repos

La fille du bourreau dormait nue,
Belle comme le jour, dans les buissons d'orties.
Rêvant de mandragores et de serpents galaxies,
Crachant leur sève autour de leur mue.

Par le chemin creux qui menait au dolmen,
Elle s’en allait rejoindre Adrien et Roland.
Le vent mauvais dans leurs cheveux de bohème,
L’un derrière elle et l’autre par devant.

À la saison des moissons elle cachait, précieuse et hautaine,
Les deux braises de ses seins comme au bout d'un tison.
L'humide secret dans les replis de sa robe de futaine,
Tendrement blotti entre ses cuisses et sa toison.

La fille du bourreau fredonnait des mélodies frivoles,
Espérant l'amour devant la grille de la geôle,
Où j'attendais la potence comme la grive attend l'aurore,
Fier comme l'orage, maudissant son père qui règlerait mon sort.

À mes chansons, on a coupé les ailes.
Pris dans les flammes au fourneau du vicaire,
Mes derniers vers ne seront que pour elle
Et ses fiévreuses caresses solitaires.



– Dans mes carnets, écrire des rimes à l'ancienne (comme la moutarde,
ou la tête de veau) –


Peinture : « Repos » de Vilhelm Hammershøi, 1905