Le blog de Thierry Murat

mercredi 18 septembre 2019

Ornementogénèse

LSD

« Visions d'ornements. Presque personne n'y échappe. Caractères de ces ornements. Pas désirés, et néanmoins ils persistent. Pas immobiles. Pas d'ensemble ornementaux qu'on pourrait s'arrêter à considérer. Plutôt qu'on ne voie des entrelacs, l'on assiste à ce qui indéfiniment s'entrelace.
Ornement qui n'orne rien du tout. Détail dans le détail. Dentelle dans la dentelle. Continuation monotone. Rythme de développement, d'étalage constant, qui ne ralentit, ni ne se met en relation avec vous. Inarrêtable. Intarissable processus d'ornementogénèse. » 

— Henri Michaux / Connaissance par les gouffres, 1961 / 
Chap. 1. Comment agissent les drogues — 
(Lettrines de Ernst Aufseeser / 1880 - 1940) 

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mardi 17 septembre 2019

Lullaby (fragment of)

coffeecup

Cold coffee 
Down on the floor 
Set me free 
From the next door 


— In my sketchbooks, crumbs of english words — 

(In my Digital Revio / Fragments) 

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lundi 16 septembre 2019

Typœtry

retourné

Pris par le temps, 
tu te laisses retourner. 
Quelle heure est-il ? 
Et c'est l'horizon 
qui penche 
en travers de la voûte. 
Où sommes-nous ? 
Il n'y a que des pas 
à l'envers ;  
en dessous des traces 
du dessus, 
à jamais perdues 
d'être ici, 
en un seul mot. 

 

— Dans mes carnets / Fragments —
(Dans mon Digital Revio, typographier le ciel) 

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jeudi 12 septembre 2019

Pop !

Edgar

« J'aime la gloire, j'en raffole ; je l'idolâtre ;
je boirais jusqu'à la lie de cette glorieuse ivresse ;

je voudrais que l'encens s'élève en l'honneur de mon nom 
depuis chaque colline et depuis chaque hameau
et de chaque ville et de chaque cité sur cette Terre. » 


— Edgar Allan Poe / 1809 - 1849 — 
(Figurine Funko Pop ® 2019 / collection Icon Serie of Pop Culture) 

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lundi 9 septembre 2019

Mythologies (fragment de)

cyclope

Homère était aveugle. 
Tout comme Démodocos, le poète. 
À qui la Muse qui l'aimait 
avait offert le pire et le meilleur, 
en parfait contrepoint. 

Elle lui avait pris ses yeux. 
Mais en compensation, avait donné
à la voix de son amant 
la douceur d'un chant du plus bel esprit. 
Ainsi qu'à ses dix doigts, 
l'agilité de l'oiseau sur la branche
d'une lyre à sept cordes. 

Démodocos aimait chanter les ruines 
des amours adultères d'Arès & Aphrodite, 
dans un motel palace abandonné
sur la grève blafarde d'une plage de Cythère. 

Homère, quant à lui, n'était peut-être 
rien d'autre que Personne, 
tout comme son Ulysse transperçant 
l'œil universel du Cyclope. 

La poésie n'est sûrement 
qu'affaire de regard, de visions, 
ou d'aveuglement. 

Alors puisque la parole 2.0 
est décrédibilisée, 

et que toute tentative de malicieuse ironie 
est aujourd'hui considérée 
comme hérésie blasphématoire, 

autant se crever les deux yeux 
afin de se sortir le cul des ronces 
avant que le poème ne devienne 
qu'une insipide pommade feel-good, 
aux huiles essentielles de rien, 
qui apaise notre inconséquence écarquillée 
de misérables voyeurs interconnectés. 

 

— Dans mes carnets / Fragments — 

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samedi 7 septembre 2019

Persona

maskantigone

Dans la torpeur du début d'un dernier été, on annonçait pour juillet l'imminence collapsée du grand effondrement caniculaire et planétaire. 
Cherchant l'espoir d'un réconfort climatisé près des hélicoptères-ventilateurs connectés au grand réseau de la terreur, l'homoschizophrénus, en centaine de millions d'exemplaires, se selfise alors en vieillard idéal et artificiel sous les sunlights des algorithmes FaceApp. 
Afin de laisser en héritage à ses petits-enfants mort-nés carbonisés, la trace d'une post-image augmentée, l'homoneurasthénicus lègue, le temps d'un simple lol / mdr, le portrait de sa vieillesse virtuelle qui pose en ancêtre derrière le masque selfique d'une sagesse paranoïde stockée à tout jamais dans la mémoire morte de l'humanité. 

