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Le blog de Thierry Murat
3 janvier 2020

Venus Pendula

whitenoise

Aux creux humides 
des forêts 
à l'heure où s'éteignent 
les clartés mille fois séculaires, 
au bord des plongeons nocturnes 
chevauchant les morts 
et réveillant les rêves interdits 
qui dansent le long 
des ossements en ruine, 
il y a 
le charbon ardent d'un va-et-vient 
à l'entrefesson 
du silence. 

 

— Dans mes carnets, écrire des fragments — 
(Photographie © Matthias Heiderich / White Noise / 2011) 

23 décembre 2019

L'impasse

léonard

Il parait que l'intelligence artificielle est dans l'impasse : absence d’autonomie, hyperspécialisation réductrice, incapacité à manipuler du sens, inaptitude à créer de l'abstraction ou à proposer une représentation subjective du monde... Impasse totale donc, nous dit, dépité au détour d'un article de presse, un chercheur directeur de projet informatique.

Triste nouvelle pour les esprits cartésiens. Mais comment peut-il en être autrement ? Puisque l'intelligence, elle même, est dans l'impasse depuis un bon moment déjà. Aucune théorie de l'intelligence n'a été, à ce jour, mise en lumière. Les psychologues les plus éclairés admettent – par prudence frileuse – qu'il y a « plusieurs » formes d'intelligence. Même si depuis trop longtemps, la seule forme d'intelligence insidieusement et officieusement jugée supérieure est celle que l'on nomme « mathématique » ou « scientifique » : concentration, logique, rapidité de calcul et compétitivité. Il n'y a qu'à regarder comment les décennies passées ont mis sur un piédestal ces filières scolaires et universitaires peuplées de singes savants.

En revanche, dans l'indifférence la plus totale, l'intelligence dite littéraire ou artistique, nourrie d'abstraction, de subjectivité, capable de sortir le vocabulaire de son rôle bêtement utilitaire pour transcender les mots en images mentales (et inversement) n'a jamais été réellement considérée comme une forme d'intelligence ; au pire, un grain de folie gentiment atypique et distrayant... ou un don (quel mot vulgaire et méprisant). En clair, être capable de percevoir le grand tout de l'univers dans la représentation d'une chaise vide (et inversement), n'a que très peut d'intérêt pour la masse normalisée de l'humanité (on s'en serait douté...).

Nous y voilà. L'intelligence artificielle est donc dans l'impasse (quel scoop...). Après plusieurs décennies de recherches purement technologiques, partant du postulat que l'intelligence avec un grand « I » n’est rien d'autre que celle capable de calculer aussi rapidement qu'un microprocesseur quantique au galop, quelques chercheurs – ayant l'intelligence de l’humilité – avouent leur échec : l'intelligence artificielle ne sera jamais capable d'ouvrir les Portes de la Perception (quel scoop...). Ceux qui ont lu William Blake et Aldous Huxley savent depuis toujours que seuls les actes de création artistique, dans un dérèglement absolu de tous les sens (ou éventuellement la drogue ou la méditation), sont capables de transcender le biologique – socialement et bassement utilitaire – en une connaissance universelle de la signification du tout existant. L'artiste est équipé congénitalement pour être un voyant extra-sensoriel, c'est ainsi. Mais l'époque préfère encenser d'autres différences : l'autisme ou la dyslexie par exemple, dans une liturgie victimaire très à la mode. C'est plus pratique. On réservera à l'artiste le « privilège » de la vindicte populaire moralisatrice et le pilori... (mais c'est un autre sujet).

