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Le blog de Thierry Murat
25 avril 2019

Prophétie (fragments de)

darklight

Alors,
En vérité, je vous le dis.

Le vingt-quatrième jour...
La souveraineté autoproclamée
De la populace jaunasse
Se fera bouffer le cul
Par d'innombrables forces telluriques
Sorties des flots et des flammes !

Et enfin...
Nous pourrons rêver
À nouveau.

 



 Dans mes carnets, écrire des fragments gnostiques
et puis relire William Blake 

27 août 2018

Putain !

cielsixtine

Michel-Ange s’est assis en tailleur au sommet de l’échafaudage. Il a posé son pinceau encore chargé d’indigo dans le creux de l’écuelle de terre, puis il s’est roulé une clope et s’est mis à crier : « Putain ! J’ai fini… ».

Alors, le ciel de la chapelle Sixtine s’est embrasé de mauve, de pourpre et d’or. Les anges se sont approchés de l’artiste et ont léché sa peau saturée de sueur. Dieu, sortant la tête de son nuage-barbe-à-papa, a chuchoté à l’oreille du peintre : « Je suis ton Père… ».
« Toi, ta gueule ! », lui a répondu Michel-Ange en balançant une mandale qui explosa magistralement la mâchoire du Saint-Père.

Dans un épuisement proche de la béatitude païenne, Michel s’est finalement endormi les bras en croix sur l’échafaudage. Les paumes de ses mains tournées vers le sacré. Et son sexe furieusement dressé vers l’immensité verticale de l’œuvre achevée.


*


Voilà. Je crois que c’est à peu près ce qu’il m’arrive, là…  
au bout de dix-huit mois passés à écrire et à dessiner ce putain de récit
(et tout l'été à le mettre en couleur).
Le livre sera enfin disponible en librairie le 1er novembre de l’an de grâce 2018.
Juste après l’embouteillage éditorial de cette putain de rentrée littéraire 
et juste avant l’engorgement de ces putains de fêtes de fin d’année.
Pile poil pour la fête de la Samhain ; le sabbat des sabbats ! 

C’est parfait…

Je vous parlerai donc de tout ça (sans trop en dire) très bientôt !

 

– Peinture : plafond de la chapelle Sixtine / détail –

3 octobre 2018

Paysage

paysage-Puyo

Je suis un paysage désolé,
Austère et vierge
De toute présence humaine.
Échoué à la frontière du néant
Et de l'absolu, je flotte sur la lande.
Je suis un drapeau blanc
En lambeaux, dans le parfum
D'une tempête de forêt.

Je n'aime pas les villes et les ruelles.
Ça sent la pisse d'un autre siècle,
Le vomi des poètes maudits,
Et ça pue la misère d'y vieillir seul
Le long des murs dégueulasses
D'un boulevard chic.
Je déteste les vieux bancs rouillés
Qui colportent l'odeur fanée
Du tout premier baiser
Des amants de Saint-Jean.
Je n'aime pas trop les statues
Des jardins publics
Et leur blanches épaules,
Où seule la fiente des pigeons
Semble encore vivante.
Les traces des hommes
Sont toujours moches et mortes.
Elles ne racontent que ce qui fût,
Jamais ce qui sera.

Je ne suis qu'un paysage désolé
Et ça me va.
Austère et vierge
De toute trace humaine,
Je regarde les empreintes
Des hérons et des loups
Sur l'horizon de mon âme en jachère ;
Une promesse de brume d'avenir
Dans les cheveux d'une déesse nue.
Un sortilège qui s'évapore
Dans un vol de fleurs sauvages.
Et ça me va, jusqu'à demain matin.



– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –
(Photographie : Constant Puyo, 1910)

30 septembre 2018

(sans titre)

mesguish

Avant hier, clochard-poète, je fus looser-astral à deux cents exemplaires aux éditions de la Loutre Céleste, hier, j'étais adulescent rebelle en érection sur facebook, aujourd'hui, enfin, me voilà rappeur omnipotent sur youtube. Je t'emmerde et je total'contrôle tes pensées en millions de vues. Je lèche ta boulimie de buzz. Je suce tes fake désirs de news. Tu es la petite pute de ma fiction paranoïaque et omnisciente. Je maîtrise la dialectique du loup, la sémantique de la mygale et la rhétorique du scorpion à réaction. Je t'inocule mon beatmaking à bout portant. Mon blaze fucke tes likes et je contemple mon flow-power de nounours bipolaire connecté à tout tes fantasmes. Je slame des incantations qui te subliment en hominidé moderne ; mou et con à la fois. Moi, je jouis en freestyle overdrive. Et toi, tu te kiffes à te sentir vivre et mourir ta life au même instant. Et tu en redemandes... 
N'est-ce pas le nec du nec, mec ? Ça y ressemble, on dirait.

