Le blog de Thierry Murat

jeudi 18 octobre 2018

Piqûre de rappel


A N I M A B I L I S

Mon tout nouveau récit dessiné,
aux éditions Futuropolis. 160 pages.
Enfin en librairie à partir du 1er novembre 2018 !

 

 

– La bande-son de ce trailer à été réalisée par Firmin (Murat junior) –

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mardi 16 octobre 2018

C'est les 1 an du #mitou ! (et ça se fête...)

(Il y a un an, presque jour pour jour, je publiais ça. Ici même...)

fillesmodèles

Pendant que la « planète fille #MeToo #balancetonporc » relit Barbe Bleue et comptabilise les mains au cul qu'elle aurait oubliées au fil de son parcours intersidéral, moi je lis L'Homme Sauvage & l'Enfant – l'avenir du genre masculin – de Robert Bly (éditions du Seuil, 1992).

Et je repense aux petites filles modèles de la cour de récré de mes dix ans. Ces petites filles méchantes qui frottaient leur timide féminité à la virilité des garçons vulgaires. 
En se laissant tripoter par « les autres », elles me souriaient gentiment, me laissant là, violemment sur le seuil, le cœur durablement en miettes, dans mon rôle d'éternel meilleur ami, exclu des premiers jeux érotiques. 
Peut-être étais-je, à leurs yeux, trop doux, trop « poète », ou certainement pas assez « protecteur » pour attiser leur libido en construction...


Après toutes ces années, je ne suis devenu ni gay, ni rock star, ni serial killer...
Juste un môme éternel.

Aujourd'hui, les petites filles modèles postent leurs selfies, leurs hashtags « à la con », des photos de leurs chats et de leurs décos de noël sur facebook. Et moi... J'écris, je dessine et publie des livres en homme libre.

 

« Les petites filles modèles 
Se moquaient bien de moi 
Tu n'es pas connu disaient-elles 
Tu n'as pas l'air d'un roi 
Les petites filles méchantes 
Aimaient jouer avec moi 
Elles avaient une façon cruelle 
De s'endormir entre mes bras. »

– William Sheller (Les petites filles modèles / 1982) –

Gravure : anonyme. Vers 1900...

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jeudi 11 octobre 2018

Le pus

SallyMann_2001

Les névroses pasteurisées 
De Wounded Knee 
Et du onze septembre 
En import US.
Les cierges 
Et les « Let it be »…

Et puis les Charlies,
Les « je suis »
Et tout le bataclan.
Les « pas d'amalgame »
Et la liberté d'expression
En suppositoires lubrifiés.

Et puis plus tard
Les hashtags,
Le cynisme ordinaire

Et puis les livres,
Et les manuels scolaires
Que l’on brûle sur Pétitions.com
Et les expos que l’on caviarde.
Et puis les Olympias
Que l’on ferme
À guichets ouverts,
Dans l’allégresse
De quelques mantes religieuses
Sérial cyber-killeuses.

Chaque matin,
La tristesse infinie
De boire
Son propre pus
Inoculé par le siècle
Spectaculaire.

(Mais demain,
Si tu préfères…
Je te parlerai
Du jus de soleil
Qui perle
Au bord
Des lèvres
De l’horizon)

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –
(photographie © Sally Mann, 2001)

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jeudi 4 octobre 2018

En librairie à partir du 1er novembre 2018 !

animabilis_couv


A N I M A B I L I S :
vivifiant, stimulant, exaltant, qui peut rendre vivant…
Du mot latin anima (âme, vie, air...), suivi du suffixe bilis,
qui lui donne une fonction d’adjectif. 
(Cicéron / 1er siècle av. J.C.)

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mercredi 3 octobre 2018

Paysage

paysage-Puyo

Je suis un paysage désolé,
Austère et vierge
De toute présence humaine.
Échoué à la frontière du néant
Et de l'absolu, je flotte sur la lande.
Je suis un drapeau blanc
En lambeaux, dans le parfum
D'une tempête de forêt.

Je n'aime pas les villes et les ruelles.
Ça sent la pisse d'un autre siècle,
Le vomi des poètes maudits,
Et ça pue la misère d'y vieillir seul
Le long des murs dégueulasses
D'un boulevard chic.
Je déteste les vieux bancs rouillés
Qui colportent l'odeur fanée
Du tout premier baiser
Des amants de Saint-Jean.
Je n'aime pas trop les statues
Des jardins publics
Et leur blanches épaules,
Où seule la fiente des pigeons
Semble encore vivante.
Les traces des hommes
Sont toujours moches et mortes.
Elles ne racontent que ce qui fût,
Jamais ce qui sera.

Je ne suis qu'un paysage désolé
Et ça me va.
Austère et vierge
De toute trace humaine,
Je regarde les empreintes
Des hérons et des loups
Sur l'horizon de mon âme en jachère ;
Une promesse de brume d'avenir
Dans les cheveux d'une déesse nue.
Un sortilège qui s'évapore
Dans un vol de fleurs sauvages.
Et ça me va, jusqu'à demain matin.



– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –
(Photographie : Constant Puyo, 1910)

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lundi 1 octobre 2018

Mais peut-être est-il temps...

Oui... Peut-être est-il temps pour toi, lecteur enhardi, 
que je te murmure un avertissement.
Un secret...

Hiver 1872. La lande du Yorkshire. Un village isolé.
La neige. Le vent. La forêt profonde. Un vol de corbeaux...
Victor de Nelville, un jeune journaliste français, débarque
dans ce paysage envoûtant.

La nature sauvage empreinte de sorcellerie et de légendes anciennes,
la rencontre avec une femme, belle comme un mystère,
entraînent peu à peu le jeune homme dans un furieux désir d'écriture.
Le maniement poétique des mots accompagne sa métamorphose
à la lisière du réel.
Un récit sur le verbe, l'écriture des sens, le langage du corps et de l'âme.
Au cœur de l'errance intime de Victor, le lecteur est lentement immergé
dans les tourments d'un poète romantique du 19ème siècle.

 

A N I M A B I L I S
Mon tout nouveau récit dessiné,
aux éditions Futuropolis. 160 pages.
En librairie à partir du 1er novembre 2018 !

 

– La bande-son de ce trailer à été réalisée par Firmin (Murat junior) –

Posté par thierrymurat à 09:59 - Permalien [#]
dimanche 30 septembre 2018

(sans titre)

mesguish

Avant hier, clochard-poète, je fus looser-astral à deux cents exemplaires aux éditions de la Loutre Céleste, hier, j'étais adulescent rebelle en érection sur facebook, aujourd'hui, enfin, me voilà rappeur omnipotent sur youtube. Je t'emmerde et je total'contrôle tes pensées en millions de vues. Je lèche ta boulimie de buzz. Je suce tes fake désirs de news. Tu es la petite pute de ma fiction paranoïaque et omnisciente. Je maîtrise la dialectique du loup, la sémantique de la mygale et la rhétorique du scorpion à réaction. Je t'inocule mon beatmaking à bout portant. Mon blaze fucke tes likes et je contemple mon flow-power de nounours bipolaire connecté à tout tes fantasmes. Je slame des incantations qui te subliment en hominidé moderne ; mou et con à la fois. Moi, je jouis en freestyle overdrive. Et toi, tu te kiffes à te sentir vivre et mourir ta life au même instant. Et tu en redemandes... 
N'est-ce pas le nec du nec, mec ? Ça y ressemble, on dirait.

 

 

– Dans mes carnet, mots en vrac, écrire des fragments de coup de boule
dans la fourmilière –
(artwork : David Mesguich, alcool marker on paper, 2009)

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mercredi 26 septembre 2018

La surface du réel

fildefer

« Les poètes disent que nous sommes confrontés à une surface du réel (les mécanismes ordinaires, le pragmatique, le quotidien, la nécessité de la conservation de l’existence). On se laisse absorber par cette surface du réel qui n’est que la pointe émergée de l’iceberg. Les poètes sont les vrais réalistes. On en fait toujours des rêveurs, des gens qui sont ailleurs, vous savez : « Ah, heureusement qu’on a des poètes pour nous faire rêver, etc. » Mais merde ! Non ! C’est tout le contraire ; les poètes sont entichés du réel, ils n’ont d’occupation que de répéter sans cesse que le réel n’est pas ce qu’on nous dit, ce qu’on croit ! Ils nous rappellent toujours que, par exemple, le moindre petit fait de l’existence, vu ou éprouvé, supposerait une Iliade ou une Odyssée à lui tout seul – c’est-à-dire un développement pour en saisir la résonance réelle en nous, comprendre comment en saisir les tenants et aboutissants, car entendre l’effet en nous du réel demanderait une quête et une exploration illimitées ! Le réel est illimité, voilà ce que disent les poètes ! Que rien, ni un caillou, ni un visage, ni un geste, n’est monosémique, alors que tout dans la société veut nous faire croire que ça l’est : un geste = un sens ; un regard, un visage = un sens. C’est la carte d’identité, c’est le jugement au faciès. Ou encore, un voile = un sens ; vous voyez ce que je veux dire... On est dans une sorte de monde totalitaire, au sens où il veut faire un tout de chaque chose, un tout clos. La poésie a toujours été une objection libertaire à l’organisation du monde et à la pensée du monde telle qu’elle est constituée dans l’imaginaire collectif par le pouvoir et les idéologies dominantes. N’oublions pas que l’imaginaire collectif est gouverné par les croyances, par les philosophies, par les dogmes. Ce n’est pas par hasard qu’on a mis les poètes en exil, rappelez-vous de l’époque grecque ou latine – ils gênent toujours, parce qu’ils récusent ces compréhensions limitées et closes du monde : ils disent toujours que, non, les choses ne sont pas « arrêtées » (et je dis « arrêtées » à dessein). Nous vivons dans un monde qui tend à immobiliser : jamais on n’a eu autant de forces d’immobilisation. C’est un processus délétère, gravement néfaste. »



