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Le blog de Thierry Murat
18 juin 2020

Una pittura licenziosa e ridicola

SaintAnge

Reprenons le cours ordinaire de l’histoire, débarrassée de sa majuscule omnipotente. Et essayons de faire réapparaitre ce qui a été effacé. 
Au tout début du XVIème siècle, quelques curieux, archéologues, artistes... découvrent avec stupéfaction, à la lueur tremblante de leurs torches, dans des cavernes enterrées de Rome, les fresques de ce qui fût la Domus Aurea de Néron. En raison des remblayages successifs du sol, ces espaces souterrains, qui étaient dans l'Antiquité des salons en rez-de-chaussée, étaient appelés à Rome, des grottes. D'ou le nom du courant pictural de ce chapitre oublié de l'histoire de l'art, en marge de la Renaissance : la « grottesque ». 
En pleine période humaniste surchargée de thèmes religieux dégoulinants de néo-classicisme condescendant, certains artistes du cinquecento s'approprient en cachette ces nouveaux codex décoratifs, subversifs et souterrains surgis des temps anciens. Une décoration aérienne, verticale et proliférante, un paysage de fantaisies païennes, de contes de fées, d'ésotérisme alchimique, de fanfares panthéistes, d'éléphants, de chats huants, de singes et d'abeilles, de crânes et d'escargots géants, de lions et de cornes d'abondance échevelées, d'ornements enchevêtrés, hybrides et jubilatoires, qui nourriront à mots couverts les inspirations futures de la Renaissance, et plus tard celles des arts décoratifs et du surréalisme du XXème siècle, réinventant sans relâche la superbe folie oubliée des marges enluminées du Moyen-âge. 
Au fil du temps la « grottesque » perdra un t afin de devenir cet adjectif synonyme de bouffon, ridicule et insupportable. Le vocabulaire, lui aussi, s'encanaille parfois avec le révisionnisme. 



— Dans mes carnets, fragments de notes — 
(Peinture : anonyme / Salle de l’Amour et Psyché, vers 1530 / Rome, château Saint-Ange) 

5 août 2020

La mécanique des fleurs

warhol-flowers

À partir de 1964, Andy Warhol revisite avec sa série des « Flowers » la tradition de la nature morte. D'une série à l'autre, il compare les cadrages, les formats, les déclinaisons chromatiques, il expérimente les différentes techniques de sérigraphie, d'aérosols, d'encres acryliques fluorescentes, et pousse à l'extrême – jusqu'à la saturation visuelle – la reproduction mécanique de l'image manipulée. La représentation de ces hibiscus à profusion provoque inévitablement l'euphorie sexuelle d'une allégorie psychédélique de la femelle en fleur, de la flore vaginale, ou de la vulve pop luxuriante. 


— Dans mes carnets, petits fragments d'histoire de l'art — 

13 juin 2020

Avril 2044

MégaCity

Les vieux courants idéologiques obsolètes avaient peu à peu cédé la place à la colère artificielle préfabriquée en flux tendu. 
Chaque semaine, une nouvelle mise à jour d'émotion globalisée (sexe, race, genre, classe, identitarisme...), simple et extrême, était générée en peer-to-peer. Cet update émotionnel était ensuite amplifié par les algorithmes du Système afin de redéfinir une nouvelle victime exemplaire, un nouveau bourreau symbolique, ou un nouveau héros révisionniste et – paradoxalement – antisystème.
Les petites mains besogneuses du marketing d'influence stimulaient en continu le brouhaha-spectacle afin d’alimenter la colossale fortune exponentielle des plateformes de cyber-activisme virtuel et planétaire qui, à elles seules, engendraient plus des deux tiers de la richesse mondiale en produisant quotidiennement des centaines de milliards de connections électro-cognitives. 
Pour certains marchés financiers, les émeutes populistes et le buzz permanent des violences urbaines étaient devenus beaucoup plus rentables que la spéculation boursière. 