 

 

– Dans mes carnet, mots en vrac, écrire des fragments de coup de boule
dans la fourmilière –
(artwork : David Mesguich, alcool marker on paper, 2009)

12 décembre 2018

Rédemption

femelles

Alors vient enfin
le temps
où la voix compassée
des petits poètes
vendeurs d'espoir
un peu mièvre
est aussi flamboyante
qu'un tube de dentifrice
en promo sur ta tête
de gondole cadenassée
comme un lundi matin
avec ses oiseaux merdeux
qui se brossent les dents
dans la cuisine.

Tu rêves d'un sphinx
qui te murmure à l'oreille
des œillets rouges
comme le ciel,
des amandiers dans le vent
et des colliers de coquelicots
en colère.
Mais les clameurs que tu entends
ne sont que les cris dégueulasses
des chiens en feu
que tu prends pour Bella Ciao
en remix électro zouk.

Alors viens.
On va goûter le miel à l'entrecuisse
des femelles souterraines,
et respirer le récit des temps anciens
qui nous dévorait et nous soignait
dans nos obscurs mystères.
La vie aime se faire foutre
à quatre pattes avec entrain
dans l'allégresse du souvenir
des péchés capiteux.

Les constellations
qui surgissent
de nos feux éteints
apaiseront les silences
de nos entrailles brûlées.

Nos cœurs cailloux
sont plus durs
que ceux des autres.
Mais ils ont la hauteur des abîmes
et des ailes parsemées de planètes
et de forêts.

 

 

 

 Dans mes carnets / écrire des fragments — 
(Photography © Rik Garret, 2014 / detail / glass plate collodion)

17 septembre 2018

Boomerang

nuageboom

Cette vieille chaussette puante 
Qui tournicote au-dessus des siècles,
C'est le boomerang de l'ordre moral.
Il vient se fracasser de temps à autre
Sur la tronche poreuse d
es civilisations malades.

Un retour de l'ordre moral
Est toujours un retour de bâton merdeux.
On ne sait qui a lancé ce boomerang la première fois.
Peut être Platon ?
Le Christ ?
Une druidesse encolérée ?
Un roi mage radicalisé ?

Rien n'est sûr...
Peut-être a-t-il été, tout simplement,
Lancé il y a plus de quarante mille ans
Par un homo sapiens refoulé ?
On ne sait.

Ce qui est sûr,
C'est qu'on se le prend dans la gueule
Régulièrement,
Tout les trente-six du siècle.

À l'instar de la comète de Halley,
Le retour du boomerang merdeux
Peut se vivre ;
Soit comme une célébration d'anciens combattants
À la salle des fêtes du village,

Soit comme une frayeur nocturne
De nouveau né de la dernière pluie...
Ou du dernier déluge.

Pas d'inquiétude...
Il y aura toujours un crétin,
Dans le dortoir de l'internat,
Pour relancer la chaussette puante
Encore plus fort 
Et encore plus haut.

 

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, fragments –

14 septembre 2018

Capituler

Lagune

Mes origines paysannes
me poussent aujourd'hui à me taire
devant toutes ces certitudes « ultra-connectées »
qui envahissent l'espace public en réseau
et qui ne sont certainement
qu'un fantasme collectif d'urbains-suiveurs-likeurs
déconnectés des entrailles de la terre.

Écrire et dessiner des livres,
c'est ma façon d'être au monde.
Et ma façon d'être au monde,
ce n'est pas de commenter l'actualité
pour faire le mariole,
ou de glaner avec un bon mot,
un quart d'heure de gloire de pacotille,
chaque jour, branché sur le grand vide du big data.

Faire œuvre de fiction, c'est respirer le réel
au lieu de l'humilier et de lui lécher le cul en flux tendu.

