Le blog de Thierry Murat

mercredi 12 décembre 2018

Rédemption

femelles

Alors vient enfin
le temps
où la voix compassée
des petits poètes
vendeurs d'espoir
un peu mièvre
est aussi flamboyante
qu'un tube de dentifrice
en promo sur ta tête
de gondole cadenassée
comme un lundi matin
avec ses oiseaux merdeux
qui se brossent les dents
dans la cuisine.

Tu rêves d'un sphinx
qui te murmure à l'oreille
des foulards rouges
comme le ciel,
des amandiers dans le vent
et des colliers de coquelicots
en colère.
Mais les clameurs que tu entends
ne sont que les cris dégueulasses
des chiens en feu
que tu prends pour Bella Ciao
en remix électro zouk.

Alors viens.
On va goûter le miel à l'entrecuisse
des femelles souterraines,
et respirer le récit des temps anciens
qui nous dévorait et nous soignait
dans nos obscures mystères.
La vie aime se faire foutre
à quatre pattes avec entrain
dans l'allégresse du souvenir
des péchés capiteux.

Les constellations
qui surgissent
de nos feux éteints
apaiseront les silences
de nos entrailles brûlées.

Nos cœurs cailloux
sont plus durs
que ceux des autres.
Mais ils ont la hauteur des abîmes
et des ailes parsemées de planètes
et de forêts.

 

 

– Dans mes carnets / écrire des fragments –
(Photography © Rik Garret, 2014 / detail / glass plate collodion)

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jeudi 29 novembre 2018

Avoir

2cailloux3brindilles

L'oseille
Sans rien dans le citron
Ça vaut même pas le bœuf 
Qui tire la charrue,
Disaient les vieux d'ici 
Avant la guerre.

Hé, toi ! Le fantassin...
Sur le Chemin des Dames,
T'en aurais pas voulu
De nos vies de presque rien ?
Avec les poussières de fin de mois
Encroutées au coin de l'œil ?

Hein ?

Deux cailloux
Et trois brindilles
Hors taxes !
Avec cette intuition absolue
D'être au monde.
T'en aurais pas voulu, toi ?

Dis...

 

 

– Mots en vrac, écrire des fragments –

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lundi 26 novembre 2018

Trésor

jean-pierre

Parfois, un trésor en partage s'invite
dans la boîte aux lettres givrée
d'un matin de presqu'hiver.
Alors puisque les poètes ont toujours raison,
je garde au chaud cette affirmation fragile,
précieuse comme un printemps sous la neige.

 

 

– Dans mes carnets, secrets en vrac, fragments –

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mercredi 14 novembre 2018

Silence

neige70

J'ai appris à dessiner tout de suite et tout seul,
parce que je n'aimais pas trop parler.
Bien plus tard j'ai appris à écrire, à force de dessiner, 
parce que je voulais raconter le silence dans mes livres.
Aujourd'hui, j'ai envie d'écrire pour apprendre à me taire. 

 

 

– Mots en vrac, écrire des fragments –
(Dessin : moi, à 5 ans, dans mes carnets oubliés, hiver 1971)

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vendredi 9 novembre 2018

Si un jour

pluietrash

Si un jour fatigué 
Je me résigne à écrire 
Pour qu’on m’aime 
Comme un gros chat 
Ronronnant ses caresses 
Avachi sur les cuisses 
De la foule paresseuse 
Fous-moi dehors sous la pluie 
Dans la tempête de neige 
Et demande à la grêle 
De me gifler trois fois 
Jusqu’à ce que je me souvienne 
Qui je suis 
Avec mes questions chuchotées 
À contre courant 
Dans le vent dominant 
Qui gueule et qui proclame

Mais si après
Tu tournes sept fois
Ta langue dans ma bouche
Là, je ne dirai plus rien

 


– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –

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jeudi 8 novembre 2018

Rappel (rappel de)

caligraphisme

Les affirmations immolées 
Qui s'échappent de la voix fragile du poète,
Sont des sphinx silencieux.