– Jean-Pierre Siméon, dans la revue Ballast (extrait),
entretien avec Adeline Baldacchino, le 17 octobre 2015
à l’occasion de la sortie de son ouvrage « La poésie sauvera le monde » 
aux éditions Le Passeur –

(sculpture en fil de fer de mon copain François Deforges, 2018)

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mardi 25 septembre 2018

Soir

caspar

Au sommet de ce jour liquide je regarde, j'observe encore,
je renifle, avec une prudence téméraire, cet aimable prêchi-prêcha
victimaire, hashtagé, moraliste, non-binaire, revanchard, pétitionnaire,
antispéciste, pleurnichard, délationiste, paranoïaque, manichéen,
jeuniste, nombriliste, néo-féministe, posthumaniste, relativiste,
épicène, réformiste, utopiste, sans gluten, non genré,
et recyclable...

Incapable de me laisser lécher les plaies par les certitudes
du camp des uns et les intranquillités maladives des autres,
je choisi l'indifférence du chien galeux qui se roule dans la poussière
et se shoote à la verticale avec la lumière des premiers soirs
d'automne.

Pendant que je m'injecte mon propre venin
comme un sérum placebo, un Christ surfeur en short hawaïen
nous prédit, sur la plage, l'apocalypse selon Saint-Glinglin.
En lisant dans les trous noirs de son cerveau galactique,
il se laisse liker par des milliers d'hologrammes en paréo. Amen.

Au loin, l'indigeste indigence de l'ultra moderne assemblée
se perd dans les flammes du ciel incendie 
en un long et insignifiant murmure horizontal.

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, fragments –
(peinture : Caspar David Friedrich, 1821)

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lundi 24 septembre 2018

Mon nom

autographe

Murat, c'est le nom 
De mon grand-père. 
Je ne l'ai pas fantasmé 
Au creux du jupon humide 
D'une intrigante napolitaine 
Accrochée au cou 
D'un maréchal d'empire.

Murat, c'est le nom
De mon père.
Je ne l'ai pas volé
Aux vents auvergnats
Qui caressent la croupe
D'un volcan éteint
Sous la neige en feu.

Murat, ce n'est pas juste
Le pseudo-costume d'emprunt
De Jean-Louis, le poète maudit
Aux yeux bleus écorchés
Dans des buissons de mélancolies
Poisseuses et sublimes.

Murat, c'est mon nom à moi.
Pour de vrai.

 

 


– Pour Jean-Louis Bergheaud (dit Murat)
avec toute mon admiration à rebrousse-poil, sincère et désinvolte –

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jeudi 20 septembre 2018

Ce matin

matin

Ce matin au réveil 
Sans allumer facebook 
J'ai fumé deux clopes
Roulées à la main
Une avant le café
Une juste après

J'ai relu Rimbaud
Une saison en enfer
Délire II / Alchimie du verbe
J'ai mis un vieux vinyl de soixante-huit sur la platine
Pink Floyd / A saucerful of secret / face B

Sur la première page d'un nouveau carnet
J'ai dessiné un nuage avec du café froid
Et j'ai écrit un haïku par-dessus

J'ai passé un long moment
À contempler les traces féminines de ma fille
Dans sa boite à bijoux

J'ai gratté un La Mineur
Sur la guitare de mon fils aîné
Accrochée au mur de sa chambre

J'ai essayé un masque de Spiderman
Près du lit de mon fils cadet
Je n'ai pas fait de selfie

Dans la rosée je suis sorti
Et sur les premières feuilles mortes de la saison
J'ai marché pieds nus
Jusqu'à ma cabane atelier

J'ai vu le ciel me dire bonjour
J'ai senti les yeux du temps
Me ramener à la vie

J'ai pensé à mon copain Christian...

J'ai allumé l'ordi
J'ai ouvert facebook
Et je n'ai rien posté

 

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –

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mercredi 19 septembre 2018

Radicalité 2.0

pantoufles

Tourner sa langue de pute 
Sept fois dans sa bouche virtuelle
Avant de péter dans le vent. 
On apprend peu à peu.
N'est-ce pas ?

Peur de se faire lyncher.

Pratiquer en masse
Ce que les sociologues visionnaires
Des glorieuses seventies
Appelaient le conformisme radical ;
Quand tout le monde est non-conformiste,
Le non-conformisme devient le conformisme.

Légitimité de l'ultra moderne paradoxe ?
Ou logique du chaos en pantoufles ?

Conformisme du non-conformisme ;
La plus répandue et la plus hypocrite
Des prises de positions
Dans l'espace public ultra-connecté.