Et c'est toujours à l'aube ou au crépuscule,
que le monde réel doit capituler
devant la puissance des contes
et des légendes mille fois séculaires,
qui n'ont ni début, ni fin.

Ici, loin des villes, en regardant le soleil frémir sur la lande
entre la brume et le vent, personne n'est dupe.
Surtout pas moi.

 

 

– Dans mes carnets, écrire des fragments et me taire –
(photographie : Lagune dans les Landes de Gascogne / Félix Arnaudin / 1844-1921)

3 juin 2018

Panem et Circenses

dernier jour

Quelle aubaine !
On t'offre sur un plateau télé interactif
Des héros et des boucs émissaires.
Tu as vraiment le cul bordé de like !

Des pouces dressés comme des phallus
Et des mises à mort virtuelles.
Du pain et des jeux...

On déterre les morts pour les juger.
Et on enterre les vivants pour les étouffer.
J'espère qu'au moins tu jouis,
Derrière ton p'tit écran tactile et érectile.

Profite... Profite.
Avant l'ultime déluge de cendres.

 


– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments –
(image : Le dernier jour de Pompéi / docu-fiction produit par la BBC © 2003)

4 juin 2018

Lumières (nouvelle philosophie des)

lumières

Allez-vous donc vous laisser foutre en cul,
Encore longtemps, par l'opinion publique ?

Croyez-en mon expérience, mon ami...
Vous finirez embastillé
Par le totalitarisme populiste,
Bien avant l'abolition virtuelle
De la vindicte moraliste connectée.

Vous qui avez la noblesse de l'âme
Et la vigueur du coq en rut,
Écrivez donc de la poésie !
Vous pourrez tout dire...
Et surtout faire le contraire
De tous ces petits révolutionnistes
Théoriciens insoumis sur clavier azerty.
Eux qui font tant de phrases
Pour dire si peu de choses.

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments à la Voltaire et à la volée –
(gravure : encyclopédie Diderot & D'Alembert)

21 avril 2018

Black Mary

blackMary

Tes chaînes et tes blessures
Sont des talismans

Violée, mise aux fers
Tu n'as gardé que l'or
Pas de blason
Pas de drapeau
Pas de banderole vengeresse
Juste une amulette
Intime et précieuse

Sans ameuter la foule
Sans ameuter la meute
Tu règnes
Souveraine
Et libre

Tête d'ébène
Montre-nous la lumière
Dans le sang des imbéciles
Dans le cri de la poussière

Ô Black Mary
Sublime putain vierge offerte
En pâture

À la vindicte des pleureuses ridicules

Émancipe le troupeau
Dans le foin coupé et ramassé
Donne-lui en gage ton splendide silence
De reine vagabonde

 


– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des prières païennes
et oublier la foule –
(rien à voir avec mon nouveau livre en cours)

Image : La vierge noire de Rocamadour

14 avril 2018

Platon est un con

platon

Hey, Platon... Tu chasses les poètes de la cité ?
Tu veux faire de l'existence une simple affaire politique et citoyenne ?
Tu penses que l'art est un danger pour la république ?
Tu veux établir le culte de la vérité et de la rationalité philosophique ?
Hé bien, va te faire foutre !

« Les hommes sont vraiment des cons
Platon est un homme
Donc Platon est vraiment un con. »

Et ça... Ce n'est pas un syllogisme.
C'est de la poésie, mec !
Du fond de ma caverne je vois tout ce que tu ne peux pas voir.
Crétin... Ton regard est vide.
Tu n'es qu'un comptable.

Moi, ce sont bel et bien les dieux et les muses qui dirigent mes yeux
Vers ces visions crépusculaires.
Toi, tu n'y a pas accès.
Sauf si je t'ouvre généreusement les portes
Et me fais l'interprète de la beauté, du mystère absolu
Et de la magie des ombres blotties dans la lumière.

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments manifestes
et puis écrire encore –
(rien à voir avec mon nouveau livre en cours, quoi que...)

8 mars 2018

Rumeur (fragments de)

rideau

La rumeur dégueulasse
S'écoule encore
Dans les canalisations high-tech,
Désinfectant au passage
Le furoncle mal placé
De la putain de pétasse
Qui s'agite en coulisse.