On y croyait pourtant. Avant internet, on pensait que toute cette stupidité collective était due à un manque d'accès à l'information. Et depuis l'avènement des réseaux sociaux, on pensait qu'une armée d'imbéciles connectés et ultra documentés allait pouvoir devenir – à l'image des innombrables connections neuronales d'un cerveau globalisé – une foule intelligente permettant d'accueillir une forme d'intelligence artificielle supérieure. Mais en fait, non (on s'en serait douté...). La seule ingénierie de cyber-psychisme réellement au point est finalement la crétinerie artificielle et universelle. Et c'est certainement pour cela que la recherche sur l'intelligence – naturelle ou artificielle (peu importe) – ne fera que se cogner dans les angles des impasses d'un gigantesque labyrinthe infini, jusqu'à l'extinction de l'humanité, bien avant la fonte totale des glaces et des pingouins manchots bipolaires (c'est à dire très bientôt). 

 

— Dans mes carnets / fragments de notes en vrac — 
(Dessin de Léonard De Vinci) 

20 décembre 2019

Ze illegal postcards

postcards_illegal

Ces cartes postales illégales,
longtemps diffusées sous le manteau,
ont fait la fierté de la censure digitale et connectée
du 21e siècle. 
Enfin rééditées, elles redonneront le goût
de la correspondance interdite
aux internaute·e·s postmoderne·e·s,
avide·e·s de liberté et de communication intense ! 


— Sur ma boutique en ligne / 

I L L E G A L • P R I N T S / Lot de 15 cartes postales / 
Format 10,5 x 15 cm / Carton 300 gr / Vernis mat — 
(En vente ici : https://thierrymurat.bigcartel.com
BOUTIQUE FERMÉE (all sold out) LE 26 / 04 / 2020

7 janvier 2020

FinalCut

bigbros

Il y a 5 ans, abasourdi comme tout le monde par la déflagration de ce 7 janvier 2015, je faisais mes premiers pas sur les réseaux sociaux que j'avais boudés jusque là. Novice, j'ouvrais donc un compte facebook pour la première fois afin de regarder, écouter ce que le monde, la foule disait, ressentait à cet instant précis où la liberté d'expression venait d'être attaquée dans sa chair avec une violence inouïe. J'ouvrais ce compte facebook pour me sentir moins seul dans cette incompréhension qui allait gangrener peu à peu ce nouveau siècle, et pour essayer certainement de retrouver – comme nous tous au creux de cette empathie collective – un peu d'apaisement dans ce chaos que je croyais passager... 

5 ans après, le chaos est permanent, ici où ailleurs, les censeurs et la bien-pensance moralisatrice ont changé de bord ou de camp. On brûle des livres, on interdit des concerts, des films, par voix de pétitions, de manifestations, ou de prosélytisme incessant. Et on lynche à tour de bras, au gré des émoticônes du moment. 

Il est donc temps pour moi aujourd'hui de fermer définitivement, en fin de soirée, cette page connectée qui n'a plus de sens à mes yeux. En ce 7 janvier, je trouve que c'est un « beau jour » pour quitter les réseaux artificiels de la dictature de la pensée formatée. 

Bonne continuation à vous. 

( Je reste présent sur mon blog : http://thierrymurat.canalblog.com/ )

 

— Sur ma page facebook, dernier message avant autodestruction
de toutes mes connexions sur les réseaux dits sociaux / 7 janvier 2020 — 

28 novembre 2019

Intérieur

inside

Le poète s'en tient presque 
toujours au « presque ». 

Il nous regarde avec son ombre
et se poste sans posture sur le seuil
de la porte qu'il a entrouverte.
Sur le point de nous faire accéder
au « tout » de la pièce vide, 

il nous laisse entrer presque seul.
Et c'est là que tout se joue ;
dans ce presque rien d'hospitalité,
le poème se transforme alors
en chaise, amphore ou candélabre... 

Et « tout » est « presque » là,
comme au premier jour du monde. 

