Le blog de Thierry Murat

vendredi 19 avril 2019

La cendre et la merde (fragments)

VH_ND

La petite France mesquine
Après avoir tourné en boucle
Sur des ronds-points jaune sang
Se voit pousser des ailes
D'ange sans-culotte.

La pierre et le feu...
Symbole !

En regardant brûler huit siècles d'histoire
La petite France mesquine
Mélange dans la cendre
Des compagnons bâtisseurs
Et dans la boue des cathédrales
Les vestiges de son humanité merdique
Avec les restes pourris de son frigo vide
En plastoc.

Dans la lumière verticale et sacrée
De son Samsung Galaxy
Elle prie les dieux du fric et du cul
De lui offrir ce qu'elle n'aura jamais ;
Une âme – même artificielle
Une planète flambant neuve
Et un vilain petit pavillon Phénix
En or massif.

La croupe flétrie dans l'aube fanée
La petite France mesquine
Chie sur la beauté des mondes archaïques
En chantant de vieux cantiques staliniens
Pour que cesse enfin sa misérable existence
De cloporte fatigué.

 

– Dans mes carnets / écrire des fragments –
(dessin de Victor Hugo, 1831 / Vision de Notre Dame de Paris)

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mardi 19 mars 2019

Merci...

anima_62

Vous êtes nombreux à avoir lu ANIMABILIS… Très nombreux. 

Depuis la sortie de ce récit dessiné en novembre 2018, certains ont préféré se taire ; peut-être pour mieux sublimer le silence qui s’installe à la fin de l’histoire. Quelques uns m’ont fait part de leurs émotions, ou de leur déroute au croisement de ces pages venimeuses et fragiles. D’autres ont même tenté de raconter cette mystérieuse expérience de lecture sur des blogs ou dans des chroniques partagées sur les divers réseaux. C’est troublant tout ça... Et c’est précieux.

Je n'ai qu'un seul regret. Celui de ne pouvoir jamais vivre cette expérience de lecteur comme vous l’avez fait. M’enfouir dans un fauteuil et me laisser perdre dans ces lignes mouvantes comme des marécages et dans ces images soi-disant hypnotiques... C’est évidemment impossible pour moi. Et c’est très injuste finalement (#sourire).

Merci à toutes et à tous, donc, lecteurs et libraires, pour avoir accompagné ce livre pendant les premiers mois de sa vie.

 

A N I M A B I L I S
Thierry Murat © éditions Futuropolis. 160 pages.
En librairie depuis le 1er novembre 2018.

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lundi 11 mars 2019

Conte de saison

chienrage

Ce fût un siècle formidable. 
La parole enfin libérée 
était devenue superbe et sauvage. 

Au bout de neuf décennies 
d'ultra connexion quotidienne, 
les moutons se transformèrent en chiens 
enragés dans leur bave de haine.

Les idées tournaient en boucle.
Sans répit et sans trêve.

Chaque jour une nouvelle obsession
prenait la place de celle d'hier
comme dans le vide ordure
d'un cerveau malade et collectif.

On supprima donc ce grand réseau
où chacun pouvait aboyer librement.
Puis on le remplaça par un immense tissu
de connections primales et cognitives.
Désormais, chaque songe intimement downloadé
pourrait devenir cyber-lumière, mantra
ou poème.

Mais les chiens ne savaient plus rêver.
Alors les chiens devinrent cochons.

 

– Dans mes carnets / écrire des fragments –

Posté par thierrymurat à 15:26 - Permalien [#]
jeudi 7 mars 2019

Alléluia !

Cristóbal lópez

Ah bah dis-donc... 
Il s'en passe de belles, 
dans les alcôves sucrées 
du Vatican !

– Dessin de © Cristóbal López –

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dimanche 3 mars 2019

One For All

Malgré son génie musical et les nombreuses influences qu'il a apportées 
à la pop anglaise de sa génération, Roy Harper n'a jamais accédé
au rang de rock star. 
Ami et mentor de Syd Barrett, il est surtout connu
pour avoir posé sa voix sur le titre « Have a Cigar » 
de Pink Floyd,
sur l'album Wish You Were Here, en 1975.

Ici, pour la télé norvégienne en 1969, une belle folksong en live
à la 6 cordes accordée en open tuning.

Enjoy le total kiffe !