Avant de se faire buzzer en levrette,
Le public retient son souffle fétide.
Attention mesdames et messieurs !
Dans un instant,
Ça va (re)commencer...


– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments de spectacle,
et puis couper facebook –
(rien à voir avec mon nouveau livre en cours)

20 mars 2018

Apocalypse (fragments d')

enfer

À l'aube de la nuit des temps, les femmes avaient accouché
Des plus intenses rêves de l'humanité.
Faisant de chaque instant une éternelle et lumineuse découverte
Porteuse d'avenir.

Mais l'histoire avait finalement donné raison à Ézéchiel le voyant.
L'antique serpent était donc revenu hanter les âmes au seuil du cybermonde.
Alors, le vagin géant des génisses et des truies connectées en réseaux,
Avait tout englouti dans l'entrecuisse de la rage et dans le brasier d'amertume.
N'épargnant même pas la petite barque des amants,
Flottant dans le brouillard de feu.

 

– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments bibliques
et puis sacrifier une poule pour le repas du soir –
(rien à voir avec mon nouveau livre en cours)

Gravure : Gustave Doré (extrait) 1860 / L'enfer - chant 24 (La divine comédie de Dante)

10 mars 2018

Bonne nouvelle !

foule

Grâce aux pertubateurs endocriniens, grâce aux pétitions progressistes sur les réseaux sociaux,  et grâce au grand retour de la morale pudibonde, l'humanité devrait s'autodétruire tranquillement dans la crétinerie avancée, dans le chaos et la stérilité, bien avant que le réchauffement climatique ne soit réellement inéluctable.
Et là... On est sur une vraie putain de bonne nouvelle !

– C'était le communiqué misanthrope d'un week-end pluvieux du mois de mars –

13 novembre 2017

Correspondance (fragments de)

Le Magnifique

Mon très cher ami,

Tu veux vraiment écrire un Roman ?
Un putain de grand Roman !
Pas un livre de messe, hein...
Ni un manuel d'histoire-géo ou d'éducation civique...
Un putain de grand Roman !

Ok.

Alors arrête d'enfiler les perles du chapelet
de la condescendance généralisée.
Tu n'es pas là pour nous chier un baromètre sociétal
en récitant le bulletin météo.
Les convictions à la mode ne sont que des émotions fossiles 
et monolithiques. Arrête de donner du grain aux poules. 
Sacrifie-les plutôt sur l'autel de tes incertitudes les plus profondes. 
Écris des hérésies de vaudous avec le sang de la volaille.

Marche pieds nus dans le feu.
Affirme.
Prends le parti de l'erreur flamboyante.
Sois au rendez-vous de nulle part, dans un déséquilibrisme de funambule.
Tu ne changeras pas le monde. Jamais.
Ni avec tes cantiques littéraires, ni avec quoi que ce soit d'autre.

Tu ne changeras pas ton lecteur. Non plus.
Alors détruis-le pour qu'il se reconstruise lui-même.
Avec sa lumière à lui.

Prends-le par derrière.
Mets-lui tes doigts dans sa bouche.
Donne-lui des chiquenaudes sur la joue.
Attrape-le par les cheveux.
Et pendant que ta main claque sur sa croupe, demande-lui s'il aime ça.

Comment ça !
Tu ne peux pas faire ça ?
Ok.
Alors continue à écrire des livres de curés.
Des livres de missionnaires.
Et maintiens ton public et les médias dans cette simulation
d'orgasme collectif.


Bien à toi.
     - Ton ami -


– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments de lettre rilkienne 
et bienveillante et puis aller dessiner –
(rien à voir avec mon nouveau livre en cours)

Photo : Jean-Paul Belmondo dans « Le Magnifique »
un film de Philippe de Broca - 1973

5 décembre 2017

Fierté (fragments de)

labour

Je descends d'une lignée de paysans du Périgord.
Depuis Cro-Magnon. Et jusqu'à l'exode rural d'après guerre.

Des ploucs. Des croquants. Des culs-terreux...
Des petits artisans, 
puis des fonctionnaires.

Peut-être un lointain ancêtre artiste-peintre à Lascaux ou un troubadour
qui chantait l'amour courtois en langue d'Oc.

