Rust never sleeps

« Je ne comprenais pas alors tout ce qui c’est achevé là. Quand je regarde maintenant vers le passé du sommet de mon vieil âge, je peux encore voir les femmes et les enfants étendus, massacrés, les corps jonchant le sol du ravin. Je les vois aussi clairement que lorsque je les ai vus avec mes yeux encore jeunes, et je peux voir qu’autre chose est mort dans cette boue sanglante, enseveli dans la tourmente de neige, le rêve d’un peuple à été brisé là. C’était un beau rêve, et moi à qui une si grande vision a été donnée dans ma jeunesse, vous me voyez maintenant comme un vieil homme pitoyable qui n’a rien fait, car le cercle de la nation est brisé, il n’y a plus de centre depuis longtemps et l’arbre marqué d’une cicatrice est mort. »
– Black Elk (1863 - 1950) Chef Sioux, survivant du massacre de Wounded Knee –
« DE CEUX »
Un morceau de FAUVE ≠ sur l'album « Vieux Frères - Partie 1 » - 2014
Taylor Camp est peut être l'incarnation la plus parfaite de ce qu'était le mouvement hippie à la fin des années 60.

À l'origine, le camp est né du refus de Sandra Schaub et de son mari Victor de s'engager dans la guerre du Vietnam et plus généralement, du rejet des valeurs défendues par la société Américaine, de l'American way of life. Le couple n'avait d'autre choix que d'accepter la violence ou de mettre les voiles. Pauvres et sans domiciles, ils ont trouvé refuge en 1969 sur une île située au large d’Hawaï, l'île Kauai dont le frère de la célèbre actrice Elizabeth Taylor était en partie propriétaire. Howard Taylor leur a proposé d'occuper gratuitement l'un des plus beaux lieux que l'île réservait, dans un environnement tropical en front de mer.

Peu à peu, d'autres hippies et vétérans de la guerre ont rejoint le camp espérant pouvoir appliquer leurs valeurs et adopter une vie à la hauteur de leurs idéaux. Pas de problèmes, pas de politique ni d'argent, pas d'électricité pour cette communauté de personnes venues échapper aux émeutes et aux violences de la police. De simples cabanes faites de bambous et de matériaux de récupération en guise de maison, ils vivaient de la pêche et de la terre dans cet environnement idyllique en quasi autonomie même si les enfants allaient à l'école en prenant un bus scolaire à proximité.

Malgré l'harmonie qui régnait dans cette société presque autonome de 120 personnes, le camp a été dissous huit ans après sa formation. En effet, les habitants voisins du camp contestaient le fait que les hippies puissent résider gratuitement dans les plus beaux endroits de l'île, et se plaignaient de leur nudité, de vols supposés et plus généralement de leur mode de vie...

Ensuite, l'Etat a acquis la propriété de l'île, et a expulsé tous les habitants résidents à Taylor Camp avant de mettre le feu aux installations pour s'assurer qu'ils ne reviennent pas.

Aujourd'hui, en interrogeant les anciens résidents de Taylor Camp, tous disent avoir vécu ici, les plus belles années de leur vie.
« Aucun express »
Reprise de Noir Désir sur l'album hommage à Alain Bashung « Tels » - 2011

Page 114, sur un petit lac perdu au milieu des grandes plaines, dans la lumière du soleil levant...
– Gribouilli préparatoire, dans mon carnet de story-board –