 


— Dans mes carnets, écrire des fragments —
(Dans mon Digital Revio, photo presque inopinée) 

1 novembre 2019

Celebrate

animabilis_jubilé

Il y a un an, jour pour jour, ANIMABILIS sortait en librairie au bout de presque deux ans de labeur exigeant et acharné, à essayer de faire fusionner la poésie du verbe avec les élipses de l'image, puis à travailler et retravailler encore la langue du XIXe siècle dans une mise en scène hors du temps, réglée au millimètre, comme une horloge... 
Ce matin, en feuilletant les 160 pages déjà jaunies dans mon carton à dessin, le silence autour de ce récit dessiné reste toujours aussi assourdissant qu'un vol de corbeaux dans le ciel gris du marché éditorial français, saturé de vide en flux tendu. Alors... Quoi ? Gentil public au goût de chiotte...Tu as perdu ta langue ?

Et soudain, la voix spectrale du vieil Hemingway me sort de ma torpeur aigre-douce : « Tu dois être préparé à toujours travailler sans applaudissement. Quand on a du succès, c'est toujours pour les mauvaises raisons. Et quand on devient populaire, c'est toujours dû au pire aspect du travail effectué. » 

Alors je souris en pensant au livre à venir... qui sera sûrement le dernier. 

— A N I M A B I L I S / Thierry Murat © éditions Futuropolis / 
En librairie depuis le 1er novembre 2018 —
(Dans mon Digital Revio / Photo d'atelier, table de travail, avril 2018) 

23 novembre 2019

Blanc (fragments de)

blanc

C'est l'hiver demain.
Et le souffle blanc du chant
des oiseaux
se fige à l'horizontale 
comme les épées de glace 
qui pendent aux toitures verticales 
d'un paysage en équilibre. 

Si l'on est attentif à la beauté
des interstices aux aspérités universelles,
alors on peut voir parfois 
et même toucher
la transparence 
du silence blanchâtre des cantiques, barcarolles,
berceuses, arias, 
ou cantates volatiles, 
se dessiner dans le froid des brumes 
qui se lèvent sur les entremondes, 
pour éclore au cœur des âmes vagabondes. 

C'est l'hiver demain. 

 

— Dans mes carnets / Écrire des fragments — 
(Dans mon atelier, acrylique blanche sur tôle rouillée) 

19 novembre 2019

Certitude

uncertain

De la confrontation avec le monde, nous ne faisons que du journalisme. Et ce n'est pas de la littérature. De la confrontation avec les autres, nous ne faisons que de la rhétorique. Et ce n'est pas de l'art. De la confrontation avec les idées, nous ne faisons que de la polémique. Et ce n'est que de la merde. 

De la confrontation avec nous-même, nous faisons de la Poésie.
Et c'est essentiel. 


— Dans mes carnets, notes en vrac — 
(Photographie © Alain Etchepare, 2018 / détail) 

30 novembre 2019

Communiqué #6

bijoux

Au moment même où l'on découvre, 150 ans après avoir été couchée sur le papier, cette magnifique strophe inédite et manuscrite des Fleurs du Mal, nous apprenons à l'instant que le fantôme de Jeanne Duval, la célèbre muse de Charles Baudelaire, vient de déposer ce matin une plainte pour harcèlement sexuel à l'encontre du prince des poëtes.
Certainement réveillé par les hurlements incessants du Metoo, le spectre de la belle mulâtresse de la Porte Saint-Antoine a fait savoir sur les réseaux sociaux que tout allait être mis en œuvre pour « détruire la carrière du troubadour pornographe mondain » (sic). Voilà qui risque fort de compromettre, vendredi prochain chez Drouot, la vente aux enchères du manuscrit retrouvé, en partenariat avec France Inter et Télérama... 

Dans ce climat très tendu, les réactions des internaute·e·s ne se sont pas fait attendre : « Je te kiffe trop, Jeanne ! Et j'te suis à fond dans ton délire... Total soutien ! », aurait même twitté ce soir Aya Nakamura, la célèbre instagrameuse et influenceuse de la nouvelle chanson française engagée. 