Et encore... Pas sûr. Mais bon.
Va savoir.

Je me sens loin de tout ce petit monde artistique-littéraire,
urbain et hyperconnecté.

Tellement loin...
Parfois envie de les empaler fièrement avec ma fourche de bouseux.
Mais le rat des villes est plus rapide - plus malin - que le rat des champs.
Toujours.

 


– Dans mes carnets, mots en vrac, écrire des fragments de généalogie,
et puis regarder mes enfants pousser comme des fleurs sauvages –

(rien à voir avec mon nouveau livre en cours)

Gravure sur bois © Maurice Albe - 1965

20 février 2015

Le roman et la poésie sont morts.

Le Magnifique
Le propre du vieux con, c’est d’être convaincu que la fin du monde est pour demain. Je suis bien d’accord. Même si je me sens davantage con, que vieux (et ça m’arrange, comme dirait l’autre...).

N’empêche que (tout le monde s’en fou, mais...) le récit romanesque et la poésie sont morts.

La fiction à cédé sa place au reportage. Place au fil d’actu en flux continu, place au réel ! Place au faux journalisme élevé au rang de sous-littérature. Des livres sur les sans-papiers, sur le gaz de schiste, sur les stars de la gastronomie, sur les femmes battues, des récits historiques sur le communisme, le royalisme, le syndicalisme, des biopic en veux-tu en voilà. Du vrai, du bon, du bien réel. Même les romans - graphiques ou pas - n’arrivent plus vraiment à se défaire de cette putain « d’utilité » du réel. La fiction n’intéresse plus personne, faut croire. Où alors il faut du sensationnel, de la politique fiction, par exemple. Ou du gadget en plastoc, de l’entertainment du genre heroic fantasy et compagnie...

La littérature - dessinée ou pas - s’enferme dans un genre : le reportage, vaguement littéraire.

Si « Les fleurs du mal » de Baudelaire ou « La ballade de la mer salée » d’Hugo Pratt sortaient aujourd’hui en tant que nouveautés, les libraires en vendraient à peine 3000 exemplaires de chaque et direction les oubliettes. Amazon ne les aurait même pas mis au catalogue.

On a « réussi » à dépoétiser nos existences, disait Pierre Rabhi...

On s’excite, on s’énerve, on polémique, on prend parti (ou on fait semblant). On ne prend plus le temps de rêver ou de se raconter des histoires qui transcendent le réel. On fait juste du storytelling. Il est désormais, semble t-il, plus urgent « d’expliquer » nos misérables petites vies que de simplement les contempler. Pourtant, contempler le miracle de l’existence aide parfois à mieux comprendre...

Peut-être que le trop plein de virtuel (un trop plein de vide, d’un seul coup) nous a amené, insidieusement, vers un besoin impérieux d’ultra réel - de cinoche en relief - à tout prix.

Stevenson, Jack London, Hemingway et Hugo Pratt sont morts. Ils ne seront pas remplacés. Il faudra faire avec ce qu’ils nous ont laissé et c’est tout.

Pour en finir avec la fiction (et après je me calme...), une citation de Rudyard Kipling : « Cette histoire est vraie, puisque je l’ai inventée ».

10 février 2014

Bizarre le polar…

flingue

De retour du salon du polar, à Agen. Le doute m’envahi à propos de ce milieu que je connais peu… Des hommes de lettres (?) des loosers de l’édition qui se la pètent (?). Des apprentis San-Antonio (?). Je ne sais trop quoi penser… Faut faire le tri, certainement.

Heureusement, quelques belles rencontres, après le BD-Concert « Au vent mauvais ». Fais la connaissance de Carlos Salem, auteur, poète et journaliste Argentin, qui vit aujourd’hui à Madrid. Un mec d’une rare humanité. Ça triche pas sous son bandana noir… Bien envie de lire ses livres, « Aller simple », notamment. Revu mon copain Guillaume Guéraud, super en forme. Vraiment un mec bien, ce Guillaume. Passé de bons moments avec José Homs (dessinateur de Millenium) et aussi l’ami Sylvain Ricard, beaucoup parlé de sa « Revue Dessinée », évidemment, passionnant !