Celui qui persiste à les confondre
Avec de l'exutoire, de la posture,
De la confession intime,
Ou (pire !)... de la vindicte prosélyte,
N'est qu'un misérable cloporte procédurier 
Ou un phacochère puceau de l'âme.


– Bien cordialement, La direction –
(Rappel du rappel publié le 18 mai 2018, en toute légitimité sur ce blog, ici même)

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vendredi 2 novembre 2018

A N I M A B I L I S

animafoto

Voilà... Animabilis est en librairie depuis hier
et à partir d’aujourd’hui.

C’est toujours très émouvant de laisser vivre un livre, seul ;
ce lâcher-prise
après l’accompagnement quasi-quotidien,
pendant dix-huit mois, jusqu’à la naissance de l'objet imprimé.

Bref...
Cela demande un peu de détachement tout ça, et… 
surtout beaucoup de confiance en « son » public.
Mais je ne je suis pas inquiet. 
Car je sais que vous prendrez soin de cette histoire.
N’est-ce pas ?

 

 

A N I M A B I L I S
Mon tout nouveau récit dessiné,
aux éditions Futuropolis. 160 pages.
Enfin en librairie depuis le 1er novembre 2018 !

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jeudi 1 novembre 2018

J'ai vu...

rainlynch

Cette nuit, j'ai vu
Un grand feu dans un champ gelé,
Des chats noirs dans les yeux des phares,
Et une chouette...
Blanche c
omme la lune, sur la route
Qui mène à la maison.


Ce matin, il pleut.
Crédule et confiant,

Je croasse à l'imparfait du subjonctif
En caressant le hérisson du jardin mouillé.

 

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –
(Peinture de David Lynch / Rain / 2005)

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dimanche 21 octobre 2018

L’incantation littéraire

typoésie

La puissance d’envoûtement du discours archaïque ;
l’incantation...

Dont l’origine immémoriale coïncide certainement
avec celle de la poésie.

Le maniement poétique des mots comme magie divinatoire,
guérisseuse ou auto-réalisatrice. 
Les formules magiques et les enchantements
sont les formes primitives de la poésie. 
Chants doués de charme, paroles qui engendrent sorts
et sortilèges.

Abracadabra. De l’hébreu Avra Khédavra :
« Je créerai comme je parle. »

Le mot « magique » dépasse et transcende
le sens du mot lui même.
Il nous reconnecte avec l'écart oublié qui se cache
entre l'intense et le fade ; le poème.

 

 

– Typographie : Futuræ –

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jeudi 18 octobre 2018

Piqûre de rappel


A N I M A B I L I S

Mon tout nouveau récit dessiné,
aux éditions Futuropolis. 160 pages.
Enfin en librairie à partir du 1er novembre 2018 !

 

 

– La bande-son de ce trailer à été réalisée par Firmin (Murat junior) –

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mardi 16 octobre 2018

C'est les 1 an du #mitou ! (et ça se fête...)

(Il y a un an, presque jour pour jour, je publiais ça. Ici même...)

fillesmodèles

Pendant que la « planète fille #MeToo #balancetonporc » relit Barbe Bleue et comptabilise les mains au cul qu'elle aurait oubliées au fil de son parcours intersidéral, moi je lis L'Homme Sauvage & l'Enfant – l'avenir du genre masculin – de Robert Bly (éditions du Seuil, 1992).

Et je repense aux petites filles modèles de la cour de récré de mes dix ans. Ces petites filles méchantes qui frottaient leur timide féminité à la virilité des garçons vulgaires. 
En se laissant tripoter par « les autres », elles me souriaient gentiment, me laissant là, violemment sur le seuil, le cœur durablement en miettes, dans mon rôle d'éternel meilleur ami, exclu des premiers jeux érotiques. 
Peut-être étais-je, à leurs yeux, trop doux, trop « poète », ou certainement pas assez « protecteur » pour attiser leur libido en construction...


Après toutes ces années, je ne suis devenu ni gay, ni rock star, ni serial killer...
Juste un môme éternel.

Aujourd'hui, les petites filles modèles postent leurs selfies, leurs hashtags « à la con », des photos de leurs chats et de leurs décos de noël sur facebook. Et moi... J'écris, je dessine et publie des livres en homme libre.