— C'était un communiqué de Jusqu'ici-Tout-Va-Bien — 
(Merci de nous avoir suivis) 

19 octobre 2019

Arcane Majeur (sans nombre)

LeFol

L’arcane du Fou est la XXIIe et dernière lame du tarot de Marseille. Mais puisqu'il est libre de se placer où il veut et quand il veut, au début ou à la fin du jeu, le Fou échappe ainsi à la numérotation. C'est l'arcane sans nombre. « Je ne suis pas un numéro ! », nous dit cette lame qui a donné naissance au Joker de nos jeux de cartes modernes, celui que l’on place de façon artificiellement providentielle lorsque la situation est difficile ou désespérée. 

Depuis le XVe siècle, l'arcane majeur sans nombre est la figure du vagabond, du hors circuit, de celui qui gène, celui qui dérange... Et, en miroir, il est aussi le symbole des solutions socialisantes pour intégrer l'électron libre coûte que coûte et finalement le marginaliser ou l'exclure encore davantage, jusqu'à le détruire complètement, sous couvert de différentes idéologies sociétales ; religieuses, fascistes ou collectivistes (le couvent, le bagne, Auschwitz, le Goulag, etc.). L'état laïc et démocratique offre généreusement au fou l'alternative de l'hôpital psychiatrique. C'est plus propre. Plus clinique... Et puis c'est La Science, nom de Dieu ! 

Comme pourrait nous le faire croire le folklore clownesque autour de la figure contemporaine du Joker hollywoodien, l'arcane « XXII » n'est pas le symbole antisystème ou révolutionnaire de la destruction du carcan social. Il n'est pas l'icône du « Social Justice Warrior ». Il est tout simplement l'image de la fuite dont on ne cessera jamais, comme Henri Laborit, de faire l'éloge : « Se révolter, c'est courir à sa perte, car la révolte, si elle se réalise en groupe, retrouve aussitôt une échelle hiérarchique de soumission à l'intérieur du groupe, et la révolte, seule, aboutit rapidement à la soumission du révolté... Il ne reste plus que la fuite. » 

L'arcane sans nombre nous dit humblement : « Je ne change pas le monde en semant le chaos et en criant mort aux riches. Ça ne sert à rien... Je change mon monde à moi, je fuis et je prends la route avec mon baluchon. » 

 

— Dans mes carnets de route, notes en vrac — 
(Gravure du XVIème siècle / anonyme) 

11 octobre 2019

Arcane Majeur (sans nom)

XIII

Le fait de ne pas nommer les choses est, pour nous humains, extrêmement difficile tant il nous est impossible d’accepter ce que nous ne voyons pas. Nos angoisses et nos frayeurs se reflètent en miroir dans l’arcane XIII ; l’arcane sans nom. Le destin n’est pas nommable. 
Le tarot de Marseille est franc et radical, il est à l'opposé des superstitions imbéciles. Et c'est là que réside tout le paradoxe de cette lame. L'arcane XIII a le pouvoir de régénération et de transformation ; la peur de la mort devient alors, la mort de la peur. 

 

— Dans mes carnets / Fragments gribouillés — 

24 octobre 2019

Légende

pipo

Voici venir 
du Nord 
tous ces enfants 
superbes 
trottinant d'Est en Ouest 
et vers le Sud 
en croisade 
millénaire 
à travers les mondes 
en ruine 
suivant dociles 
l'immense procession 
et la flûte qui désenchante 
sans fin 
les rêves d'avenir 
jusqu'au jugement 
dernier 

 

 

— Dans mes carnets / Écrire des fragments légendés — 
(illustration : Le Joueur de flûte de Hamelin / Relevés de dessins
d'enfants, 
collectés par Miss Sara Cone Bryant vers 1900) 

27 septembre 2019

Le but (...)