Ai croisé aussi trois trous du cul d’auteurs polar, qui on descendu en flèche l’écriture de mon copain Rascal, à la sortie du BD-Concert « Au vent mauvais ». D’un ton très professoral, ils m’ont « expliqué » que l’on ne pouvait pas servir une histoire avec une écriture aussi faible (sic). Ils ont essayé de me prendre le chou avec l’absence des pronoms sujets dans l’écriture de Rascal, l’utilisation du « cela » et du « ça » à tort et à travers, selon eux… Pas trop compris. Me suis pas trop senti attaqué, non plus. Cela n’a pas grande importance… Là où j’ai failli péter un plomb, c’est lorsque l’un d’eux m’a parlé de la redondance entre les textes et mes images sur « Au vent mauvais »… Sans déconner, vaut mieux entendre ça que d’être sourd. Heureusement, ils n’ont pas parlé musique… Sinon, j’appelais mes copains rockeurs du groupe « The Hyènes », qui n’étaient pas encore couchés, et là, y'aurait eu du sang sur la moquette du Stim'Otel…

À part ça, c’était chouette, Agen. Merci à tous les bénévoles du salon Polar'Encontre. Merci à toute l'équipe du Florida qui a accueilli le BD-Concert, samedi soir. Merci aux 200 personnes qui sont venus voir ce spectacle !

Je range mon flingue. A la prochaine...

12 décembre 2011

L’abécédaire, selon Google…

ABCgoogle

Faisant naïvement le constat que l’impartial Google répertorie très sérieusement toutes nos préoccupations premières et les classe par ordre de « popularité », je me suis dit, toujours très naïvement : faisons un test…  Une sorte d’abécédaire Deleuze version « tout le monde ».

J’ai donc tapé consciencieusement une à une les 26 lettres de l’alphabet. Et j’ai observé pour chacune d’elle, ce que le grand Google nous propose en première place comme matière à rêver.

J’aurais mieux fait de m’abstenir. Me voilà contraint de ressortir bien avant l’heure, ma boîte de comprimés de millepertuis qui m’aide tous les ans à passer l’hiver avec un moral pas trop dans les chaussettes.

Allez, je vous livre le fruit de mon expérience. Attention, âmes optimistes, idéalistes ou utopistes, s’abstenir. Certaines occurrences peuvent heurter.

A : Allociné (pourquoi pas...)

B : Bon Coin (n’importe quoi…)

C : Caf (ah, bin oui…)

D : Deezer

E : Ebay

F : Facebook

G : Google (impartial ? mon cul !)

H : Hotmail

I : Ikea (respect, la Suède...)

J : Jeux (gratuits, évidemment… On va quand-même pas payer pour s’amuser)

K : Kiabi (Au secours !)

L : Le Bon Coin (hé oui, encore lui… Il est malin !)

M : Mappy

N : Nrj (ha... La culture Cauet !)

O : Orange (pas le fruit, hein… Bien-sûr)

P : Pages Jaunes

Q : Quelle (au cas où Kiabi serait fermé…)

R : Redoute (ça existe encore, La Redoute ?)

S : Sncf

T : TF1 (ah ouais… Tiens ?)

U : UGC (bien fait pour ta gueule l’URSSAF !)

V : ViaMichelin (au cas où Mappy serait en panne)

W : Wikipédia (Alléluia !)

X : Xbox (on a échappé de justesse à X Factor)

Y : Youtube

Z : Zara (trop la classe…)

 

Allez, avec tout ça, y’a de quoi faire de beaux rêves...
C’est chouette !

> Ne soyons pas trop ingrat, en ce moment (début décembre 2012), Robot Google précise ceci sur sa page d'accueil : « En cette période de fêtes, Google soutient divers organismes caritatifs dans leurs efforts pour créer un monde meilleur ».

8 mai 2009

Le miel et le caca

miel_et_caca

Le monde n'est pas bipolaire, me dit-on... Ce n'est pas si simple mon cher ! Le bien d'un côté, les méchants de l'autre... C'est trop facile ! Le beau... Le moche... Tout est relatif ! Et l'alternance du yin et du yang... Hein ?

Peut-être...

Mais moi, ce que je crois (et ce n’est pas une certitude, c’est juste le vent qui me l’a soufflé…) c’est que l'abeille produira toujours du miel et la mouche continuera à pondre sur le caca.