 

« Les petites filles modèles 
Se moquaient bien de moi 
Tu n'es pas connu disaient-elles 
Tu n'as pas l'air d'un roi 
Les petites filles méchantes 
Aimaient jouer avec moi 
Elles avaient une façon cruelle 
De s'endormir entre mes bras. »

– William Sheller (Les petites filles modèles / 1982) –

Gravure : anonyme. Vers 1900...

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jeudi 11 octobre 2018

Le pus

SallyMann_2001

Les névroses pasteurisées 
De Wounded Knee 
Et du onze septembre 
En import US.
Les cierges 
Et les « Let it be »…

Et puis les Charlies,
Les « je suis »
Et tout le bataclan.
Les « pas d'amalgame »
Et la liberté d'expression
En suppositoires lubrifiés.

Et puis plus tard
Les hashtags,
Le cynisme ordinaire

Et puis les livres,
Et les manuels scolaires
Que l’on brûle sur Pétitions.com
Et les expos que l’on caviarde.
Et puis les Olympias
Que l’on ferme
À guichets ouverts,
Dans l’allégresse
De quelques mantes religieuses
Sérial cyber-killeuses.

Chaque matin,
La tristesse infinie
De boire
Son propre pus
Inoculé par le siècle
Spectaculaire.

(Mais demain,
Si tu préfères…
Je te parlerai
Du jus de soleil
Qui perle
Au bord
Des lèvres
De l’horizon)

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –
(photographie © Sally Mann, 2001)

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jeudi 4 octobre 2018

En librairie à partir du 1er novembre 2018 !

animabilis_couv


A N I M A B I L I S :
vivifiant, stimulant, exaltant, qui peut rendre vivant…
Du mot latin anima (âme, vie, air...), suivi du suffixe bilis,
qui lui donne une fonction d’adjectif. 
(Cicéron / 1er siècle av. J.C.)

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mercredi 3 octobre 2018

Paysage

paysage-Puyo

Je suis un paysage désolé,
Austère et vierge
De toute présence humaine.
Échoué à la frontière du néant
Et de l'absolu, je flotte sur la lande.
Je suis un drapeau blanc
En lambeaux, dans le parfum
D'une tempête de forêt.

Je n'aime pas les villes et les ruelles.
Ça sent la pisse d'un autre siècle,
Le vomi des poètes maudits,
Et ça pue la misère d'y vieillir seul
Le long des murs dégueulasses
D'un boulevard chic.
Je déteste les vieux bancs rouillés
Qui colportent l'odeur fanée
Du tout premier baiser
Des amants de Saint-Jean.
Je n'aime pas trop les statues
Des jardins publics
Et leur blanches épaules,
Où seule la fiente des pigeons
Semble encore vivante.
Les traces des hommes
Sont toujours moches et mortes.
Elles ne racontent que ce qui fût,
Jamais ce qui sera.

Je ne suis qu'un paysage désolé
Et ça me va.
Austère et vierge
De toute trace humaine,
Je regarde les empreintes
Des hérons et des loups
Sur l'horizon de mon âme en jachère ;
Une promesse de brume d'avenir
Dans les cheveux d'une déesse nue.
Un sortilège qui s'évapore
Dans un vol de fleurs sauvages.
Et ça me va, jusqu'à demain matin.



– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –
(Photographie : Constant Puyo, 1910)

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lundi 1 octobre 2018

Mais peut-être est-il temps...

Oui... Peut-être est-il temps pour toi, lecteur enhardi, 
que je te murmure un avertissement.
Un secret...

Hiver 1872. La lande du Yorkshire. Un village isolé.
La neige. Le vent. La forêt profonde. Un vol de corbeaux...
Victor de Nelville, un jeune journaliste français, débarque
dans ce paysage envoûtant.