 

– Roy Harper / One For All / Live session for the norwegian TV / august 1969 –

Posté par thierrymurat à 15:41 - Permalien [#]
mercredi 27 février 2019

Printemps (retour de)

landarnaudin

La triste écorce des jours de loin,
écorchée d'horizon blanc,
recrache soudain le hapchot
dans un éclat de silence.

De Sabres à Commensacq,
le gemmeur ne voit plus la route
essoufflée sous la lande.
Alors il garde la sève secrète
de ce retour de guerre saisonnière
blottie dans son veston
comme une balafre ;
une écuelle vide pour attirer les loups
qui rôdent encore autour des dunes
du pays de Born.

Les gens d'ici sont des animaux blessés.
Braves et inhospitaliers.

On raconte que les pèlerins
en partance vers l'Espagne
cheminaient sur ces terres de sables
avec les yeux hagards des fantômes
traversant les limbes.
Le fardeau de leur terreur
écrasant leur foi sur leurs épaules.


– Dans mes carnets d'ici / écrire des fragments –
(Photogtaphie : Félix Arnaudin, 1880)

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lundi 17 décembre 2018

Fermé

mire

Ce blog est fermé
pour la période hivernale.

Pendant que la race humaine 
se ronge l'âme,
d'une haine à l'autre,
assèche le cœur

de ses enfants
dans la colère permanente
puis se consume
dans le consumérisme indécent
et l'aigreur en commun,
les animaux les plus sages, eux, 
hibernent.
Et les graines 
se terrent sous la terre
pour mieux se taire
jusqu'au printemps prochain.

Ici ou là, je ne suis plus là.
Je remets ma démission.

 

 

– Bien cordialement, La direction –

Posté par thierrymurat à 11:16 - Permalien [#]
mercredi 12 décembre 2018

Rédemption

femelles

Alors vient enfin
le temps
où la voix compassée
des petits poètes
vendeurs d'espoir
un peu mièvre
est aussi flamboyante
qu'un tube de dentifrice
en promo sur ta tête
de gondole cadenassée
comme un lundi matin
avec ses oiseaux merdeux
qui se brossent les dents
dans la cuisine.

Tu rêves d'un sphinx
qui te murmure à l'oreille
des œillets rouges
comme le ciel,
des amandiers dans le vent
et des colliers de coquelicots
en colère.
Mais les clameurs que tu entends
ne sont que les cris dégueulasses
des chiens en feu
que tu prends pour Bella Ciao
en remix électro zouk.

Alors viens.
On va goûter le miel à l'entrecuisse
des femelles souterraines,
et respirer le récit des temps anciens
qui nous dévorait et nous soignait
dans nos obscures mystères.
La vie aime se faire foutre
à quatre pattes avec entrain
dans l'allégresse du souvenir
des péchés capiteux.

Les constellations
qui surgissent
de nos feux éteints
apaiseront les silences
de nos entrailles brûlées.

Nos cœurs cailloux
sont plus durs
que ceux des autres.
Mais ils ont la hauteur des abîmes
et des ailes parsemées de planètes
et de forêts.

 

 

– Dans mes carnets / écrire des fragments –
(Photography © Rik Garret, 2014 / detail / glass plate collodion)

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samedi 8 décembre 2018

Final

ruines2

Dernier suicide collectif
Avant la fin du monde.
La populace
Part en croisade
Faire les poches du prince.

Dernier spectacle.

Grossir les rangs
Avec les gosses.
Les shooter
Avec leurs désillusions
Perdues.
Les selfiser une dernière fois
En martyrs sur twitter.

Grossir la haine.

Après la guerre sainte,
Les Robins des Bois
Garderont tout pour eux.
Et les miséreux
Pouront crever en paix
Juste avant le déluge.

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Please reload again.

Compte pas sur moi
Pour t'aider à pousser ton caddie.
T'as vu la queue ?

Allez...
Je t'attends dehors
En regardant l'incendie,
En direct sur samsung galaxy.
Vas-y... Allume la radio.

Écoute.

Charline & Guillaume
Nous ont prévu
Une musicale comédie
Pour le bouquet final.

Regarde.

Le jour se lève
Il fait déjà nuit.
Et après la dinde froide
On fêtera les rois.

 

 

 

– Mots en vrac, écrire des fragments –

Posté par thierrymurat à 10:25 - Permalien [#]
jeudi 29 novembre 2018

Avoir

2cailloux3brindilles

L'oseille
Sans rien dans le citron
Ça vaut même pas le bœuf 
Qui tire la charrue,
Disaient les vieux d'ici 
Avant la guerre.