8 septembre 2022

Chroniques martiennes

chroniques

En cette fin d'été 2022, le milieu de l'art et de la création visuelle est en ébullition. Les programmes informatiques de génération d'images à partir de descriptions textuelles suscitent l'émerveillement du public branché sur la culture geek, mais inquiètent les artistes professionnels, les illustrateurs de presse, les graphistes et auteurs de comics books. Parmi cette nouvelle génération d'intelligences artificielles, on dit, ici et là, que « Midjourney » semble imposer son efficacité de calcul aux vues de résultats esthétiques époustouflants. Entre l'inquiétude des uns et l'émerveillement des autres, je m'interroge... Comme je sais par expérience que, souvent, seule l'expérience peut amener des éléments de réflexions valables, je tente donc l'expérience ; « l'observation participante », comme disent les anthropologues. Je me connecte à « Midjourney » via le serveur Discord. 1,5 million d'utilisateurs au moment où je m’inscris. C'est beaucoup, mais assez peu par rapport à la population mondiale. Et pour l'instant, c'est peut-être mieux ainsi... Souvenons-nous que « Tay », l’intelligence artificielle de Microsoft lancée en 2016 n’avait mis que quelques heures à proférer des insultes nazies après avoir passé un peu de temps à « discuter » sur Twitter avec ses 300 millions de crétins d'utilisateurs mensuels dans le monde, à l'époque. Bref... Je me lance. Je tape « planète mars ». C'est tout. Pour commencer... Et sans surprise, j’obtiens une image à dominante rouge vif, très lisse, dans un rendu pseudo-photographique, assez basique, d'une vacuité impersonnelle affligeante. Une sorte d'image piochée aléatoirement dans le chapeau d'une loterie animée par le robot Curiosity de la Nasa. Je renouvelle l'essai. Mais cette fois, je commence à recopier le début du deuxième chapitre des « Chroniques martiennes », un texte de Ray Bradbury publié en 1955 : 

« Ils habitaient une maison en piliers de cristal sur la planète Mars, au bord d'une mer vide... » 

Puis, comme dans une recette de cuisine, j'y ajoute ensuite quelques lignes de « prompt » suplémentaires afin de préciser mes intentions graphiques, en rapport avec mes critères esthétiques, mes techniques habituelles de dessin, mes outils de prédilection, mes influences artistiques... « Noir et blanc, dessin à l'encre, pinceau, contraste, gravure, vieux comics, années 50, sépia… etc. » Soixante secondes plus tard, l'image apparait lentement sur mon écran comme au fond d'un bac de révélateur dans l'obscurité d'un labo photo argentique du début du XXème siècle... Je suis un peu déboussolé car le résultat est très proche de ce que j'aurais pu produire traditionnellement sur ma table à dessin... Mais je ne sais pas si je dois être fier de moi ou admiratif de la prouesse technique de la machinerie algorithmique, ou plutôt de ses concepteurs... Au delà des inévitables bavardages stériles et indigents à propos du droit d'auteur, de la récupération de données artistiques, du « plagiat organisé et de l'enrichissement de milliardaires de la Silicon Valley sur le dos de la précarisation des artistes visuels » (sic)... Au delà de tout cela, la seule chose que je peux dire, c'est que la création de cette image a été initiée par un humain vivant (moi) grâce à la description littéraire d'un autre être humain non-vivant (Ray Bradbury) et réalisée par un supercalculateur (Midjourney) qui a cherché, trié, analysé, mixé, des milliers (des millions ?) de fragments pertinents en puisant dans l'immense stock de matières visuelles générées par l'humanité depuis le paléolithique, désormais disponibles dans les entrailles de câbles et de silicium du big data. Le résultat ; une image inédite, qui n'a jamais existé auparavant, qui n'est ni un collage, ni un plagiat. Est-ce une promesse d'hybridation coévolutive entre l'humain et l'artefact ? L'ébauche d'un monde nouveau où la fragilité du vivant impose enfin la puissance de son être-au-monde à la machine inerte afin de continuer, malgré la numérisation de nos existences, à créer de l'aléatoire, de l'inutile, du non-prédictible, de l'accidentel ? Je ne sais pas... L'optimisme béat n'est pas mon fort. Mais j'aime bien ce dessin, sa facture, son cadrage, sa désuétude, sa justesse surannée... et son histoire. 