  

— Dans mes carnets de fin d'été, fragments en vrac — 
(Photo : masques créés par Yves Leblanc © 2006 / Antigone de Sophocle / Avignon) 

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jeudi 5 septembre 2019

En bref

haiku


— Dans mes carnets, trois vers, dix-sept syllabes ; pas une de plus —

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mardi 3 septembre 2019

Digression

sirène et centaure

Esthétiquement, j'ai bien peur que l'on ne fasse que régresser depuis le Néolithique, l'Antiquité et le Moyen Âge. L'apogée étant certainement le XIIIème siècle avec Giotto di Bondone, Cimabue, Rutebeuf, Dietisalvi di Speme, Jaufré Rudel, Chrétien de Troyes et les Lais de Marie de France. 
À la rigueur, le XVème... avec les Primitifs flamands et François Villon, et puis Lorenzo Lotto qui donne enfin une âme à l'art du portrait au tout début du siècle suivant. Mais après... la messe est dite. La fête païenne est finie. 
Circulez, y a rien à voir. 

À bien y regarder de près, la Renaissance n'est peut-être rien de plus que l'instagram des XVIème et XVIIème siècle. La B.O. d'une série netflix composée par Umberto Tozzi et remixée par Vivaldi, le pizzaiolo végane des quatre saisons. Le royaume éternel selon l'évangile de Pierre & Gilles, lors d'une expo'concept dans l'espace co-working d'une bio-ferme urbaine alternative.
Finalement ce n'est peut-être que cela, la Renaissance... Une profusion d'images condescendantes, néo-classiques, ultra léchées, presque fluo, démago, vulgaires. Du storytelling, propre, lisse, éventé. Avec ces angelots dodus qui flottent comme des bisounours sous lexomil sur les nuages sucrés des plafonds rose bonbon. La modernité et le progrès sont enfin en marche sous l'œil bienveillant des apôtres bodybuildés, lovés dans les drapés des femelles lascives... Si les féministes avaient existé, elles auraient certainement coupé les couilles de Michelangelo – alors que tout le monde sait aujourd'hui qu'il était gay. 

En ce qui concerne l’esthétique de la pensée, de la langue et du discernement, on peut très facilement envisager le siècle des Lumières comme le google ou le facebook du XVIIIème siècle. La voilà, la grande et belle idée de ce fantasme encyclopédique universellement partagé : la vulgarisation – qui fait confondre le savoir avec la connaissance. 
Et bien sûr, lorsque l'on confond savoir et connaissance on se fourvoie dans l'impasse du « j'ai tout compris et j'ai toujours raison » comme n'importe quel crétin qui découvre un nouveau dogme, un nouveau jouet idéal, un truc en toc qui brille... Si les gilets jaunes avaient existé, ils auraient courageusement guillotiné Voltaire le cynique et Diderot le salaud de bourgeois illuminati.

Si on rajoute à tout cela, la démographie galopante et étouffante du XXème siècle, puis l'assassinat des mystères archaïques et des contes – ces vieillards immémoriaux qui avaient appris aux enfants devenus grands à écouter la musique du cœur du monde – on arrive vite au stade définitif de la crétinerie universelle. Là où l'idiot ; jadis le sage isolé et marginal, devient aujourd'hui une légion d'imbéciles au galop qui savent tout sur tout, même sur ce qu'ils ne connaissent pas. 
Plus on est nombreux, réunis et connectés, plus on est cons et vulgaires. 
C'est mathématique. 

Heureusement, il nous reste la poésie, le dernier vestige intime du Sacré – sans le religieux. C'est ce que le XIXème siècle avait si bien compris. Mais il est le seul. Je veux bien accorder aux impressionnistes du tout début XXème, aux pictorialistes – pionniers de l'art photographique – et à Apollinaire, la souveraineté esthétique autoproclamée d'un ultime chant du cygne... Et tout le reste, comme disait Jean-Pierre Coffe, n'est que du jambon polyphosphaté. 

 

— Dans mes carnets, petits fragments subjectifs
d'une brève histoire de l'art et de la littérature —
(illustration : bestiaire / enluminure du XIIIème siècle / anonyme) 

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dimanche 1 septembre 2019

Easy

dennis

Autant le dire tout de go, les nouvelles ne sont pas bonnes...