La nature sauvage empreinte de sorcellerie et de légendes anciennes,
la rencontre avec une femme, belle comme un mystère,
entraînent peu à peu le jeune homme dans un furieux désir d'écriture.
Le maniement poétique des mots accompagne sa métamorphose
à la lisière du réel.
Un récit sur le verbe, l'écriture des sens, le langage du corps et de l'âme.
Au cœur de l'errance intime de Victor, le lecteur est lentement immergé
dans les tourments d'un poète romantique du 19ème siècle.

 

A N I M A B I L I S
Mon tout nouveau récit dessiné,
aux éditions Futuropolis. 160 pages.
En librairie à partir du 1er novembre 2018 !

 

– La bande-son de ce trailer à été réalisée par Firmin (Murat junior) –

Posté par thierrymurat à 09:59 - Permalien [#]
dimanche 30 septembre 2018

(sans titre)

mesguish

Avant hier, clochard-poète, je fus looser-astral à deux cents exemplaires aux éditions de la Loutre Céleste, hier, j'étais adulescent rebelle en érection sur facebook, aujourd'hui, enfin, me voilà rappeur omnipotent sur youtube. Je t'emmerde et je total'contrôle tes pensées en millions de vues. Je lèche ta boulimie de buzz. Je suce tes fake désirs de news. Tu es la petite pute de ma fiction paranoïaque et omnisciente. Je maîtrise la dialectique du loup, la sémantique de la mygale et la rhétorique du scorpion à réaction. Je t'inocule mon beatmaking à bout portant. Mon blaze fucke tes likes et je contemple mon flow-power de nounours bipolaire connecté à tout tes fantasmes. Je slame des incantations qui te subliment en hominidé moderne ; mou et con à la fois. Moi, je jouis en freestyle overdrive. Et toi, tu te kiffes à te sentir vivre et mourir ta life au même instant. Et tu en redemandes... 
N'est-ce pas le nec du nec, mec ? Ça y ressemble, on dirait.

 

 

– Dans mes carnet, mots en vrac, écrire des fragments de coup de boule
dans la fourmilière –
(artwork : David Mesguich, alcool marker on paper, 2009)

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mercredi 26 septembre 2018

La surface du réel

fildefer

« Les poètes disent que nous sommes confrontés à une surface du réel (les mécanismes ordinaires, le pragmatique, le quotidien, la nécessité de la conservation de l’existence). On se laisse absorber par cette surface du réel qui n’est que la pointe émergée de l’iceberg. Les poètes sont les vrais réalistes. On en fait toujours des rêveurs, des gens qui sont ailleurs, vous savez : « Ah, heureusement qu’on a des poètes pour nous faire rêver, etc. » Mais merde ! Non ! C’est tout le contraire ; les poètes sont entichés du réel, ils n’ont d’occupation que de répéter sans cesse que le réel n’est pas ce qu’on nous dit, ce qu’on croit ! Ils nous rappellent toujours que, par exemple, le moindre petit fait de l’existence, vu ou éprouvé, supposerait une Iliade ou une Odyssée à lui tout seul – c’est-à-dire un développement pour en saisir la résonance réelle en nous, comprendre comment en saisir les tenants et aboutissants, car entendre l’effet en nous du réel demanderait une quête et une exploration illimitées ! Le réel est illimité, voilà ce que disent les poètes ! Que rien, ni un caillou, ni un visage, ni un geste, n’est monosémique, alors que tout dans la société veut nous faire croire que ça l’est : un geste = un sens ; un regard, un visage = un sens. C’est la carte d’identité, c’est le jugement au faciès. Ou encore, un voile = un sens ; vous voyez ce que je veux dire... On est dans une sorte de monde totalitaire, au sens où il veut faire un tout de chaque chose, un tout clos. La poésie a toujours été une objection libertaire à l’organisation du monde et à la pensée du monde telle qu’elle est constituée dans l’imaginaire collectif par le pouvoir et les idéologies dominantes. N’oublions pas que l’imaginaire collectif est gouverné par les croyances, par les philosophies, par les dogmes. Ce n’est pas par hasard qu’on a mis les poètes en exil, rappelez-vous de l’époque grecque ou latine – ils gênent toujours, parce qu’ils récusent ces compréhensions limitées et closes du monde : ils disent toujours que, non, les choses ne sont pas « arrêtées » (et je dis « arrêtées » à dessein). Nous vivons dans un monde qui tend à immobiliser : jamais on n’a eu autant de forces d’immobilisation. C’est un processus délétère, gravement néfaste. »