— Dans mes carnets, fragments of times — 
(image promptée et générée avec un réseau neuronal artificiel © Thierry Murat / sur Midjourney) 

24 septembre 2022

Automnale

tremendum

« Dans ce goût de l'amertume, il y a la conscience de l'agitation délétère du monde, et une aptitude à résister, parfois par l'engagement, parfois par la vis comica, parfois par l'échappée, la fuite même, l'évasion, le « hors de ». Régulièrement ne pas y être, ne plus y être. Une aptitude à la furtivité. Le territoire littéraire permet de sublimer tous les ressentiments et de goûter précisément l'amertume des choses, des êtres, des idées. Mais il existe des territoires symboliques qui ne sont pas ceux de la littérature, et qui peuvent nous apporter ce « magistral » dont nous avons besoin pour ne pas sombrer. Le goût de l'amertume, développer cette faculté, nous aide à devenir des arpenteurs du monde. Parce que nous ne craignons pas ce goût, parce que nous savons l'apprécier, il augmente la densité du monde, disons plutôt notre compréhension du monde. Ce goût de l'amer est aussi une façon de guérir du ressentiment. »
 

— Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste / « Ci-gît l'amer - Guérir du ressentiment », éditions Gallimard, 2020 — 
(Photographie : dans mon Kodak PixPro, ci-gît l'été...) 

2 décembre 2021

Mars 2098

terrasse_moléculaire2

Quand je suis sorti sur la terrasse, l'épaisse brume d'azote avait envahi la vallée ; recouvrant totalement le squelette de la cité-morte. L'air était doux. Et mon rêve muet de la nuit dernière avait regagné la mémoire flash des espaces de stockage inframoléculaires, juste en dessous de la carlingue de la Villa Plasma. Ray Bradbury avait raison ; il faut se fabriquer des ailes durant la chute. 


— Dans mes carnets, écrire des fragments — 
(Dans mon Digital Sketchbook, visions) 

3 mars 2021

En attendant...

_strip_aube_

« Tout passe et s'évapore en pourritures célestes. 
Les siècles succèdent aux siècles.
Contempler la chute permanente de l'état de grâce... 
Et admirer la décomposition du monde
dans la corruption de l'existence éternelle. » 

— NE RESTE QUE L'AUBE © Thierry Murat / éditions Futuropolis / page 78, extrait — 
(En librairie, le 7 avril de l’an de grâce 2021) 

Ici, quelques précisions de la part de l’éditeur : https://www.futuropolis.fr 

31 janvier 2021

Archivage

étagères

Tous les deux jours, la race humaine crée désormais autant d’information que nous l’avions fait entre l’aube de la civilisation et l'an 2000. Cela représente un peu plus de cinq exaoctets de données par jour... Les espaces de stockage ne pouvant être indéfiniment en expansion comme l'Univers, qu'allons-nous archiver en priorité pour les générations post-humaines de demain ? La merde ou la poésie ? 


— Dans mes carnets, fragments de notes — 
(Sur les étagères de mon Digital Revio, homelandes) 

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Profil instagram > (re)désactivé
(depuis les incendies de juillet 2026)
« Hors d'atteinte de l'anxiety-business 
récupéré par les algorithmes charognards
post-catastrophe » 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

Compte facebook > définitivement supprimé 
(depuis janvier 2019) 
« Hors contaminations collectives
émotionnelles et méta-
synchronisées » 



 



 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Réseau Linkedin > désactivé
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« Hors d'atteinte de la novlangue-de-bois
managériale et entrepreneuriale »
 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 


 

 

 

 

 

AVERTISSEMENT :



 

« Je veux bien être entièrement tenu 
pour responsable de ce que je publie ici, 
mais je ne peux en aucun cas être jugé 
coupable de n'avoir pas écrit, dessiné,
ou photographié ce que 
tu aurais voulu
voir ou entendre. » 

Bien cordialement, 
– La Direction – 

 



 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


 

En ce moment sur ma table de nuit :

 

 

 

 

 

 


(En application cutanée, trois fois par jour. 
Protège l’individu des névroses collectives et sociétales. 
Puissant analeptique, riche en fer et en potassium.)