— Dans mes carnets, fragments of times — 

6 juin 2020

Putrefactum

rusty

Quand ta petite gueule
de gerboise suppurante 

ne sera plus qu’un amas graisseux 
fondant sous la terre embaumée
par la vermine victorieuse, 
je demanderai humblement 
au seigneur de Maldoror ; 
le roi des rats, 
de venir te ronger la rate
pour soigner tes tourments et ta peine 
dans un chant d'allégresse 
jeté au vent. 



— Dans mes carnets, écrire des fragments — 
(Dans mon atelier, acrylique sur tôle rouillée / détail) 

4 juin 2020

Positura

tv_theatre

restons 
à demi-mot 
assis sur
une 
prière vaudou 

sucrée salée 
restons 
grégaires 
médiocres 
influenceurs 
platoniques 
restons 
cibles marketing 
restons 
progressistes 

mous du canapé 
décroissantistes 

brulés vifs 
d’hypocrisie 
dégoulinants 
éblouissants 
d’humanité 
restons 
cowboys vengeurs 

masqués 
à la chlorophylle 
indienne 
restons 

avatars hurlants 
sur le charnier 

 

— Dans mes carnet, écrire des fragments — 

1 juin 2020

Des nouvelles d'ici (fragments #8)

waters

Pendant qu'ici,
chacun panse
ses plaies, 

Les nouveaux penseurs
de la ville pensent
qu'il faut tout repenser. 

Les comiques troupiers
subventionnés ;
fonctionnaires de la rigolade,
ricanent dans la radio
du sévice public. 

Et la boue avance
après la décrue, 

En silence
ténu. 

 

— Dans mes carnets, écrire des fragments — 

25 mai 2020

Bichromie

bicro

Mon prochain livre sera en bichromie. 170 pages imprimées uniquement avec deux encres en tons directs : un noir puissant et un gris Pantone 403. Radicalité absolue. 

Dans l'espace colorimétrique, le Pantone 403 a une teinte de 35°, une saturation de 7% et une luminance de 52%. Cette couleur a une longueur d'onde approximative de 578.11 nm. Nous sommes donc, ici, sur des énergies extrêmement puissantes. Un pur plaisir des sens... 

 

— Nouveau livre en cours, toujours chez Futuropolis, parution prévue aux alentours de l'an de grâce 2021 — 

8 mai 2020

CosmoPhilosophy

aquamen

Sur Neptune, la question existentielle ne relève d'abord pas de l'esprit, mais d'une constatation que le « soi » – et non pas le « moi » – est la seule manifestation de conscience dont on ne peut pas douter. Seul le « soi » peut donc être tenu pour assurément existant. Et le monde extérieur, avec ses habitants, n'existe dans cette optique seulement comme une représentation hypothétique, et ne peut donc pas être considéré autrement que comme incertain.
Le phénomène du « soi » diffère complètement selon les Neptuniens ; certains évoquent, par exemple, l'archétype de la conscience du « moi » dialoguant avec le référentiel de l'espace-temps...
Si on envisage l'épistémologie neptunienne sur un plan ontologique, on se rapproche alors quelque peu du plutonisme archaïque, puisque la connaissance de quoi que ce soit d'extérieur à soi-même ne reste qu'une conjecture spatiale universellement incertaine. 

 

— Dans mes carnets, écrire des fragments —
(Photo : « Les AquamenS », spectacle déambulatoire / Compagnie Machtiern, 2010) 

29 octobre 2019

Lumen Minus

lune

« Si les religions ôtent sa vraie poésie à la lune, les sciences n’ont nul souci de la lui rendre ; la véritable science, par dédain de l’hypothèse, la fausse science, par recherche des panacées et des pierres philosophales. La lune, pour l’astrologue, c’est le signe sous lequel il y a dans le nouveau-né mâle trop de sang de femme, et dans le nouveau-né femelle trop de sang d’homme ; d’où l’hermaphrodite et l’androgyne et les faux sexes ; et la lune crée sur la terre Sodome. Pour l’alchimiste, c’est l’argent, luna, lumen minus, le soleil étant l’or. Pour les savants positifs et pratiques, c’est une force, faisant coïncider avec ses syzygies les hautes et basses marées ; Newton la calcule, la latitude de la lune est la mesure des angles des nœuds et ne passe jamais cinq degrés ; Robert Hook tâte sa chaleur, et lui trouve si peu de calorique et de clarté qu’il faudrait cent quatre mille trois cent soixante-huit pleines lunes pour équivaloir au soleil à midi. La lune n’a guère moins à se plaindre de l’astronome qui la fait chiffre que de l’astrologue qui la fait chimère. Ajoutez à cela la sœur d’Apollon, la chaste déesse, etc. Les poëtes ont créé une lune métaphorique et les savants une lune algébrique. La lune réelle est entre les deux. » 