On annonce pour septembre, un sévère et radical retour de lynchage virtuel, victimaire, identitariste, pétitioniste, moraliste, idéologiste, inclusif et anonyme, pénardos planqué mou du clavier et tranquillou activiste vengeur masqué en pantoufles citoyennes révolutionnistes écoresponsables sur le grand réseau merdique de la rentrée. 

Ô joie ! 
Mon bison futé de l'internet et du smartphone me dit de foutre le camp en sens inverse. Ça tombe bien, je suis touriste à l'année. Alors je prends l'avion avec ma moto qui pollue du cul. Je bouffe du bœuf. Je fume du co2. Je chie du carbone. J'écris au masculin singulier, sans point-point. J'achète six cordes neuves sur amazon. 
Et... 

I m free to sing my song 
(though it gets out of time). 

Bonne rentrée à vous ! 

 

 

— Dans mes carnets, personal advice — 
(Sur la photo, Dennis Hopper dans Easy Rider en 1969) 

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mercredi 28 août 2019

Déco intérieure

fenêtredehors

Tu sais, gamin...

Tout ce que je fais, c'est
simplement cueillir gentiment,
sur une feuille vingt-et-un / vingt-sept,
des chants d'oiseaux pourris
et quelques aboiements de mâtins
baveux avec mon stylo noir
pour en faire de jolis bouquets effrayants,
vomissant des arcs en ciel délavés
qui lèchent des stratocumulus
en forme de poire pour la soif du monde
ou des stratocumulonimbus
en forme d'enclume pour assommer
les tristes cons.

Et rien de plus.
Te fais pas de films, gamin.
Va... 

 

 

— Dans mes carnets, fragments en vrac — 

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lundi 26 août 2019

Endless Summer

t_shirt_donald

— Dans le sac de plage de Melania, souvenirs du G7 — 

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dimanche 25 août 2019

icône

saintegreta

Sainte Greta de Stockholm 
Impératrice du Ciel, de la Terre et des Médias Sociaux 
Canonisée à Katowice le 4 décembre de l'an de grâce 2018 par la cop24 

Enluminure du 21ème siècle / 3ème millénaire 

 

— Dans mes carnets à dessins, enluminer l'icônnerie — 

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samedi 24 août 2019

Le robinet à merde

robinetàmerde

Le 24 août 2015, pour la première fois dans le monde, un milliard de personnes ont utilisé facebook dans la même journée. 
On peut donc, d'un point de vue sociologique, dater officiellement l'ouverture du robinet à merde à cette date précise.
(Happy birthday, facebook) 

En ce même an de grâce 2015, en France, des associations féministes déterrent à nouveau une vieille « affaire » de 2009, classée par la justice depuis 2012, et accusent une énième fois OrelSan – un simple auteur de chansons – d'incitation à la haine sexiste après l'avoir traîné devant les tribunaux comme un criminel de guerre faisant l'apologie du féminicide sous le troisième reich, et ce, même après la relaxe judiciaire, dopées et coachées par l'acharnement de la bien-pensance fraichement ultra-cyber-connectée (le fameux robinet à merde), confondant une fois de plus la fiction et la réalité comme des enfants de trois ans (régression pathologique) et prenant encore et toujours au pied de la lettre un texte littéraire pour un discours extrémiste de propagande (pathologie psychotique et collective de la paranoïa). On refait donc le procès poussiéreux de 1857 des Fleurs du Mal de Baudelaire. Autant dire le procès du diable en personne (coucou fais-moi peur).
Ça se passe en France. Et en France, on est toujours fiers d'être beaux et cons à la fois (on appelle ça le panache).

Bien avant l'ouverture du (fameux) robinet à merde, il ne serait jamais venu à l'idée de personne de confondre Benoît Poelvoorde (dans le film « C'est arrivé près de chez vous » en 1992) avec Patrick Henry, le tueur en série des seventies en pattes d'éph'. 
Il ne serait jamais venu à l'idée de personne de confondre Albert Dupontel (qui fracasse des têtes à grand coup de pelle métallique dans le film « Bernie » en 1996) avec Jack l'éventreur, et encore moins de confondre le bon vieux Georges Brassens (qui chante « Je suis un voyou » en 1954) avec un violeur pédophile. 
(Je viens d'utiliser malgré moi, trois fois de suite, le verbe confondre ; j'ose espérer que tu mesureras comme moi, l'ampleur de la confusionite aigüe ambiante.)