Petites mains besogneuses
Au service de la médiocratie du networking.
Petits consommateurs-idéologues de pacotille,
Hameçonnés par la grande spirale des algorithmes.

Libération de la parole ?
Ou régime de la terreur
À l'encontre des voix dissonantes ?

Culte du cyber-narcissisme,
Avènement de la célébrité auto proclamée,
Sacralisation de la figure christique
Du rebelle du dimanche.
Amplification inexorable et exponentielle
Du grand vide de la pensée collective.

 



– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –

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lundi 17 septembre 2018

Boomerang

nuageboom

Cette vieille chaussette puante 
Qui tournicote au-dessus des siècles,
C'est le boomerang de l'ordre moral.
Il vient se fracasser de temps à autre
Sur la tronche poreuse d
es civilisations malades.

Un retour de l'ordre moral
Est toujours un retour de bâton merdeux.
On ne sait qui a lancé ce boomerang la première fois.
Peut être Platon ?
Le Christ ?
Une druidesse encolérée ?
Un roi mage radicalisé ?

Rien n'est sûr...
Peut-être a-t-il été, tout simplement,
Lancé il y a plus de quarante mille ans
Par un homo sapiens refoulé ?
On ne sait.

Ce qui est sûr,
C'est qu'on se le prend dans la gueule
Régulièrement,
Tout les trente-six du siècle.

À l'instar de la comète de Halley,
Le retour du boomerang merdeux
Peut se vivre ;
Soit comme une célébration d'anciens combattants
À la salle des fêtes du village,

Soit comme une frayeur nocturne
De nouveau né de la dernière pluie...
Ou du dernier déluge.

Pas d'inquiétude...
Il y aura toujours un crétin,
Dans le dortoir de l'internat,
Pour relancer la chaussette puante
Encore plus fort 
Et encore plus haut.

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, fragments –

Posté par thierrymurat à 08:59 - Permalien [#]
vendredi 14 septembre 2018

Capituler

Lagune

Mes origines paysannes
me poussent aujourd'hui à me taire
devant toutes ces certitudes « ultra-connectées »
qui envahissent l'espace public en réseau
et qui ne sont certainement
qu'un fantasme collectif d'urbains-suiveurs-likeurs
déconnectés des entrailles de la terre.

Écrire et dessiner des livres,
c'est ma façon d'être au monde.
Et ma façon d'être au monde,
ce n'est pas de commenter l'actualité
pour faire le mariole,
ou de glaner avec un bon mot,
un quart d'heure de gloire de pacotille,
chaque jour, branché sur le grand vide du big data.

Faire œuvre de fiction, c'est respirer le réel
au lieu de l'humilier et de lui lécher le cul en flux tendu.

Et c'est toujours à l'aube ou au crépuscule,
que le monde réel doit capituler
devant la puissance des contes
et des légendes mille fois séculaires,
qui n'ont ni début, ni fin.

Ici, loin des villes, en regardant le soleil frémir sur la lande
entre la brume et le vent, personne n'est dupe.
Surtout pas moi.

 

 

– Dans mes carnets, écrire des fragments et me taire –
(photographie : Lagune dans les Landes de Gascogne / Félix Arnaudin / 1844-1921)

Posté par thierrymurat à 15:55 - Permalien [#]
vendredi 7 septembre 2018

So chic...

expo gallimard

Une belle expo collective où l'on pourra voir (et même acheter...)
quelques originaux noir&blanc de « mon » Vieil Homme et la Mer,
accrochés 
aux côtés de planches de Tardi, José Muñoz, Philippe Dupuy,
Aude Samama, Paul & Gaëtan Brizzi, Cyril Bonin, et Nicolas Dumontheuil !

vieilhommexpo

Posté par thierrymurat à 15:09 - Permalien [#]
lundi 3 septembre 2018

Cyber-fourmis

fourmis

Les fourmis cyber-connectées se donnent des leçons de morale
en débats virtuels et en temps réel.
Elles réinventent l'inquisition 2.0 ; le bûcher punitif et purificateur
partagé en réseaux.

Du bout de leurs antennes, elles consomment de la pensée mortifère
dans leur exhibitionnisme pudibond.

Au creux de leurs carapaces noires, elles sucent le cadavre liquide
de leur libido triste et fatiguée,
espérant un jour se reproduire
en likant la semence stérile
de leurs propres commentaires.


– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –

Posté par thierrymurat à 15:07 - Permalien [#]
dimanche 2 septembre 2018

Domaine public : l'illusion de la « belle idée »...

chapeaucopyright

Ce (long) texte est une invitation à réfléchir sur la notion de propriété. Et sur l'injustice que représente, à mes yeux, l'arbitraire limitation dans le temps de la propriété intellectuelle : 70 ans après la mort de l’auteur. 50 ans, 30 ans, 10 ans, selon les pays et les législations en vigueur.

