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Le blog de Thierry Murat
10 mai 2019

Empreinte

Tannhauser

 

« J'ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire ;
de grands navires en feu surgissant de l'épaule d'Orion...
J'ai vu des rayons fabuleux, des rayons C, briller dans l'ombre
de la Porte de Tannhäuser.

Tous ces moments se perdront dans l'oubli.
Comme... les larmes dans la pluie.

Il est temps de mourir. »

 


 Poème improvisé par l'acteur Rutger Hauer pour le monologue de son rôle
pendant le tournage
de la scène finale de Blade Runner / Ridley Scott, 1982 — 

(Peinture : Thierry Murat © 2019 / La Porte de Tannhäuser / monotype sur Velin d'Arches)

8 mai 2019

Chinoiseries parnassiennes

missEllen bicro

Miss Ellen, versez-moi le thé
Dans la belle tasse chinoise,
Où des poissons d'or cherchent noise
Au monstre rose épouvanté.

J'aime la folle cruauté
Des chimères qu'on apprivoise :
Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise.

Là, sous un ciel rouge irrité,
Une dame fière et sournoise
Montre en ses longs yeux de turquoise
L'extase et la naïveté :
Miss Ellen, versez-moi le Thé.

 

 

 

 « Le Thé », un poème (rondel) de Théodore de Banville / 1874 — 

(Peinture © Thierry Murat, 2019 / Miss Ellen is Dead / détail / 
acrylique et brou de noix sur toile de lin)

27 février 2019

Printemps (retour de)

landarnaudin

La triste écorce des jours de loin,
écorchée d'horizon blanc,
recrache soudain le hapchot
dans un éclat de silence.

De Sabres à Commensacq,
le gemmeur ne voit plus la route
essoufflée sous la lande.
Alors il garde la sève secrète
de ce retour de guerre saisonnière
blottie dans son veston
comme une balafre ;
une écuelle vide pour attirer les loups
qui rôdent encore autour des dunes
du pays de Born.

Les gens d'ici sont des animaux blessés.
Braves et inhospitaliers.

On raconte que les pèlerins
en partance vers l'Espagne
cheminaient sur ces terres de sables
avec les yeux hagards des fantômes
traversant les limbes.
Le fardeau de leur terreur
écrasant leur foi sur leurs épaules.

 



 Dans mes carnets d'ici / écrire des fragments — 
(Photogtaphie : Félix Arnaudin, 1880)

17 décembre 2018

Closed

mire

Ce blog est fermé
pour la période hivernale.

Pendant que la race humaine
se ronge l'âme,
d'une haine à l'autre,
assèche le cœur
de ses enfants
dans la colère permanente
puis se consume
dans le consumérisme indécent
et l'aigreur en commun,
les animaux les plus sages, eux,
hibernent.
Et les graines
se terrent sous la terre
pour mieux se taire
jusqu'au printemps prochain.

Ici ou là, je ne suis momentanément plus là.
Je remets ma démission.

 

 

 Bien cordialement, La direction 

8 décembre 2018

Final

ruines2

Dernier suicide collectif 
Avant la fin du monde. 
La populace 
Part en croisade 
Faire les poches du prince. 

Dernier spectacle. 

Grossir les rangs 
Avec les gosses. 
Les shooter 
Avec leurs désillusions 
Perdues. 
Les selfiser une dernière fois 
En martyrs sur twitter. 

Grossir la haine. 

Après la guerre sainte, 
Les Robins des Bois 
Garderont tout pour eux. 
Et les miséreux 
Pouront crever en paix 
Juste avant le déluge. 

An internal system error occurred. 
Please reload again. 

Compte pas sur moi 
Pour t'aider à pousser ton caddie. 
T'as vu la queue ? 

Allez... 
Je t'attends dehors 
En regardant l'incendie, 
En direct sur samsung galaxy. 
Vas-y... Allume la radio.

Écoute. 

Charline & Guillaume 
Nous ont prévu 
Une musicale comédie 
Pour le bouquet final. 

Regarde. 

Le jour se lève 
Il fait déjà nuit. 
Et après la dinde froide 
On fêtera les rois. 