Hé, toi ! Le fantassin...
Sur le Chemin des Dames,
T'en aurais pas voulu
De nos vies de presque rien ?
Avec les poussières de fin de mois
Encroutées au coin de l'œil ?

Hein ?

Deux cailloux
Et trois brindilles
Hors taxes !
Avec cette intuition absolue
D'être au monde.
T'en aurais pas voulu, toi ?

Dis...

 

 

– Mots en vrac, écrire des fragments –

Posté par thierrymurat à 11:55 - Permalien [#]
lundi 26 novembre 2018

Trésor

jean-pierre

Parfois, un trésor en partage s'invite
dans la boîte aux lettres givrée
d'un matin de presqu'hiver.
Alors puisque les poètes ont toujours raison,
je garde au chaud cette affirmation fragile,
précieuse comme un printemps sous la neige.

 

 

– Dans mes carnets, secrets en vrac, fragments –

Posté par thierrymurat à 12:01 - Permalien [#]
mercredi 14 novembre 2018

Silence

neige70

J'ai appris à dessiner tout de suite et tout seul,
parce que je n'aimais pas trop parler.
Bien plus tard j'ai appris à écrire, à force de dessiner, 
parce que je voulais raconter le silence dans mes livres.
Aujourd'hui, j'ai envie d'écrire pour apprendre à me taire. 

 

 

– Mots en vrac, écrire des fragments –
(Dessin : moi, à 5 ans, dans mes carnets oubliés, hiver 1971)

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vendredi 9 novembre 2018

Si un jour

pluietrash

Si un jour fatigué 
Je me résigne à écrire 
Pour qu’on m’aime 
Comme un gros chat 
Ronronnant ses caresses 
Avachi sur les cuisses 
De la foule paresseuse 
Fous-moi dehors sous la pluie 
Dans la tempête de neige 
Et demande à la grêle 
De me gifler trois fois 
Jusqu’à ce que je me souvienne 
Qui je suis 
Avec mes questions chuchotées 
À contre courant 
Dans le vent dominant 
Qui gueule et qui proclame

Mais si après
Tu tournes sept fois
Ta langue dans ma bouche
Là, je ne dirai plus rien

 


– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –

Posté par thierrymurat à 18:27 - Permalien [#]
jeudi 8 novembre 2018

Rappel (rappel de)

caligraphisme

Les affirmations immolées 
Qui s'échappent de la voix fragile du poète,
Sont des sphinx silencieux.

Celui qui persiste à les confondre
Avec de l'exutoire, de la posture,
De la confession intime,
Ou (pire !)... de la vindicte prosélyte,
N'est qu'un misérable cloporte procédurier 
Ou un phacochère puceau de l'âme.


– Bien cordialement, La direction –
(Rappel du rappel publié le 18 mai 2018, en toute légitimité sur ce blog, ici même)

Posté par thierrymurat à 16:27 - Permalien [#]
vendredi 2 novembre 2018

A N I M A B I L I S

animafoto

Voilà... Animabilis est en librairie depuis hier
et à partir d’aujourd’hui.

C’est toujours très émouvant de laisser vivre un livre, seul ;
ce lâcher-prise
après l’accompagnement quasi-quotidien,
pendant dix-huit mois, jusqu’à la naissance de l'objet imprimé.

 

Bref...
Cela demande un peu de détachement tout ça, et… 
surtout beaucoup de confiance en « son » public.
Mais je ne suis pas inquiet. 
Car je sais que vous prendrez soin de cette histoire.
N’est-ce pas ?

 

 

A N I M A B I L I S
Mon tout nouveau récit dessiné,
aux éditions Futuropolis. 160 pages.
Enfin en librairie depuis le 1er novembre 2018 !

Posté par thierrymurat à 15:30 - Permalien [#]
jeudi 1 novembre 2018

J'ai vu...

rainlynch

Cette nuit, j'ai vu
Un grand feu dans un champ gelé,
Des chats noirs dans les yeux des phares,
Et une chouette...
Blanche c
omme la lune, sur la route
Qui mène à la maison.


Ce matin, il pleut.
Crédule et confiant,

Je croasse à l'imparfait du subjonctif
En caressant le hérisson du jardin mouillé.