« L’auteur jouit, sa vie durant, du droit exclusif d’exploiter son œuvre sous quelque forme que ce soit et d’en tirer un profit pécuniaire. Au décès de l’auteur, ce droit persiste au bénéfice de ses ayants droit pendant l’année civile en cours et les soixante-dix années qui suivent. »  - Code de la propriété intellectuelle, en France / article L. 123-1 -

Aucun autre type de propriété n'est limité de la sorte… Et ce simple constat suffit à pointer du doigt une injustice évidente.

Voilà plusieurs années maintenant, que je m’interroge sur la légitimité d’une propriété intellectuelle illimitée dans le temps, pour la descendance de l’auteur. Oui, illimitée. En fait, exactement le même traitement que pour n’importe quel autre type d’héritage patrimonial. Il n'y a aucune raisons valables pour que les choses en restent là depuis 1793... 

En toute lucidité et sans carcant idéologique, je pense qu’aujourd’hui il serait nécessaire, juste et sain d’abolir la notion de « domaine public » dans la création artistique et littéraire. Je m'en explique ci-dessous.

Les droits d’auteurs, après la mort des artistes-auteurs, c’est le capital qu’ils laissent à leur descendance. Oui, je parle de capital (ce n’est pas un gros mot). Que je sache, on est bien dans un monde capitaliste et non collectiviste. Il ne viendrait à l’idée d’aucun homme politique, parlementaire ou autre, de décider de faire tomber la propriété foncière et immobilière dans le domaine public, 70 ans après la mort du premier propriétaire. Car oui, pour une œuvre (même de l'esprit), il s’agit bien de propriété pour les artistes-auteurs. Il ne viendrait à l’idée d’aucun homme politique de vouloir étatiser d’office une entreprise privée, de manière arbitraire, 70 ans après la mort du fondateur. Ou alors, si… Peut-être en Union Soviétique en 1920…

Pourquoi on appliquerait une logique libérale dans le domaine de l’économie, de l’entreprise, de l’immobilier, et une logique collectiviste dans le domaine de la création artistique ? Pourquoi ?

Ou alors, on collectivise tout… Mais absolument tout ! Sans exception.

Personnellement, ça ne me gênerait absolument pas que les descendants de Balzac, Flaubert, Proust, Chateaubriand ou Victor Hugo, touchent encore des royalties sur l’œuvre de leurs aïeux. 10 % de droits (c'est le tarif syndical), c'est pas la mer à boire... Et ça n’empêcherait pas l’humanité toute entière de continuer à les lire. Les grandes familles de l’industrie, du luxe, du commerce, du prêt à porter, se lèguent leur capital de générations en générations à travers les siècles. C’est légitime dans un monde capitaliste. Assumons-le. Ou alors tuons le capitalisme complètement (mais c’est un autre débat). La marque Louis Vuitton n’est pas tombée dans le domaine public en 1962 (70 ans après la mort de son fondateur). Les descendants ont poursuivi « l’œuvre » de leur aïeul et l’on vendu un très bon prix, en 1989, au milliardaire Bernard Arnaud. Mais je m’égare… Nous parlons de littérature et d’œuvres artistiques.

À cause de cette législation du droit d’auteur limité dans le temps, on arrive à des aberrations. La succession Saint-Exupéry à chercher à faire en sorte que les personnages du « Petit Prince » restent protégés par la propriété intellectuelle, malgré l’entrée dans le domaine public du roman en 2015 (tout comme la fondation Hergé tentera certainement d’empêcher « Les aventures de Tintin » d’entrer dans le domaine public en 2054). Ici, visiblement, c’est par le biais du droit des marques que les ayants droits de Saint-Exupéry ou d’Hergé, essayent de prolonger leurs droits exclusifs au-delà du terme fixé par la loi, afin notamment de contrôler et monnayer les adaptations et autres produits dérivés. C’est déjà le cas pour de nombreux personnages de bande dessinée ou de dessin animé qui sont désormais déposés à l’inpi, comme marques commerciales et non plus littéraires ou artistiques. Quelle dérive…
Tout ça pour contourner une loi archaïque et surtout injuste.

Et quant est-il des œuvres littéraires qui n’ont pas « la chance » d’avoir une identité visuelle formelle, qui puisse donner lieu à des produits dérivés dont le design peut être déposé à l’inpi ? Eh bien, elles tombent tranquillement dans le domaine public au bout de 70 ans et continuent d’être exploitées par des marchands, des éditeurs, des libraires, des producteurs, des réalisateurs, sans que les descendants ne touchent leurs droits patrimoniaux.
Pratique comme business : « Je vends ce que je vole ».

Tiens... je retrouve par hasard une carte postale de l’autoportrait de Rembrandt qui traine sur mon bureau. Évidemment les ayants droits de Rembrandt ne touchent plus de royalties depuis des lunes. Mais au dos de la carte postale je vois deux © copyrights. Celui du musée qui « possède » l’œuvre et celui du photographe qui à fait le cliché pour imprimer la carte postale. Libre de droit ? Bien public ? Chercher l’erreur… Ô mon beau royaume de l’hypocrisie !