bombardements fb

« On sait, en effet, que la propagande n’a pas besoin de convaincre pour réussir et même que ce n’est pas là son but. Le but de la propagande est de produire le découragement des esprits, de persuader chacun de son impuissance à rétablir la vérité autour de soi et de l’inutilité de toute tentative de s’opposer à la diffusion du mensonge. Le but de la propagande est d’obtenir des individus qu’ils renoncent à la contredire, qu’ils n’y songent même plus.
Cet intéressant résultat, l’abasourdissement médiatique l’obtient très naturellement par le moyen de ses mensonges incohérents, péremptoires et changeants, de ses révélations fracassantes et sans suite, de sa confusion bruyante de tous les instants. » 

÷

« Dans notre monde, il n'y aura pas d'autres émotions que la crainte, la rage, le triomphe et l'humiliation. Nous détruirons tout le reste, tout. » 

÷

« Il n'y aura plus ni art, ni littérature, ni science. Nous n'aurons plus besoin de science. Il n'y aura aucune distinction entre la beauté et la laideur. Il n'y aura ni curiosité, ni joie de vivre. Tous les plaisirs de l'émulation seront détruits. » 

÷

« Les enfants seront à leur naissance enlevés aux mères, comme on enlève les oeufs aux poules. L'instinct sexuel sera extirpé. La procréation sera une formalité annuelle, comme le renouvellement de la carte d'alimentation. Nous aboliront l'orgasme, nos neurologistes y travaillent actuellement... » 

÷

« Imposer une parfaite uniformité d'opinion sur tous les sujets, devenait possible pour la première fois. » 

 


— George Orwell / extraits du roman 1984, publié en 1949 — 
(Dans mes carnets à dessins, fragments) 

16 septembre 2019

Typœtry #1

retourné

Pris par le temps, 
tu te laisses retourner. 
Quelle heure est-il ? 
Et c'est l'horizon 
qui penche 
en travers de la voûte. 
Où sommes-nous ? 
Il n'y a que des pas 
à l'envers ;  
en dessous des traces 
du dessus, 
à jamais perdues 
d'être ici, 
en un seul mot. 

 

— Dans mes carnets / Fragments —
(Dans mon Digital Revio, typographier le ciel) 

25 septembre 2019

Les carottes sont cuites

cocotte

De la rentrée littéraire 2019, on retiendra donc la surmédiatisation à l'envers et putassière de Yann Moix, la médiatisation faussement discrète du bouquin de la fille de Jeanne Mas, le faux nouveau chef-d'œuvre de Françoise Sagan et les vrais chiffres de ventes du faux succès de librairie entièrement rédigé en écriture inclusive, « Le féminisme pour les nul·le·s » (sic). 
Voilà... Comme on dit outre-Atlantique, Elvis has left the building... 

— C'était un communiqué d'Ici-Tout-Va-Bien. 
Merci de nous avoir suivis — 

7 septembre 2019

Persona

maskantigone

Dans la torpeur du début d'un dernier été, on annonçait pour juillet l'imminence collapsée du grand effondrement caniculaire et planétaire. 
Cherchant l'espoir d'un réconfort climatisé près des hélicoptères-ventilateurs connectés au grand réseau de la terreur, l'homoschizophrénus, en centaine de millions d'exemplaires, se selfise alors en vieillard idéal et artificiel sous les sunlights des algorithmes FaceApp. 
Afin de laisser en héritage à ses petits-enfants mort-nés carbonisés, la trace d'une post-image augmentée, l'homoneurasthénicus lègue, le temps d'un simple lol / mdr, le portrait de sa vieillesse virtuelle qui pose en ancêtre derrière le masque selfique d'une sagesse paranoïde stockée à tout jamais dans la mémoire morte de l'humanité. 

  

— Dans mes carnets de fin d'été, fragments en vrac — 
(Photo : masques créés par Yves Leblanc © 2006 / Antigone de Sophocle / Avignon) 

28 août 2019

Déco intérieure

fenêtredehors

Tu sais, gamin...