 

 

 Mots en vrac, écrire des fragments 

14 novembre 2018

Silence

neige70

J'ai appris à dessiner tout de suite et tout seul, 
parce que je n'aimais pas trop parler. 
Bien plus tard j'ai appris à écrire, à force de dessiner, 
parce que je voulais raconter le silence dans mes livres. 
Aujourd'hui, j'ai envie d'écrire pour apprendre à me taire. 

  

 Mots en vrac, écrire des fragments — 
(Dessin : moi, à 5 ans, dans mes carnets oubliés, hiver 1971) 

9 novembre 2018

Si un jour

pluietrash

Si un jour fatigué 
Je me résigne à écrire 
Pour qu’on m’aime 
Comme un gros chat 
Ronronnant ses caresses 
Avachi sur les cuisses 
De la foule paresseuse 
Fous-moi dehors sous la pluie 
Dans la tempête de neige 
Et demande à la grêle 
De me gifler trois fois 
Jusqu’à ce que je me souvienne 
Qui je suis 
Avec mes questions chuchotées 
À contre courant 
Dans les vents dominants 
Qui gueulent et qui proclament 

Mais si après 
Tu tournes sept fois 
Ta langue dans ma bouche 
Là, je ne dirai plus rien 

 


 Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments, gribouiller des traces — 

1 novembre 2018

J'ai vu...

rainlynch

Cette nuit, j'ai vu
Un grand feu dans un champ gelé,
Des chats noirs dans les yeux des phares,
Et une chouette...
Blanche c
omme la lune, sur la route
Qui mène à la maison.

Ce matin, il pleut.
Crédule et confiant,

Je croasse à l'imparfait du subjonctif
En caressant le hérisson du jardin mouillé.

 

 

— Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments 
(Peinture de © David Lynch / Rain / 2005)

21 octobre 2018

Incantation

typoésie

La puissance d’envoûtement du discours archaïque ;
l’incantation...

Dont l’origine immémoriale coïncide certainement
avec celle de la poésie.

Le maniement poétique des mots comme magie divinatoire,
guérisseuse ou auto-réalisatrice. 
Les formules magiques et les enchantements
sont les formes primitives de la poésie. 
Chants doués de charme, paroles qui engendrent sorts
et sortilèges.

Abracadabra. De l’hébreu Avra Khédavra :
« Je créerai comme je parle. »

Le mot « magique » dépasse et transcende
le sens du mot lui-même.
Il nous reconnecte avec l'écart oublié qui se cache
entre l'intense et le fade ; le poème. 

 

 

 Dans mes carnets / écrire des fragments manifestes 
(Typography : Futura.æ / Designed by © Paul Willoughby)

5 décembre 2015

Le cercle brisé

BlackElk

« Je ne comprenais pas alors tout ce qui c’est achevé là. Quand je regarde maintenant vers le passé du sommet de mon vieil âge, je peux encore voir les femmes et les enfants étendus, massacrés, les corps jonchant le sol du ravin. Je les vois aussi clairement que lorsque je les ai vus avec mes yeux encore jeunes, et je peux voir qu’autre chose est mort dans cette boue sanglante, enseveli dans la tourmente de neige, le rêve d’un peuple à été brisé là. C’était un beau rêve, et moi à qui une si grande vision a été donnée dans ma jeunesse, vous me voyez maintenant comme un vieil homme pitoyable qui n’a rien fait, car le cercle de la nation est brisé, il n’y a plus de centre depuis longtemps et l’arbre marqué d’une cicatrice est mort. »