— Victor Hugo, 1864 / Le Promontoire du Songe (extrait) — 
(Daguerréotype de Jonh W.Draper, 1840,
considéré comme la première photograhie de la lune) 

18 avril 2020

Époque

Mars_mag

« C'est tout à fait le genre d'histoire
Qui va étonner après coup
Les enfants de vos avatars
Et vous f'ra passer pour des fous 

Pourtant j'en suis sûr
On a marché sur la Terre
Avant les années obscures
On y a vu de la lumière » 


— Kent / On a marché sur la Terre / sur l'album « L'Homme de Mars », 2008 —
(Affiche © illustration de Kent pour le livre-disque éponyme / éditions du Seuil) 

11 avril 2020

Staying Alive

robot KZ

« Je fonctionne !

 Écoute. Si un écureuil est vivant, ou une puce, un arbre, un brin d’herbe, pourquoi pas toi ? Je ne pourrais jamais dire, ou penser, que je suis vivant mais que tu fonctionnes simplement, surtout si je dois vivre à Aurora pendant un moment, en m’appliquant à ne faire aucune distinction entre un robot et moi-même. Par conséquent, je te dis que nous sommes tous deux vivants, et je te demande de me croire sur parole. » 

 

– Isaac Asimov / Les Robots de l'Aube, 1983 – 
(Dans mes carnets oubliés, dessin inédit de 2009 © TM) 

5 mai 2020

Building Universe

Serra

Sur la planète Télhus, ce qui émerge des rapports des parties au tout, tant dans l’architecture que dans la nature, se construit de la manière la plus évidente depuis des centaines de milliers d'années. Les monuments traditionnels dans lesquels les Télhusiens se sentent chez eux ; les villages de quartz, les tentes mésomorphes ou les temples baryoniques, ont toujours été érigés par des sortes de shamans-bâtisseurs, spirituellement proches de ces constructions et de tout ce qui a permis de les réaliser.
Sur Télhus, il est impossible de construire de grands monuments ou de concevoir des habitations confortables sans suivre scrupuleusement cette méthodologie tangible qui s'inspire fondamentalement des énergies formelles, naturelles et ancestrales du cosmos. Et on ne peut nier le contraire... 

 

— Dans mes carnets, écrire des fragments — 
(Photographie : « East-West / West-East », sculpture-installation de Richard Serra / Qatar, 2014) 

29 septembre 2019

Cinéma

ze_end

Putain, quinze ans...
Quinze ans à bâtir une œuvre habitée de dessin et de littérature, cohérente et sincère, bradée par les libraires qui survivent à trente-huit pour cent de marge sur le dos de la surproduction éditoriale en pleurnichant dans la benne à ordures. Continuer à bien huiler la machine pour sauver les acquis sociaux de la masse salariale des grosses maisons d'édition et des petits épiciers du livre, alors que la foule ne lit plus de littérature et consomme de l'édition utilitaire, du buzz facebook-google, de la story sur instagram et du bouillon de culture netflix. Le marché du livre à subi une chute vertigineuse en 2017 et dramatique en 2018. La rentrée 2019 annonce le chant du cygne. 

Excuse-moi, mais... je n'arrive plus à voir ce qu'il y a de glorieux dans ce mirage d'un privilège d'être encore publié afin de pouvoir continuer à engraisser le cadavre littéraire éditorial en étant payé une misère à dix pour cent de droits d'auteur sur le gâteau à partager. Je ne suis pas Saint François-d'Assise. Dieu merci. Je ne suis qu'un petit-fils de paysan qui fait l'auteur, les poches vides, la tête haute. Tu parles d'un projet de vie... 