Tout ce que je fais, c'est
simplement cueillir gentiment,
sur une feuille vingt-et-un / vingt-sept,
des chants d'oiseaux pourris
et quelques aboiements de mâtins
baveux avec mon stylo noir
pour en faire de jolis bouquets effrayants,
vomissant des arcs en ciel délavés
qui lèchent des stratocumulus
en forme de poire pour la soif du monde
ou des stratocumulonimbus
en forme d'enclume pour assommer
les tristes cons.

Et rien de plus.
Te fais pas de films, gamin.
Va... 

 

 

— Dans mes carnets, fragments en vrac — 

19 août 2019

Le degré quantique du poème

semence

À l'abri de l'idiocracy 
qui gronde au dehors, 
je garderai tous ces mystères
endormis d'épines 
à l'intérieur d'un œuf
de phœnix incendiaire, 

précieux comme de la poussière
de licorne 
dispersée
dans l'indulgence des quatre-vents : 
celui-qui-fut, 
celui-qui-est, 
celui-qui-sera, 
celui-qui-sait. 

 


— Dans mes carnets, écrire des fragments — 
(Peinture © Thierry Murat, 2019 / Semence / 29 x 42 cm / 
acrylique blanche sur tôle rouillée / détail) 

11 août 2019

Le Large

longcourrier

« Quand je me sens des plis amers autour de la bouche, quand mon âme n'est plus qu'un bruineux et dégoulinant novembre, lorsque mon cafard prend tellement le dessus que je dois me tenir à quatre pattes pour ne pas, délibérément, descendre dans la rue pour y envoyer dinguer les chapeaux des gens, je comprends alors qu’il est temps pour moi de prendre le large. »

 

— Les premiers mots d'Ismaël dans Moby Dick / Herman Melville, 1851 —
(Peinture © Thierry Murat, 2019 / Long-Courrier / 90 x 40 cm /
acrylique blanche sur tôle rouillée / détail)

12 juin 2019

Comptine de saison

télétubies

Et gnan gnan gnan 
L'argent des méchants 

(Tous ensemble !) 

Et pouet pouet pouet 
Sauver la planète 

(Come on, everybody !) 

J'fais l'barbot 
Sur l'social réseau 

(All together now !) 

Et j'fais l'aumône 
Dans mon gilet jaune 

(One more time !) 

Et gnan gnan gnan 
L'argent des méchants 

(Ad libitum...) 





 

— Allez... Bonnes vacances, les télétubbies ! 
Moi, je m'éloigne un peu de l'eau croupie de l'étang et je me déconnecte
momentanément du brouhaha des grenouilles —

10 juin 2019

Amulettes

amulettes

Le poème, comme un loup, 
entre et sort de la forêt. 

Sans contaminer le réel, 
il en propose une expérience intègre ; 
des traces de pas dans la neige. 
C'est tout. 

Une empreinte protectrice 
et symbolique. 

Le sujet est l'objet de la représentation 
et du discours, au delà de la langue 
qui brinquebale la pensée. 

Les yeux brûlent la lumière.
La chair avale l'ombre.

L'esthétique est dans le sujet. 
Et donc, dans l'objet qui le représente. 
Nulle part ailleurs. 

Il en est de même pour la peinture. 




 — Dans mes carnets, notes en vrac 
(Peinture : Thierry Murat © 2019 / Amulettes / empreinte monotype sur Velin d'Arches)

3 juin 2019

Atramentum

To be or not

Dans les récits immémoriaux, on raconte parfois que l'on aurait aperçu jadis, des peintres aller fouiller dans les tombeaux pour y chercher des ossements en vue de les calciner et de les broyer afin d'obtenir le plus intense, le plus puissant, le plus absolu et le plus profond des pigments ; l'Atramentum, dont nous parle Pline l'Ancien dans son Naturalis Historiæ.
Avec cette préparation soigneusement mélangée à de la gomme arabique, on pouvait alors exhumer – par vanité – la seule couleur qui soigne l'âme ; le noir.
La couleur des couleurs. La seule et unique qui – par combustion – détruit toutes les autres pour mieux les recréer. En somme, la phase première du grand œuvre que les alchimistes appelaient l'œuvre au noir ; la nigredo.

