la préhistoire, la femme enceinte est figurée comme cette voûte obscure qui englobe le monde et le reproduit. La première déesse est une mère.
À la discontinuité des jours s'oppose la continuité de la nuit. (...)
Aussi le noir a-t-il un sens absolu qui précède la négation linguistique : c'est faire disparaître. Tuer, détruire, mettre dans la nuit du tombeau.
Nous avons besoin très vite, à peine nés, venant du fond de l'absence, de quelque chose qui nous regarde. Nous appelons cette chose qui surgit dans le noir, dans l'abandon, dans le vide, dans la faim, dans la nuit, dans la solitude ; une image. »

– Pascal Quignard / La Nuit Sexuelle / éditions Flamarion, 2007 –
(Peinture © Pierre Soulages / 260 x 202 cm, 1963 / huile sur toile /
collection Centre Pompidou)

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mardi 5 décembre 2017

Fierté (fragments de)

labour

Je descends d'une lignée de paysans du Périgord.
Depuis Cro-Magnon. Et jusqu'à l'exode rural d'après guerre.

Des ploucs. Des croquants. Des culs-terreux...
Des petits artisans, 
puis des fonctionnaires.

Peut-être un lointain ancêtre artiste-peintre à Lascaux ou un troubadour
qui chantait l'amour courtois en langue d'Oc.

Et encore... Pas sûr. Mais bon.
Va savoir.

Je me sens loin de tout ce petit monde artistique-littéraire,
urbain et hyperconnecté.

Tellement loin...
Parfois envie de les empaler fièrement avec ma fourche de bouseux.
Mais le rat des villes est plus rapide - plus malin - que le rat des champs.
Toujours.

 


– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments de généalogie,
et puis regarder mes enfants pousser comme des fleurs sauvages –

(rien à voir avec mon nouveau livre en cours)

Gravure sur bois © Maurice Albe - 1965

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samedi 2 décembre 2017

Nuit (fragments de)

sax

Nos peaux
Hologrammes
Ruissellent de pluie
Infime.

Un sax cliché
En bord de nuit
Respire
Le soufre.

Lueur au loin
De nous.
My Favorite Things...
Coltrane, tu dors ?

Moi je n'dors pas.
J'écoute
Encore
Le souffle.

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments nocturnes
et puis se réveiller –

(rien à voir avec mon nouveau livre en cours)

Photo : John Lurie sort son sax, sur le trottoir, dans « Permanent Vacation »
le tout premier film de Jim Jarmusch © 1980

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vendredi 1 décembre 2017

Zone portuaire (fragments de)

portnawack

Port Nawack...
(Cyber-province déconnectée,
Énième parallèle nord-complaisant,
Latitude plate, longitude nulle)

Port Nawack !
(Donc)
Son phare aux alouettes,
Ses sirènes en string,
Son marché aux poisons,
Ses dockers ivres de stéréostérone,
Et ses filles de joie
Affublées de moderne tristesse.


– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments de journal de bord,
et puis dormir sur le pont avant –
(rien à voir avec mon nouveau livre en cours)

Posté par thierrymurat à 11:58 - Permalien [#]