– Jean-Pierre Siméon, dans la revue Ballast (extrait),
entretien avec Adeline Baldacchino, le 17 octobre 2015
à l’occasion de la sortie de son ouvrage « La poésie sauvera le monde » 
aux éditions Le Passeur –

(sculpture en fil de fer de mon copain François Deforges, 2018)

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mardi 25 septembre 2018

Soir

caspar

Au sommet de ce jour liquide je regarde, j'observe encore,
je renifle, avec une prudence téméraire, cet aimable prêchi-prêcha
victimaire, hashtagé, moraliste, non-binaire, revanchard, pétitionnaire,
antispéciste, pleurnichard, délationiste, paranoïaque, manichéen,
jeuniste, nombriliste, néo-féministe, posthumaniste, relativiste,
épicène, réformiste, utopiste, sans gluten, non genré,
et recyclable...

Incapable de me laisser lécher les plaies par les certitudes
du camp des uns et les intranquillités maladives des autres,
je choisi l'indifférence du chien galeux qui se roule dans la poussière
et se shoote à la verticale avec la lumière des premiers soirs
d'automne.

Pendant que je m'injecte mon propre venin
comme un sérum placebo, un Christ surfeur en short hawaïen
nous prédit, sur la plage, l'apocalypse selon Saint-Glinglin.
En lisant dans les trous noirs de son cerveau galactique,
il se laisse liker par des milliers d'hologrammes en paréo. Amen.

Au loin, l'indigeste indigence de l'ultra moderne assemblée
se perd dans les flammes du ciel incendie 
en un long et insignifiant murmure horizontal.

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, fragments –
(peinture : Caspar David Friedrich, 1821)

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lundi 24 septembre 2018

Mon nom

autographe

Murat, c'est le nom 
De mon grand-père. 
Je ne l'ai pas fantasmé 
Au creux du jupon humide 
D'une intrigante napolitaine 
Accrochée au cou 
D'un maréchal d'empire.

Murat, c'est le nom
De mon père.
Je ne l'ai pas volé
Aux vents auvergnats
Qui caressent la croupe
D'un volcan éteint
Sous la neige en feu.

Murat, ce n'est pas juste
Le pseudo-costume d'emprunt
De Jean-Louis, le poète maudit
Aux yeux bleus écorchés
Dans des buissons de mélancolies
Poisseuses et sublimes.

Murat, c'est mon nom à moi.
Pour de vrai.

 

 


– Pour Jean-Louis Bergheaud (dit Murat)
avec toute mon admiration à rebrousse-poil, sincère et désinvolte –

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jeudi 20 septembre 2018

Ce matin

matin

Ce matin au réveil 
Sans allumer facebook 
J'ai fumé deux clopes
Roulées à la main
Une avant le café
Une juste après

J'ai relu Rimbaud
Une saison en enfer
Délire II / Alchimie du verbe
J'ai mis un vieux vinyl de soixante-huit sur la platine
Pink Floyd / A saucerful of secret / face B

Sur la première page d'un nouveau carnet
J'ai dessiné un nuage avec du café froid
Et j'ai écrit un haïku par-dessus

J'ai passé un long moment
À contempler les traces féminines de ma fille
Dans sa boite à bijoux

J'ai gratté un La Mineur
Sur la guitare de mon fils aîné
Accrochée au mur de sa chambre

J'ai essayé un masque de Spiderman
Près du lit de mon fils cadet
Je n'ai pas fait de selfie

Dans la rosée je suis sorti
Et sur les premières feuilles mortes de la saison
J'ai marché pieds nus
Jusqu'à ma cabane atelier

J'ai vu le ciel me dire bonjour
J'ai senti les yeux du temps
Me ramener à la vie

J'ai pensé à mon copain Christian...

J'ai allumé l'ordi
J'ai ouvert facebook
Et je n'ai rien posté

 

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –

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