– Black Elk (1863 - 1950) Chef Sioux, survivant du massacre de Wounded Knee –

26 septembre 2018

La surface du réel

fildefer

« Les poètes disent que nous sommes confrontés à une surface du réel (les mécanismes ordinaires, le pragmatique, le quotidien, la nécessité de la conservation de l’existence). On se laisse absorber par cette surface du réel qui n’est que la pointe émergée de l’iceberg. Les poètes sont les vrais réalistes. On en fait toujours des rêveurs, des gens qui sont ailleurs, vous savez : « Ah, heureusement qu’on a des poètes pour nous faire rêver, etc. » Mais merde ! Non ! C’est tout le contraire ; les poètes sont entichés du réel, ils n’ont d’occupation que de répéter sans cesse que le réel n’est pas ce qu’on nous dit, ce qu’on croit ! Ils nous rappellent toujours que, par exemple, le moindre petit fait de l’existence, vu ou éprouvé, supposerait une Iliade ou une Odyssée à lui tout seul – c’est-à-dire un développement pour en saisir la résonance réelle en nous, comprendre comment en saisir les tenants et aboutissants, car entendre l’effet en nous du réel demanderait une quête et une exploration illimitées ! Le réel est illimité, voilà ce que disent les poètes ! Que rien, ni un caillou, ni un visage, ni un geste, n’est monosémique, alors que tout dans la société veut nous faire croire que ça l’est : un geste = un sens ; un regard, un visage = un sens. C’est la carte d’identité, c’est le jugement au faciès. Ou encore, un voile = un sens ; vous voyez ce que je veux dire... On est dans une sorte de monde totalitaire, au sens où il veut faire un tout de chaque chose, un tout clos. La poésie a toujours été une objection libertaire à l’organisation du monde et à la pensée du monde telle qu’elle est constituée dans l’imaginaire collectif par le pouvoir et les idéologies dominantes. N’oublions pas que l’imaginaire collectif est gouverné par les croyances, par les philosophies, par les dogmes. Ce n’est pas par hasard qu’on a mis les poètes en exil, rappelez-vous de l’époque grecque ou latine – ils gênent toujours, parce qu’ils récusent ces compréhensions limitées et closes du monde : ils disent toujours que, non, les choses ne sont pas « arrêtées » (et je dis « arrêtées » à dessein). Nous vivons dans un monde qui tend à immobiliser : jamais on n’a eu autant de forces d’immobilisation. C’est un processus délétère, gravement néfaste. »



– Jean-Pierre Siméon, dans la revue Ballast (extrait),
entretien avec Adeline Baldacchino, le 17 octobre 2015
à l’occasion de la sortie de son ouvrage « La poésie sauvera le monde » 
aux éditions Le Passeur –

(sculpture en fil de fer de mon copain François Deforges, 2018)

29 novembre 2018

Avoir

2cailloux3brindilles

L'oseille 
Sans rien dans le citron 
Ça vaut même pas le bœuf 
Qui tire la charrue, 
Disaient les vieux d'ici 
Avant la guerre. 

Hé, toi ! Le fantassin... 
Sur le Chemin des Dames, 
T'en aurais pas voulu 
De nos vies de presque rien ? 
Avec les poussières de fin de mois 
Encroutées au coin de l'œil ? 

Hein ? 

Deux cailloux
Et trois brindilles 
Hors taxes ! 
Avec cette intuition absolue 
D'être au monde. 
T'en aurais pas voulu, toi ? 

Dis... 

 

 

 Mots en vrac, écrire des fragments — 

25 septembre 2018

Soir

caspar

Au sommet de ce jour liquide je regarde, j'observe encore,
je renifle, avec une prudence téméraire, cet aimable prêchi-prêcha
victimaire, hashtagé, moraliste, non-binaire, revanchard, pétitionnaire,
antispéciste, pleurnichard, délationiste, paranoïaque, manichéen,
jeuniste, nombriliste, néo-féministe, posthumaniste, relativiste,
épicène, réformiste, utopiste, sans gluten, non genré,
et recyclable...

Incapable de me laisser lécher les plaies par les certitudes
du camp des uns et les intranquillités maladives des autres,
je choisi l'indifférence du chien galeux qui se roule dans la poussière
et se shoote à la verticale avec la lumière des premiers soirs
d'automne.

Pendant que je m'injecte mon propre venin
comme un sérum placebo, un Christ surfeur en short hawaïen
nous prédit, sur la plage, l'apocalypse selon Saint-Glinglin.
En lisant dans les trous noirs de son cerveau galactique,
il se laisse liker par des milliers d'hologrammes en paréo. Amen.

Au loin, l'indigeste indigence de l'ultra moderne assemblée
se perd dans les flammes du ciel incendie 
en un long et insignifiant murmure horizontal.