Patrimoine de l’humanité ? Mon cul ! Patrimoine des éditeurs, des diffuseurs, et des plateformes numériques ad vitam æternam…

Pourquoi les droits d’auteurs sont-ils limités dans le temps ? Parce-que c’est la loi me direz-vous… Mais à toute loi, il y a une explication, une justification… n’est-ce pas ? J’ai trouvé, en faisant mes recherches à ce sujet dans les textes de loi, cette explication un peu fumeuse : « Le but initial du droit d'auteur et des droits voisins n'est pas d'assurer une rente à vie aux auteurs et aux producteurs via leurs œuvres à succès, mais de leur assurer une exploitation exclusive temporaire pendant laquelle les créateurs pourraient travailler sur les prochaines œuvres qui assureront leurs nouveaux revenus. C'est un mécanisme censé encourager la production de nouvelles œuvres. »
Voilà. L’artiste devrait donc se résigner à survivre sans trop s’enrichir (Marche ou crève). Et bien sûr en léguant le moins longtemps possible l'héritage de l'œuvre à sa descendance. Merci bien, les législateurs…

Et la plupart des juristes sont d’accord pour justifier l’institution du domaine public par : « la considération que l’auteur, étant redevable à la société dont les trésors d’expériences ont seuls pu l’inspirer et dont il a sûrement utilisé les éléments pour la confection de son œuvre, ne mérite pas de conserver indéfiniment son monopole d’exploitation. De quel droit, en effet, priverait-il in œternum de la libre jouissance de ses créations non seulement la société dont il est issu mais encore l’humanité tout entière, puisque c’est à elles qu’en grande partie il les doit ? Le délai de protection que celles-ci ont bien voulu lui accorder suffit largement pour le récompenser de ses efforts. »

L'auteur serait donc redevable devant l'humanité. Édifiant, non ? En fait on « reproche » à l'auteur d’avoir puisé au cours de sa création dans le fond commun. Mais on ne reproche à aucun propriétaire terrien ce genre de chose. Pourtant la propriété foncière, et bel et bien le plus haut symbole de l'appropriation illégitime du bien commun, puisque la terre est à tout le monde depuis la nuit des temps.

On peut lire aussi dans les argumentaires qui justifient ces règles du jeu fallacieuses que le fait de réduire la durée des droits d’auteurs permettrait, soit disant, de : « briser un monopole afin de ne pas priver trop longuement la société civile des œuvres de l'esprit. »

Mais de qui se moque-t-on ? Qui est privé de quoi exactement ? En quoi le public est-il privé de quoi que ce soit ? Au final, on déshérite surtout les ayants droits d’une œuvre artistique ou littéraire qui fait partie de leur patrimoine familial, sous prétexte de faire entrer des œuvres dans le patrimoine de l’humanité, alors qu’elles y sont déjà, pour la plupart, de part leur rayonnement universel.

Pour ne citer qu’un seul exemple : « Le Vieil Homme et la Mer d’Hemingway » n’est pas dans le domaine public (il le sera, en France, en 2032). Pourtant il fait partie des œuvres les plus lues au monde. Ce récit universel fait parti des plus connu, au même titre que « Le Petit Prince ». Il n’est pas moins lu que « L’île au Trésor » de Stevenson, qui est dans le domaine public depuis longtemps...

J'ouvre une parenthèse si vous le voulez bien... Je tiens à préciser ici, à titre personnel, que l'adaptation en bande dessinée que j'ai faite du Vieil Homme et la Mer, en 2014, a été tout à fait possible bien que l'œuvre ne soit pas dans le domaine public. Il nous a simplement fallu faire les choses bien, avec mon éditeur (Futuropolis). C'est à dire, demander l'autorisation aux ayants droits et négocier financièrement les droits d'adaptation. Comme quoi, une œuvre qui n'est pas dans le domaine public n'est pas systématiquement intouchable et verrouillée, comme le prétendent certains. L'œuvre est simplement  mieux gardée pas ses gardiens du temple et ce n'est peut-être pas plus mal… Si j’ai pu adapter Le Vieil Homme et la Mer, c’est d’abord grâce à mon travail qui a séduit les héritiers de la famille Hemingway et grâce aux éditions Futuropolis qui on bien voulu négocier les droits d’adaptation et se donner les moyens de faire cette adaptation. Autant vous dire que je suis extrêmement fier de cette aventure, aussi pour ces raisons là. Bien davantage que si j'avais adapté un texte du « domaine public ». J’aime bien la difficulté et ce qui se mérite. Tout le reste c’est de la facilité stérile...
Je ferme la parenthèse sur mon expérience personnelle.