Au bout du « conte », depuis quinze ans ; une petite notoriété, les honneurs des salons-kermesses littéraires, invité comme une vieille rock-star dans les hôtels ibis, une pseudo-reconnaissance, du blabla presse bobo parisienne, parler au micro à la radio de mes deux, des ventes honorables, une grosse dizaine de milliers de lecteurs... Tout cela peut se concevoir comme une certaine réussite, vu de l'extérieur. Une forme de richesse. Faire semblant que tout va bien pendant quinze ans. Du cinéma... Une fausse richesse, en somme. Un rôle de riche, donc. 

Tu sais ce que disait Charlie Chaplin ? Quand on lui demandait pourquoi il avait l'air si triste... Il disait, je suis triste parce que je suis devenu riche en jouant des rôles de pauvres. Moi, c'est l'inverse. Je suis triste parce que je suis devenu pauvre en jouant un rôle de riche. Et c'est la même tristesse à l'envers. 


— Dans mes carnets, à l'endroit — 
(Après le générique de fin, travelling sur l'horizon, 
puis caméra zoom avant vers un ailleurs providentiel. Moteurs...) 

15 octobre 2019

Ne l'oublions pas...

immoral

Au début du XIXème siècle, le mouvement parnassien « L’art pour l’art ! » tapait fermement du poing sur la table. Théophile Gautier, qui en fut un de ses plus virulent porte-parole, affirmait que l’art ne devait servir aucune autre cause que lui-même. « Le poëte impeccable et parfait magicien ès lettres françaises » à qui Baudelaire dédiera plus tard ses fleurs maladives, confirmait ainsi, que l'art doit être dépourvu de toute fonction didactique, politique, morale ou utile. Tout ce qui est utile est laid (cf. le balai à chiotte, la serpillère, le k-way, le sac poubelle, ou le gilet fluorescent…). 

Aujourd'hui, près de deux siècles plus tard, l'art et la littérature contemporaine ont, la plupart du temps, tendance à ne servir la soupe qu’à de gentilles causes sociétales ; la lutte des classes, l'antiracisme, la justice sociale, les migrants, la théorie du genre, l'anticapitalisme, le féminisme, l’identité de groupe, l’orientation sexuelle, l'écologie, la famille homoparentale, la désobéissance civile, la cause animale, le devenir de la planète, et cætera... et cætera ; du prêchi-prêcha d’aumônier qui nous rassure dans nos certitudes en rabaissant l'art et la littérature au rang moralisateur et « poncifical » du sermon antalgique. Bref, ça n'a aucun intérêt. L'art et la morale n'ont rien à faire ensemble. 

Une œuvre artistiquement remarquable peut, éventuellement, porter ou défendre une « noble » cause uniquement si elle se supporte d'abord artistiquement par elle-même. Les œuvres d'art sont, et doivent être – sinon ce n'est pas de l'art – autotéliques, du grec ancien αυτοτελές / autotelés : « qui s'accomplit par lui-même ». En clair, un diamant brut, même taillé dans l’immoralité la plus extrême, demeurera un chef-d’œuvre éternel. Et la merde, bien que pétrie de bonnes intentions moralisatrices, restera inéluctablement de la merde. Ne l'oublions pas. 

— Dans mes carnets en vrac / Ceci étant dit, afin que les choses soient dites — 

7 avril 2020

Temps Futur

robotspace

« Il y avait dans l’air comme une odeur de Temps. Il sourit et retourna cette drôle d’idée dans sa tête. Il y avait là quelque chose à creuser.
À quoi pouvait bien ressembler l’odeur du Temps ? À celle de la poussière, des 
horloges et des gens. Et si on se demandait quel sorte de bruit faisait le Temps, ce ne pouvait qu’être celui de l’eau ruisselant dans une grotte obscure, des pleurs, de la terre tombant sur des couvercles de boîtes aux échos caverneux, de la pluie... » 

— Ray Bradbury / Chroniques martiennes, 1950 — 
(Sur mes étagères, SpaceToy) 

13 mars 2020

Des nouvelles d'ici (fragments #1)

ouvrage

La terre d'ici,
montre un chemin de sable 
qui épouse l'écorce. 
Le vent se fait discret d'apaiser 
les frayeurs des villes
en millions d'exemplaires. 