Bref. Or donc... Ainsi soit-il ! 
Et par la très grande sainteté de l'ouverture du robinet à merde de l'an de grâce 2015, nous te prions, seigneur tout puissant en forme de f.
Ô toi, grand monstre bleu aux deux milliards de trous du cul interconnectés, exhausse nos péchés et délivre-nous du mal... 
Amen. 

— Dans mes carnets, remise à l'heure — 

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lundi 19 août 2019

Le degré quantique du poème

semence

À l'abri de l'idiocracy 
qui gronde au dehors, 
je garderai tous ces mystères
endormis d'épines 
à l'intérieur d'un œuf
de phœnix incendiaire, 

précieux comme de la poussière
de licorne 
dispersée
dans l'indulgence des quatre-vents : 
celui-qui-fut, 
celui-qui-est, 
celui-qui-sera, 
celui-qui-sait. 

 


— Dans mes carnets, écrire des fragments — 
(Peinture © Thierry Murat, 2019 / Semence / 29 x 42 cm / 
acrylique blanche sur tôle rouillée / détail) 

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mercredi 14 août 2019

Les prévisions météo

pop

Après un bref épisode caniculaire et orageux, 
on annonce un abrupt retour aux normales saisonnières 
en fin de semaine. 

 

— C'était un communiqué d'Ici-Tout-Va-Bien. 
Merci de nous avoir suivis — 

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dimanche 11 août 2019

Le Large

longcourrier

« Quand je me sens des plis amers autour de la bouche, quand mon âme n'est plus qu'un bruineux et dégoulinant novembre, lorsque mon cafard prend tellement le dessus que je dois me tenir à quatre pattes pour ne pas, délibérément, descendre dans la rue pour y envoyer dinguer les chapeaux des gens, je comprends alors qu’il est temps pour moi de prendre le large. »

 

— Les premiers mots d'Ismaël dans Moby Dick / Herman Melville, 1851 —
(Peinture © Thierry Murat, 2019 / Long-Courrier / 90 x 40 cm /
acrylique blanche sur tôle rouillée / détail)

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vendredi 9 août 2019

Oldies but Goodies

alamokid

Désinvolte pistoléro séducteur, violent, raffiné et impitoyable romantique, amateur de vodka glacée, de femelles ardentes et de mouton grillé à l'ananas... 
Sous cette apparence de cow-boy de charme, Alamo Kid est un agent fédéral sévèrement burné, luttant contre le crime au cœur d'un far-west sans pitié, teinté de meurtres et d'érotisme torride. 

( #Houlala  #BalanceTonMitouSurPétition.com )

 

— Cette série italienne fut initialement publiée
dans « l'excellent » magazine Lanciostory
entre 1975 et 1978,
scénarisée par Antonio Mancuso
et dessinée par Giuseppe Montanari,
avant d'être éditée en France chez Sagédition en 1982 —
(un Must absolu...)

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jeudi 8 août 2019

Coucou, fais-moi peur (...)

newspaper

— Dans le journal du matin du jour du lendemain d'après-demain —

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mardi 6 août 2019

Blackbitch

blackbitch

« Hey mama, said the way you move, 
gonna make you sweat, gonna make you groove. » 

— Dans mes carnets, dessin champêtre / dans mes oreilles, Led Zep IV — 
(Pour Nico, spécial clin d'œil en forme de fagot) 

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mercredi 31 juillet 2019

Reset

vortex

Les brigades platoniciennes – milices de la répression du réel – sont venues cette nuit, m'arrêter dans mon sommeil. Elles m'ont conduit dans une cellule sourde et aveugle. Des cyborgs transgéniques m'ont fait une injection de solipsine, de moraline, et de solastalgine collapsée. Puis ils m'ont passé à tabac avant de me jeter vivant dans la fosse commune du vortex de Foucault.

C'est alors que je me suis réveillé sous LSD, en calbut hawaïen dans la piscine d'Aristote à Malibu. Buvant du champagne russe avec les putes de Jim et Aldoux, sous un soleil saturnien d'or et de plomb. 

 

— Dans mes carnets, rêves en vrac / extrait — 
(Dans mon Digital Revio, capturer des chiens et des loups) 

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