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, fragments –
(peinture : Caspar David Friedrich, 1821)

24 septembre 2018

Mon nom

autographe

Murat, c'est le nom 
De mon grand-père. 
Je ne l'ai pas fantasmé 
Au creux du jupon humide 
D'une intrigante napolitaine 
Accrochée au cou 
D'un maréchal d'empire.

Murat, c'est le nom
De mon père.
Je ne l'ai pas volé
Aux vents auvergnats
Qui caressent la croupe
D'un volcan éteint
Sous la neige en feu.

Murat, ce n'est pas juste
Le pseudo-costume d'emprunt
De Jean-Louis, le poète maudit
Aux yeux bleus écorchés
Dans des buissons de mélancolies
Poisseuses et sublimes.

Murat, c'est mon nom à moi.
Pour de vrai.

 

 


– Pour Jean-Louis Bergheaud (dit Murat)
avec toute mon admiration à rebrousse-poil, sincère et désinvolte –

20 septembre 2018

Ce matin

matin

Ce matin au réveil 
Sans allumer facebook 
J'ai fumé deux clopes
Roulées à la main
Une avant le café
Une juste après

J'ai relu Rimbaud
Une saison en enfer
Délire II / Alchimie du verbe
J'ai mis un vieux vinyl de soixante-huit sur la platine
Pink Floyd / A saucerful of secret / face B

Sur la première page d'un nouveau carnet
J'ai dessiné un nuage avec du café froid
Et j'ai écrit un haïku par-dessus

J'ai passé un long moment
À contempler les traces féminines de ma fille
Dans sa boite à bijoux

J'ai gratté un La Mineur
Sur la guitare de mon fils aîné
Accrochée au mur de sa chambre

J'ai essayé un masque de Spiderman
Près du lit de mon fils cadet
Je n'ai pas fait de selfie

Dans la rosée je suis sorti
Et sur les premières feuilles mortes de la saison
J'ai marché pieds nus
Jusqu'à ma cabane atelier

J'ai vu le ciel me dire bonjour
J'ai senti les yeux du temps
Me ramener à la vie

J'ai pensé à mon copain Christian...

J'ai allumé l'ordi
J'ai ouvert facebook
Et je n'ai rien posté

 

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –

30 mai 2018

La fille du bourreau

repos

La fille du bourreau dormait nue,
Belle comme le jour, dans les buissons d'orties.
Rêvant de mandragores et de serpents galaxies,
Crachant leur sève autour de leur mue.

Par le chemin creux qui menait au dolmen,
Elle s’en allait rejoindre Adrien et Roland.
Le vent mauvais dans leurs cheveux de bohème,
L’un derrière elle et l’autre par devant.

À la saison des moissons elle cachait, précieuse et hautaine,
Les deux braises de ses seins comme au bout d'un tison.
L'humide secret dans les replis de sa robe de futaine,
Tendrement blotti entre ses cuisses et sa toison.

La fille du bourreau fredonnait des mélodies frivoles,
Espérant l'amour devant la grille de la geôle,
Où j'attendais la potence comme la grive attend l'aurore,
Fier comme l'orage, maudissant son père qui règlerait mon sort.

À mes chansons, on a coupé les ailes.
Pris dans les flammes au fourneau du vicaire,
Mes derniers vers ne seront que pour elle
Et ses fiévreuses caresses solitaires.



– Dans mes carnets, écrire des rimes à l'ancienne (comme la moutarde,
ou la tête de veau) –


Peinture : « Repos » de Vilhelm Hammershøi, 1905

28 août 2018

Mise au point avant la rentrée « littéraire »

bulles

J’entends souvent dans la bouche de gens intelligents, lettrés et cultivés :
« Moi, je n’aime pas la BD ». Et ça me rend triste d’entendre ça.

Dire que l’on n’aime pas la bande dessinée, c’est aussi crétin que de dire que l’on n’aime pas la chanson (à cause de cet abruti de Francis Lalanne). Ou que l’on n’aime pas la poésie (à cause de ce nigaud de Paul Géraldy). Ou que l’on n’aime pas le cinéma (à cause de cette andouille de Franck Dubosc).