Au loin, les cris des hommes
dispersent mes silences. 

Le cœur sur l'ouvrage 
préserve le temps précieux, 
d'être au monde 
page après page, le ciel avance 
en solitude. 
Et la forêt se tait. 

 

— Dans mes carnets, fragments — 

15 mars 2020

RealFriends

Realfriend

« That's when you know
Who your real friends are
(That's when you don't) 
Who your real friends are 
This is when you know 
This is when you know 
Who your real friends are 
(That's when you don't) 
(That's when you don't) 
(That's when you don't) 
This is 
This is when you know 
Who your real 
Who your real friends are 

Who your real friends are 
That's when you know » 


— Thom Yorke / Runwayaway / Sur l'album « Anima », 2019 — 
(Photo : dans mon atelier, fragments de vanité) 

26 mars 2020

Épreuve


négatifbaudelaire

« La poésie se distingue de la littérature comme le désir d'être se distingue de la gestion de l'avoir. Elle ne cherche pas des significations mais le sens, le sens qu'il y a à vivre. » 


— Yves Bonnefoy —
(Photographie : Portrait de Charles Baudelaire par Félix Nadar,
vers 1855 / Négatif sur plaque de verre) 

8 avril 2020

Fake Plastic Life

modernhouse

« Je me suis assise devant mon orgue d’humeur, j’ai fait quelques expériences et j’ai fini par trouver un réglage pour le désespoir. Je me le programme deux fois par mois depuis ; ça me semble une durée raisonnable pour se sentir désespéré à propos de tout, à propos du fait d’être restés sur Terre après que tous les gens un tant soit peu intelligents ont émigré sur Mars. 

 Mais avec une humeur pareille, tu risques de rester dedans, de ne pas programmer de sortie. Un tel désespoir, qui embrasse la réalité, se perpétue de lui-même. 

 Non. Je programme un redémarrage automatique trois heures plus tard, un 481 : conscience des multiples possibilités qui s’ouvrent à moi dans le futur, confiance renouvelée en… 

 Oui, oui... Je connais le 481. Écoute, même avec un arrêt automatique, ça reste dangereux de subir une dépression, quelle qu’elle soit. » 



– Philip K. Dick, 1968 / Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? –  
(Photo : Monsanto's Plastic House of the Future / Disneyland, 1957) 

21 mars 2020

Sabbat de printemps

eostre

Eostre tarde à se lever. 

L'indolente équinoxe  
traîne encore au lit
des ruisseaux 
et dans les draps blancs 
du vieil hiver. 

Aux creux de l'aube, 
le flou du dernier sommeil 
de la dernière Lune 
rêve encore un peu 
d'un inéluctable réveil
des consciences. 

Puis Eostre se lève enfin. 
Lascive.

Offrant
sa croupe
aux semences 
de feu. 

 

— Dans mes carnets, fragments printaniers — 
(Photographie : Arthur F. Kales, 1920) 

5 mars 2020

Âges farouches

clan-du-lac-maudit

J'avais huit ou neuf ans. Et je prenais mon vélo en direction du centre commercial, à deux pas du domicile familial. Comme dans toutes les petites villes de province, il y avait là, une maison de la presse ; vitrine de la culture populaire. Je partais donc, vaillamment, pour acquérir le Pif Gadget hebdomadaire.
Je passais un temps fou à parcourir du bout des doigts les feuilles de chou que finalement je n'achèterai pas ; Podium, Ok, StarClub... Je lisais en diagonale les interviews des vedettes de papier glacé, à même le présentoir ; Balavoine qui rétorque brillamment à la question débile du journaliste : Quel est votre animal préféré ? Moi, répond-il... (
Putain, mais trop bien ! Un jour je répondrai ça, moi aussi, en interview quand je serai grand...). 
Le Pif Gadget était déjà coincé sous mon bras, mais je traînais encore, de rayon en rayon, histoire de prolonger le temps de l'attente. Et puis... Reprendre le vélo, monter dans ma chambre, ouvrir le Pif, poser le gadget sur la table de nuit pour plus tard et lire urgemment le nouvel épisode de Rahan, le fils des âges farouches. Je savais que je ferai ce métier plus tard ; raconter des histoires avec des dessins imprimés en offset sur du papier couché. Cela prendrait le temps qu'il faudra. Mais je savais. Le coutelas d'ivoire m'avait sûrement montré le tout début d'un bout du long chemin. 