Il faut avoir l’honnêteté de constater que lorsqu’une œuvre tombe dans le domaine public, on assiste régulièrement à un déferlement d’adaptations médiocres qui abîment l’esprit de l’œuvre originelle. Ce qui est rarement le cas lorsqu’elle est encore soumise à l’approbation des ayants droits qui veillent au grain, souvent avec exigence et respect (respect de l'œuvre et de l'artiste qui adapte). Même si le droit moral garantit aux héritiers un droit de regard permanent, inaliénable et illimité dans le temps sur la façon d'exploiter l’œuvre, force est de constater que ce droit moral s’amenuise peu à peu, de manière incidieuse, lorsqu’il n’y a plus de droits patrimoniaux et d’enjeux financiers (c'est humain et logique)…

Il est peut-être temps de se poser les bonnes questions à l'heure du tout numérique où l'on veut nous enfumer en nous faisant croire que le droit d'auteur est le principal frein à la libre circulation de la culture. Il faut arrêter de se raconter des mensonges. Il faut regarder les choses clairement. 
Peut-on, m’expliquer en quoi le fait de priver les ayants droits de royalties au bout de 70 ou 50 ans, permet de rendre une œuvre plus universelle, plus accessible à tous ?

La seule réponse, c’est la mauvaise fois, comme souvent. Car c’est exactement la même chose que d’exproprier un peuple de sa terre pour exploiter son sous sol ; une mine d’or gratuite pour tous. C’est ce que veulent nous offrir les prophètes du tout numérique en libre accès. Mais pas de manière désintéressée pour ceux qui exploitent ce filon… Non, ça c’est un mensonge. C’est surtout une mine d’or gratuite pour les géants d’internet dans leur course au profit.

Tous les partisans du grand partage numérique gratuit, tous les pirates, Anonymous and co, ou parlementaires de tout-bords, récupère cette loi d’un autre siècle comme argument pour piller plus facilement l’héritage patrimonial des œuvres artistique après la mort de l’auteur. Même le prophète Mélenchon, lors de sa campagne présidentielle en 2017, voulait faire tomber les œuvres littéraires dans le domaine public dès le lendemain de la mort de l’auteur... Pour, soit disant, financer une caisse de retraite des artistes. Mais pour les enfants et petits enfant de l’artiste mort : Rien. (Bin, voyons…)
« Sociabilisons le bien public, mes amis ! » éructait le vieil homme fatigué, en hologramme, se réclamant de Victor Hugo. Certes, certes… Mais toute belle idée ne doit jamais léser personne. N’est-ce pas ? Ceux qui possèdent un petit bout de terre, une petite maison, où un appart en ville, comme beaucoup d’entre nous (y compris les gentils électeurs insoumis révolutionnaires) comprendront ce que je veux dire. L’expropriation n’est jamais un acte juste et bienveillant. N’est-ce pas ? Pour mesurer l'injustice, il suffit juste de se mettre à la place de l'exproprié, l'espace de  cinq minutes.

La création est un réel travail, qui a un cout. C’est le capital de la famille de l’artiste et non celui de l’humanité. Ce qui appartient à l’humanité c’est le droit de jouir des œuvres artistiques et le devoir de reconnaitre la légitime valeur marchande de ce travail au même titre que n'importe quel autre travail. Parce que oui, c'est du travail d'écrire un livre, d'écrire une œuvre. Ce n'est pas juste une idée, un souffle de l'esprit, comme les textes de lois le sous-entendent. Pour 30 secondes d'intuition, 30 heures de travail, disait Hugo Pratt.
Hugo Pratt qui tombera dans le domaine public en 2065. Dans seulement 47 ans. Ses arrières petits enfants seront les derniers héritiers de son œuvre... Pendant que les éditions Casterman continueront à se gaver en exploitant le filon Corto Maltese. Pourquoi ?
C'est dégueulasse.


– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des (trop longs) fragments de
« j’écris ce que je pense » et de « je panse ce que j’écris » –

(illustration ©  Jean-François Martin / l’ABCDessiné / éditions l’Édune, 2009)

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vendredi 31 août 2018

Rituel

statuesmenhirs

On trouve des statues menhirs un peu partout autour de nous. En Aveyron, sur Guernesey, au Portugal ou aux alentours de Barcelone... Elles ont toutes le même âge : 3000 ans.
Je me demande souvent ce que vont trouver les archéologues, d’aussi puissant et émouvant, dans trois millénaires. Que vont-ils découvrir de nous, qui archivons toute notre précieuse intimité sur le big data ? Nous qui faisons confiance aux réseaux sociaux (tout en les critiquant) pour mémoriser nos insignifiantes petites existences.
Ils ne trouveront certainement rien. Les données numériques auront été vraisemblablement effacées par un bug géant, un orage cosmique ou une main malveillante (ou bienveillante ?) qui aura tout désintégré d’un simple clic. Il ne restera que des unités de stockage, vides et rouillées.
Il m’arrive parfois d’enterrer des clés usb au fond de mon jardin. J’y mets des scans de dessins inédits et inavouables, des poèmes érotiques jamais publiés nulle part ailleurs que sur mon ordi. Et d’autres bricoles anecdotiques...
Je me dis que même si la coque plastique et la connexion métallique de la clé se décomposent, il restera au moins le silicium, cette mémoire de sable non connectée, compacte, imputrescible et inatteignable.
Ce rituel profondément minéral et païen m’empêche, en quelque sorte, d’avoir la nostalgie de l’avenir.