Mais en même temps, je comprends, hein…
La bande dessinée, qui souffre encore d’une image ringarde d’un autre siècle, croyant se moderniser, s’est engouffrée depuis une dizaine d’années dans une pataugeoire remplie de récits sclérosés dans le réel, caressant gentiment l’échine de la foule dans le sens du poil, englués dans des poncifs du genre : la guerre c’est affreux, être méchant c’est pas beau, le mal c’est pas bien, etc.  Des histoires descriptives, poussives et utilitaires (oui, utilitaire comme le c15 de chez Citroën). Des livres à thème, des biopics, des reportages dessinés… qui sont à dix mille années-lumière de ce que doit être la littérature ; c'est-à-dire, l’inverse du journal télévisé, du bulletin météo ou du manuel d’histoire-géo.

Comme disait l’autre : « C’est avec les bons sentiments que l’on fait de la mauvaise littérature. »

Si la bande dessinée ne devient pas littérature dessinée en se réappropriant la fiction romanesque, elle ne sera jamais un art. Même pas un art mineur. Juste un pauvre tas de publications journaleuses, pondues par des auteurs non-artistes, brandissant un engagement vaguement social et soigneusement vaseliné.
Les éditeurs qui, dans leur démagogie dégoulinante, fourguent à la pelle ces livres suppositoires, sont entièrement responsables de cette débâcle (qui, de surcroît, alimente la surproduction... mais c’est un autre débat).

Heureusement la bande dessinée littéraire existe encore (celle qui dérange, bouleverse, et nous invite dans un ailleurs, très loin de nos petites certitudes). Mais cette bande dessinée est de plus en plus rare et invisible. Elle est donc précieuse. Je compte sur vous pour ne pas l’oublier.

Bonne rentrée à toutes et à tous.

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments de « j’écris ce que je pense »
et de « je panse ce que j’écris » –

11 juillet 2018

Cercle (fragments de)

cercle

Au fond du jardin
Il y a une pierre
Sous cette pierre
Il y a un trou
Et dans ce trou il y a un chat
Sous ce chat
Il y a l'enfance
Et sous l'enfance
Il y a la vie d'avant
La vie d'avant l'enfance
Sous cette vie
Il y a la mort
Et sous la mort
Il y a la vie
La vie d'avant la vie

Au-dessus de tout ça
Il y a un jardin
Et au fond de ce jardin
Il y a une pierre...


– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –
(Peinture de Fabienne Verdier / Cercle sur Bleu Giotto - 2011)

13 juillet 2018

Dunes (fragments de)

Dunes

L’ange déchu
À tête d’ours

A traversé l’hiver
À reculons
À l’abri du peuple maudit

Il marche maintenant
Vers l’océan
Traversant les dunes
Pénétrant le sable brûlant
De ses pieds de bouc

Respirant les effluves
De safran
De ces fleurs immortelles
Qui s’évaporent
Et se condensent
Entre les interstices
Des strings
Des surfeuses

Le soleil embrase
Ses plaies
Et son âme se consume
En de minuscules
Particules d’écume
Qui ensemencent de sel
Son épiderme érectile

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –

5 juillet 2018

Angles (fragments d')

arbre_mort

Je ne suis
Qu'une partie
Du triangle.

Sûr de mon avalanche
Trigonométrique,
Je regarde :

En dessous
Du point A
De la cabane des mondes
D'en dessous.
Au dessus du point B
Des rêves miroirs du dessus.
Face au point C
Droit devant,
Derrière l'horizon en chantier.

Les mains des années
Sont des sanctuaires ;
Des jardins de roses
Inachevées.

Au début
C'est l'hiver.
Il neige des étoiles
Sur l'infiniment 
Froid
Et lisse.

Puis vient le temps 
Des éclats de ronces,
Par les fossés
Et les prairies
Ombragées
De nuages sucrés.
À l'abri des mensonges,
En plein midi
Où à l'heure du goûter.

Fais demi-tour...
Du fin fond
De ton enfance racine,
Prends le premier rayon
De pluie
Et ensoleille-nous
De souvenirs futurs.

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac / Dans mes cartons, image extatique –
(pour toi, François D, camarade de passage à la maison)

3 septembre 2018

Phobie

fourmis

Les fourmis cyber-connectées se donnent des leçons de morale
en débats virtuels et en temps réel.
Elles réinventent l'inquisition 2.0 ; le bûcher punitif et purificateur
partagé en réseaux.