Ce soir, j'apprends que le papa dessinateur du fils de Craô, André Chéret, est parti rejoindre le Territoire des Ombres et ça me chagrine. Évidemment... C'est con, mais c'est toujours comme ça, un souvenir primitif qui s'en va ; ça fait comme un volcan qui sommeille dans la poitrine. 

 

— Dans mes carnet, fragments de souvenirs en vrac —
(Rahan, épisode 8 / Le Clan du Lac Maudit / détail de la page 1 /
Roger Lecureux - André Chéret, 1974) 

9 mars 2020

De quoi avez-vous si peur ?

cages_379

« Vous êtes tous fous. À mener des guerres incessantes et sanglantes contre tous ceux qui ne partagent pas votre peur de la vie. À trouver des obscénités secrètes dans chaque mot honnête, tandis que vous essayez de noyer vos propres pensées obscènes sous vos prières assourdissantes. » 

— Texte & peinture numérique © Dave McKean, 1998 /
Extrait de « Cages », page 377 — 

19 mars 2020

Des nouvelles d'ici (fragments #3)

ladépèche

Les jours succèdent aux jours. 

De la lumière à l'obscurité, 
l'éternité se réduit toujours 
à une affaire de minutes. 

Il y avait tant à faire ici 
depuis si longtemps déjà. 

Mais le temps se rétrécit. 

Alors les mots se détachent du carnet 
et redeviennent nuages, étoiles,
cailloux, lacs gelés, 

ou fleurs de charogne. 

 

— Dans mes carnets, fragments — 

17 mars 2020

Des nouvelles d'ici (fragments #2)

lematin

Ce matin, 
les rats des villes ont quitté le navire. 

Ils font semblant de relire la peste de Camus 
dans leur maison de campagne 
en buvant du thé vert sur facebook. 
Pas trop de bisous, madame la marquise. 
Pas trop de bisous... 

Gardez-en pour vous. 

(...) 

Et ici, on vit. 
Depuis des siècles. 

On regarde au loin 
la fatigue des jours meilleurs 
qui avancent. 

Rentrer du bois. 
Réparer les gouttières. 
Plumer quelques grives. 
Amener la petite au docteur ;
ce n'est qu'un mauvais rhume,
garde bien le lit au chaud 
sous l'édredon. 

 

— Dans mes carnets, fragments — 

21 décembre 2019

L'océan

l'ocean

« Si ma ligne de vie venait à se casser
J'aimerais pour finir avoir encore le temps
De monter sur la dune et le voir écumer
J'aimerais pour finir regarder l'océan 

Comme lorsque l'on courait et qu'il apparaissait
Et qu'on criait de joie, ivres de sa colère
On ne le craignait pas et nous en étions fiers
C'était la même colère qui en nous s'élevait 

L'océan »

 

— Dominique A / L'océan, 2015 —
(Dans mon Digital Revio, apprivoiser l'hiver) 

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AVERTISSEMENT :



 

« Je veux bien être entièrement tenu 
pour responsable de ce que je publie ici, 
mais je ne peux en aucun cas être jugé 
coupable de n'avoir pas écrit, dessiné,
ou photographié ce que 
tu aurais voulu
voir ou entendre. » 

Bien cordialement, 
– La Direction – 

 



 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


 

En ce moment sur ma table de nuit :

 

 

 

 

 

 


(En application cutanée, trois fois par jour. 
Protège l’individu des névroses collectives et sociétales. 
Puissant analeptique, riche en fer et en potassium.)