 

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –
(Peinture de David Lynch / Rain / 2005)

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dimanche 21 octobre 2018

Incantation

typoésie

La puissance d’envoûtement du discours archaïque ;
l’incantation...

Dont l’origine immémoriale coïncide certainement
avec celle de la poésie.

Le maniement poétique des mots comme magie divinatoire,
guérisseuse ou auto-réalisatrice. 
Les formules magiques et les enchantements
sont les formes primitives de la poésie. 
Chants doués de charme, paroles qui engendrent sorts
et sortilèges.

Abracadabra. De l’hébreu Avra Khédavra :
« Je créerai comme je parle. »

Le mot « magique » dépasse et transcende
le sens du mot lui même.
Il nous reconnecte avec l'écart oublié qui se cache
entre l'intense et le fade ; le poème.

 

 

– Typography : Futuræ / Designed by © Paul Willoughby –

Posté par thierrymurat à 12:50 - Permalien [#]
jeudi 18 octobre 2018

Piqûre de rappel

A N I M A B I L I S
Mon tout nouveau récit dessiné,
aux éditions Futuropolis. 160 pages.
Enfin en librairie à partir du 1er novembre 2018 !

 

– La bande-son de ce trailer à été réalisée par Firmin (Murat junior) –

Posté par thierrymurat à 15:33 - Permalien [#]
mardi 16 octobre 2018

C'est les 1 an du #mitou ! (et ça se fête...)

(Il y a un an, presque jour pour jour, je publiais ça. Ici même...)

fillesmodèles

Pendant que la « planète fille #MeToo #balancetonporc » relit Barbe Bleue et comptabilise les mains au cul qu'elle aurait oubliées au fil de son parcours intersidéral, moi je lis L'Homme Sauvage & l'Enfant – l'avenir du genre masculin – de Robert Bly (éditions du Seuil, 1992).

Et je repense aux petites filles modèles de la cour de récré de mes dix ans. Ces petites filles méchantes qui frottaient leur timide féminité à la virilité des garçons vulgaires. 
En se laissant tripoter par « les autres », elles me souriaient gentiment, me laissant là, violemment sur le seuil, le cœur durablement en miettes, dans mon rôle d'éternel meilleur ami, exclu des premiers jeux érotiques. 
Peut-être étais-je, à leurs yeux, trop doux, trop « poète », ou certainement pas assez « protecteur » pour attiser leur libido en construction...


Après toutes ces années, je ne suis devenu ni gay, ni rock star, ni serial killer...
Juste un môme éternel.

Aujourd'hui, les petites filles modèles postent leurs selfies, leurs hashtags « à la con », des photos de leurs chats et de leurs décos de noël sur facebook. Et moi... J'écris, je dessine et publie des livres en homme libre.

 

« Les petites filles modèles 
Se moquaient bien de moi 
Tu n'es pas connu disaient-elles 
Tu n'as pas l'air d'un roi 
Les petites filles méchantes 
Aimaient jouer avec moi 
Elles avaient une façon cruelle 
De s'endormir entre mes bras. »

– William Sheller (Les petites filles modèles / 1982) –

Gravure : anonyme. Vers 1900...

Posté par thierrymurat à 11:19 - Permalien [#]
jeudi 11 octobre 2018

Le pus

SallyMann_2001

Les névroses pasteurisées 
De Wounded Knee 
Et du onze septembre 
En import US.
Les cierges 
Et les « Let it be »…

Et puis les Charlies,
Les « je suis »
Et tout le bataclan.
Les « pas d'amalgame »
Et la liberté d'expression
En suppositoires lubrifiés.

Et puis plus tard
Les hashtags,
Le cynisme ordinaire

Et puis les livres,
Et les manuels scolaires
Que l’on brûle sur Pétitions.com
Et les expos que l’on caviarde.
Et puis les Olympias
Que l’on ferme
À guichets ouverts,
Dans l’allégresse
De quelques mantes religieuses
Sérial cyber-killeuses.

Chaque matin,
La tristesse infinie
De boire
Son propre pus
Inoculé par le siècle
Spectaculaire.

(Mais demain,
Si tu préfères…
Je te parlerai
Du jus de soleil
Qui perle
Au bord
Des lèvres
De l’horizon)

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –
(photographie © Sally Mann, 2001)

Posté par thierrymurat à 18:05 - Permalien [#]