Du bout de leurs antennes, elles consomment de la pensée mortifère
dans leur exhibitionnisme pudibond.

Au creux de leurs carapaces noires, elles sucent le cadavre liquide
de leur libido triste et fatiguée,
espérant un jour se reproduire
en likant la semence stérile
de leurs propres commentaires.


– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments – 

31 août 2018

Rituel

statuesmenhirs

On trouve des statues menhirs un peu partout autour de nous. En Aveyron, sur Guernesey, au Portugal ou aux alentours de Barcelone... Elles ont toutes le même âge : 3000 ans.
Je me demande souvent ce que vont trouver les archéologues, d’aussi puissant et émouvant, dans trois millénaires. Que vont-ils découvrir de nous, qui archivons toute notre précieuse intimité sur le big data ? Nous qui faisons confiance aux réseaux sociaux (tout en les critiquant) pour mémoriser nos insignifiantes petites existences.
Ils ne trouveront certainement rien. Les données numériques auront été vraisemblablement effacées par un bug géant, un orage cosmique ou une main malveillante (ou bienveillante ?) qui aura tout désintégré d’un simple clic. Il ne restera que des unités de stockage, vides et rouillées.
Il m’arrive parfois d’enterrer des clés usb au fond de mon jardin. J’y mets des scans de dessins inédits et inavouables, des poèmes érotiques jamais publiés nulle part ailleurs que sur mon ordi. Et d’autres bricoles anecdotiques...
Je me dis que même si la coque plastique et la connexion métallique de la clé se décomposent, il restera au moins le silicium, cette mémoire de sable non connectée, compacte, imputrescible et inatteignable.
Ce rituel profondément minéral et païen m’empêche, en quelque sorte, d’avoir la nostalgie de l’avenir.

– Dans mes carnet, dessins en vrac / Écrire des fragments monolithiques –

15 mai 2018

Rituel (fragments de)

rituel

Cérémonie
Sacrée

Ancestrale
Solitaire
Et reliée

Fleur
De rosée
Nacrée
Lunaire
Et mouillée

Écume
De cosmos
Déferlante
Magnétique
Et envoutée

Cavité
De miel
Déesse
Écartelée
Et irradiée

Secrette
Humidité
Pénétrée
De ciel
Et apaisée


– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments au féminin –
(Photographie © Tina Modotti / 1896 - 1942)

27 mai 2018

Protection...

protection

Comme vous le savez, le nouveau règlement général sur la protection des données (RGPD) entre en vigueur dès maintenant.
Conformément à cette mesure, je dois m'assurer que vous désirez réellement continuer à lire mon blog.
Ici, vos données cérébrales personnelles (votre âme, vos rêves, votre libido, votre conscience et vos intimes convictions) seront entièrement protégées et traitées avec bienveillance et considération, et ne seront ni partagées, ni vendues.
Si vous ne souhaitez plus être un tantinet dérangés, importunés ou émoustillés par ma modeste prose poétique ou mes images parfois légèrement olé olé, aucun harcèlement dans ma boite mail, ni aucune action en justice n’est nécessaire. Vous bénéficiez de la précieuse liberté de ne plus lire mon blog.


– Bien cordialement, La direction –

26 mai 2018

Animal triste

pingouins

La fierté d'un troupeau
Qui passe
Agitant les sonnailles
De la rébellion
Se prenant pour une armée
Guérisseuse

Ou une grande marée
De pacotille
Porte toujours comme un fardeau
Ce je-ne-sais-quoi

De la détresse profonde
Post coïtum
De l'animal triste
En déroute
Privé de sa lumière
Individuelle

 

– Dans mes carnets / fragments –

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pour responsable de ce que je publie ici, 
mais je ne peux en aucun cas être jugé 
coupable de n'avoir pas écrit, dessiné,
ou photographié ce que 
tu aurais voulu
voir ou entendre. » 

Bien cordialement, 
– La Direction – 

 



 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


 

En ce moment sur ma table de nuit :

 

 

 

 

 

 


(En application cutanée, trois fois par jour. 
Protège l’individu des névroses collectives et sociétales. 
Puissant analeptique, riche en fer et en potassium.)