« Cela a pu arriver. Cela a dû arriver. Cela est arrivé plus tôt. Plus tard. Plus près. Plus loin. Pas à toi. Tu as survécu, car tu étais le premier. Tu as survécu, car tu étais le dernier. Car tu étais seul. Car il y avait des gens. Car c'était à gauche. Car c'était à droite. Car tombait la pluie. Car tombait l'ombre. Car le temps était ensoleillé. Par bonheur il y avait une forêt. Par bonheur il n'y avait pas d'arbres. Par bonheur un rail, un crochet, une poutre, un frein, un chambranle, un tournant, un millimètre, une seconde. Par bonheur le rasoir flottait sur l'eau. Parce que, car, pourtant, malgré. Que se serait-il passé si la main, le pied, à un pas, un cheveu du concours de circonstances. Tu es encore là ? Sorti d'un instant encore entrouvert ? Le filet n'avait qu'une maille et toi tu es passé au travers ? Je ne puis assez m'étonner, me taire. Ecoute comme ton cœur me bat vite. »
– Wislawa Szymborska (1923 - 2012) –
Photo « Le baiser de l'hôtel de ville » © Robert Doisneau
« Jeunesse Talking Blues »
Un morceau de FAUVE ≠ sur l'album « Vieux Frères - Partie 1 » - 2014

Raymond Queneau distinguait deux lignes structurantes dans l’Histoire du roman et du récit littéraire en général : l’une qui serait la ligne des « iliades », l’autre, celle des « odyssées ».
« Toute grande œuvre est soit une Iliade soit une Odyssée, les odyssées étant beaucoup plus nombreuses que les iliades : le Satiricon, La Divine Comédie, Pantagruel, Don Quichotte et naturellement Ulysse sont des odyssées, c’est-à-dire des récits de temps pleins. Les iliades sont au contraire des recherches du temps perdu : devant Troie, sur une île déserte ou chez les Guermantes. »
L’Iliade ou l’Odyssée...
Toute autre forme de récit ne serait donc ni l'un, ni l'autre. Rien que du commentaire, du bavardage, du journalisme ; dans l'urgence de l'immédiateté du présent, simplement une vaine tentative de confrontation, de confusion, de collision...
C’est pour ça que j’aime le roman et la fiction.
C’est pour ça que je déteste l’actu, facebook et toutes nos « connexions » virtuelles instantanées...
C’est pour ça, je crois, que j’aime surtout « la vraie vie ». Parce qu'elle est la seule à pouvoir concilier ces deux types de récit – le temps plein et la recherche du temps perdu – pour n'en faire qu'un. Notre récit à nous.

Un vieux dessin de janvier dernier qui ressort des tiroirs comme une sale maladie chronique. Et merde...
Et pendant ce temps là, sur facebook, tout le monde s'aime très fort...


Karl Bodmer (1809 - 1893) peintre, illustrateur français d'origine suisse.
De 1832 à 1834, lors d'une expédition le long des rives de l'Ohio, du Missouri et du Mississippi, il peint de nombreuses aquarelles qui façonneront l'image que les Européens se feront des Amérindiens...
Ici, une aquatinte colorisée à la main. On raconte que c'est la rencontre avec l'Autre – l'étranger – qui a transformé ce peintre « sans talent » exclusivement paysagiste, en un fascinant portraitiste.
Magique...

« Les Amis du Musée de la Bande Dessinée » à Angoulême, ont eu la bonne idée de m'acheter 5 planches originales qui font désormais parti du fond (comme on dit). Dont celle ci-dessus, qui n'est pas dégueu (faut bien l'avouer...). Un peu l'impression d'entrer au Panthéon, de me faire canoniser avant l'heure ou d'être enterré vivant. Drôle de truc...

« Pittsburg, douzième jour du mois de janvier 1868. Me voilà de retour, après plus de six longs mois, loin d’ici. Et tellement loin de moi-même, parfois… »
– Gribouilli préparatoire, dans mon carnet de story-board –

1983, une image de Yves Chaland, comme une carte postale oubliée.
L'élégance impeccable et intemporelle d'une douce nostalgie retrouvée.
Quelle classe...
« Et les cargos de nuit, dans le matin pas clair, comme des oiseaux punis,
éteignent leurs lumières... »
- HELSINKI - Un morceau de Babx - Sur l'album « Drones Personnels » -

« Puisse mon âme, à l’heure où je rédige ces quelques lignes, être aussi légère et insouciante que celle d’un enfant qui découvre le monde. »
– Gribouilli préparatoire, dans mon carnet de story-board, avant le « vrai » départ –