– Dans mes carnet, dessins en vrac / Écrire des fragments monolithiques –

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mardi 28 août 2018

Mise au point avant la rentrée « littéraire »

bulles

J’entends souvent dans la bouche de gens intelligents, lettrés et cultivés :
« Moi, je n’aime pas la BD ». Et ça me rend triste d’entendre ça.

Dire que l’on n’aime pas la bande dessinée, c’est aussi crétin que de dire que l’on n’aime pas la chanson (à cause de cet abruti de Francis Lalanne). Ou que l’on n’aime pas la poésie (à cause de ce nigaud de Paul Géraldy). Ou que l’on n’aime pas le cinéma (à cause de cette andouille de Franck Dubosc).

Mais en même temps, je comprends, hein…
La bande dessinée, qui souffre encore d’une image ringarde d’un autre siècle, croyant se moderniser, s’est engouffrée depuis une dizaine d’années dans une pataugeoire remplie de récits sclérosés dans le réel, caressant gentiment l’échine de la foule dans le sens du poil, englués dans des poncifs du genre : la guerre c’est affreux, être méchant c’est pas beau, le mal c’est pas bien, etc.  Des histoires descriptives, poussives et utilitaires (oui, utilitaire comme le c15 de chez Citroën). Des livres à thème, des biopics, des reportages dessinés… qui sont à dix mille années-lumière de ce que doit être la littérature ; c'est-à-dire, l’inverse du journal télévisé, du bulletin météo ou du manuel d’histoire-géo.

Comme disait l’autre : « C’est avec les bons sentiments que l’on fait de la mauvaise littérature. »

Si la bande dessinée ne devient pas littérature dessinée en se réappropriant la fiction romanesque, elle ne sera jamais un art. Même pas un art mineur. Juste un pauvre tas de publications journaleuses, pondues par des auteurs non-artistes, brandissant un engagement vaguement social et soigneusement vaseliné.
Les éditeurs qui, dans leur démagogie dégoulinante, fourguent à la pelle ces livres suppositoires, sont entièrement responsables de cette débâcle (qui, de surcroît, alimente la surproduction... mais c’est un autre débat).

Heureusement la bande dessinée littéraire existe encore (celle qui dérange, bouleverse, et nous invite dans un ailleurs, très loin de nos petites certitudes). Mais cette bande dessinée est de plus en plus rare et invisible. Elle est donc précieuse. Je compte sur vous pour ne pas l’oublier.

Bonne rentrée à toutes et à tous.

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments de « j’écris ce que je pense »
et de « je panse ce que j’écris » –

Posté par thierrymurat à 10:53 - Permalien [#]
lundi 27 août 2018

Putain !

cielsixtine

Michel-Ange s’est assis en tailleur au sommet de l’échafaudage. Il a posé son pinceau encore chargé d’indigo dans le creux de l’écuelle de terre, puis il s’est roulé une clope et s’est mis à crier : « Putain ! J’ai fini… ».

Alors, le ciel de la chapelle Sixtine s’est embrasé de mauve, de pourpre et d’or. Les anges se sont approchés de l’artiste et ont léché sa peau saturée de sueur. Dieu, sortant la tête de son nuage-barbe-à-papa, a chuchoté à l’oreille du peintre : « Je suis ton Père… ».
« Toi, ta gueule ! », lui a répondu Michel-Ange en balançant une mandale qui explosa magistralement la mâchoire du Saint-Père.

Dans un épuisement proche de la béatitude païenne, Michel s’est finalement endormi les bras en croix sur l’échafaudage. Les paumes de ses mains tournées vers le sacré. Et son sexe furieusement dressé vers l’immensité verticale de l’œuvre achevée.


*


Voilà. Je crois que c’est à peu près ce qu’il m’arrive, là…  
au bout de dix-huit mois passés à écrire et à dessiner ce putain de récit
(et tout l'été à le mettre en couleur).
Le livre sera enfin disponible en librairie le 1er novembre de l’an de grâce 2018.
Juste après l’embouteillage éditorial de cette putain de rentrée littéraire 
et juste avant l’engorgement de ces putains de fêtes de fin d’année.
Pile poil pour la fête de la Samhain ; le sabbat des sabbats ! 

C’est parfait…

Je vous parlerai donc de tout ça (sans trop en dire) très bientôt !

 

– Peinture : plafond de la chapelle Sixtine / détail –

Posté par thierrymurat à 10:58 - Permalien [#]