 

 

— Dans mes carnets, notes en vrac 
(Peinture © Thierry Murat, 2019 / To be or not / 50 x 50 cm /
acrylique et brou de noix sur toile de lin)

29 mai 2019

Atelier (fragments d')

atelier

Se remettre au travail
dans un état 
proche de la prière.

Avec l'âme poreuse
d'un long poème
de marbre rose
et les mains
calleuses
de l'artisan.

La tige dressée
fière et fragile
comme une vieille
chanson rock
qui passe
à la radio.

Apprivoiser
les salamandres,
les oracles
et les tempêtes
dans les alcôves
de Némésis.

Et tout le reste
m'indiffère.

 

 

 

— Dans mes carnets / Écrire des fragments — 
(Dans mon atelier, rallumer l'obscure)

22 mai 2019

Évidence

vinyl-expo_bandeau

C'est un bien bel endroit...

Un très bel écrin en plein cœur du quartier des Chartrons
à Bordeaux.
Le quartier historique des antiquaires et du vin. 
Christophe, un vieux frère de collège des joyeuses années 80, a posé 
humblement dans ce lieu hors norme, son talent de coiffeur en 2011.

C'est ici que je dévoile pour deux mois, et pour la première fois,
quelques fragments d'intimité de mon travail de peinture. 

L'évidence du cœur et de l'amitié adolescente indéfectible, bien sûr... 
Et aussi la joie des retrouvailles pour un moment à partager avec
de nouveaux regards curieux,
loin du petit milieu morose des livres,
de la bande dessinée et des librairies. 

Pour un instant, reprendre mon souffle. 

 

 

— Vinyl Coiffeur / l'Atelier des Chartrons 
40, rue Notre Dame / Bordeaux 
20 mai - 13 juillet 2019 / Vernissage, jeudi 23 mai / 20h — 

(Sur la photo : Night Flight / Thierry Murat © 2019 / acrylique sur toile / 60 x 60 cm) 

18 juillet 2019

Prolongations

prolongations

L'expo devait être décrochée le 13 juillet. Mais voilà... 
Il y a toujours un « mais voilà ». 

Alors dans la torpeur de l'été, laissons donc un peu
de temps au temps. N'est-ce pas ?
Laissons ce temps si précieux dégouliner lentement
sur l'immédiateté de nos bavardages cyber-connectés, 
comme on verse du chaud chocolat fondu
sur la croupe d'une poire (dé)confite. 

Et jouons allègrement les prolongations jusqu'au 31 aout !
Allez, viens VOIR... 
(Et si tu as ton chéquier sur toi, offre-toi une toile 
avant la fin du monde)

 

— Vinyl Coiffeur / l'Atelier des Chartrons / 40, rue Notre Dame / Bordeaux — 

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Profil instagram > (re)désactivé
(depuis les incendies de juillet 2026)
« Hors d'atteinte de l'anxiety-business 
récupéré par les algorithmes charognards
post-catastrophe » 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

Compte facebook > définitivement supprimé 
(depuis janvier 2019) 
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émotionnelles et méta-
synchronisées » 



 



 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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AVERTISSEMENT :



 

« Je veux bien être entièrement tenu 
pour responsable de ce que je publie ici, 
mais je ne peux en aucun cas être jugé 
coupable de n'avoir pas écrit, dessiné,
ou photographié ce que 
tu aurais voulu
voir ou entendre. » 

Bien cordialement, 
– La Direction – 

 



 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


 

En ce moment sur ma table de nuit :

 

 

 

 

 

 


(En application cutanée, trois fois par jour. 
Protège l’individu des névroses collectives et sociétales. 
Puissant analeptique, riche en fer et en potassium.)