WaitingForNothing

— Dans mes carnets, fragments dessinés en pensant à Giorgio De Chirico —

— Dans mes carnets, fragments dessinés en pensant à Giorgio De Chirico —

Le chancre pandémique
de l'ignoble siècle jeuniste et planétaire
décime les anciens et leur mémoire de pierre.
La Camarde ne me fait pas peur.
Non.
J'entretiens avec elle une relation
étrangement intime
depuis quelques millénaires.
Mais dans ma tendre misanthropie,
j'ai peur de crever
contaminé par cette hideuse
race posthumaine
biberonnée à la télé réalité
et dépucelée sur youtube.
Je veux pas finir infecté
par cette misérable armée
de cloportes humanoïdes,
neurasthéniques et cyberconnectés
à l'ultra-bêtise du monde.
Leave me alone,
peuple maudit.
— Dans mes carnets, fragments —

— RANXEROX / Tanino Liberatore © L'Écho des Savanes, 1981 —

Le temps
de l'attente
est dans la terre.
Le vers du poète
est dans le fruit.
Pourriture
céleste,
donne-nous
l'azur !
Les nues.
— Dans mes carnets, fragments —

— SUMMER BLONDE / Adrian Tomine © Drawn & Quarterly publishing, 2002 —

« La poésie se distingue de la littérature comme le désir d'être se distingue de la gestion de l'avoir. Elle ne cherche pas des significations mais le sens, le sens qu'il y a à vivre. »
— Yves Bonnefoy —
(Photographie : Portrait de Charles Baudelaire par Félix Nadar,
vers 1855 / Négatif sur plaque de verre)

— BLUE / Kiriko Nananan © Magazine House, Tōkyō, 1996 —

Au loin
le ciel cogne
sur un tambour de guerre
éventré
Pendant
que chacun règle
ses comptes d'apothicaires
étriqués
Là-bas
le vent mauvais
des gourous
trafique la rumeur
On aurait dû
si seulement si
on n'avait qu'à
si j'aurais su
— Dans mes carnets, fragments —

Chacun a sa tragédie privée.
Le rentier de gauche
comme le vagabond des étoiles.
Le moine comme la putain.
Chacun se considérant
comme une nécessité première.
Chacun se croyant unique
dans son misérable égoïsme.
Vouloir faire commerce universel
de sa propre tragédie,
c'est l'imposture des impuissants.
La posture des lâches.
Le philosophe ne sait
que théoriser
le drame de l'existence.
Le journaliste d'investigation
et le médiocre romancier
ne font que transformer
les blessures intimes
en pièces à conviction.
Pour guérir du chaos du monde,
adressez-vous au poète.
À personne d'autre.
— Dans mes carnets, fragments —

Eostre tarde à se lever.
L'indolente équinoxe
traîne encore au lit
des ruisseaux
et dans les draps blancs
du vieil hiver.
Aux creux de l'aube,
le flou du dernier sommeil
de la dernière Lune
rêve encore un peu
d'un inéluctable réveil
des consciences.
Puis Eostre se lève enfin.
Lascive.
Offrant
sa croupe
aux semences
de feu.
— Dans mes carnets, fragments printaniers —
(Photographie : Arthur F. Kales, 1920)

À part le mauvais vin,
je crois qu'il n'y a rien de pire
que la mauvaise littérature
si ce n'est, peut-être,
la mauvaise poésie.
Celle qui cui-cuite
en gazouillant
des métaphores poussives
de chants de piafs
aussi cruches
que les roucoulades
d'un gros merle empoté
se prenant pour Jacques Pivert,
faisant fièrement d'une fiente sur le sol
un haïku low cost sur facebook
et espérant ainsi épater la volaille
du poulailler en temps de crise.
Cot-cot-codex.
— Dans mes carnets, fragments —
(Dans mon grenier, mièvrerie encadrée et oubliée)

Les jours succèdent aux jours.
De la lumière à l'obscurité,
l'éternité se réduit toujours
à une affaire de minutes.
Il y avait tant à faire ici
depuis si longtemps déjà.
Mais le temps se rétrécit.
Alors les mots se détachent du carnet
et redeviennent nuages, étoiles,
cailloux, lacs gelés,
ou fleurs de charogne.
— Dans mes carnets, fragments —

— AKIRA / Épisode 21 « Fureur et tourment » / Katsuhiro Otomo © 1991 —

Ce matin,
les rats des villes ont quitté le navire.
Ils font semblant de relire la peste de Camus
dans leur maison de campagne
en buvant du thé vert sur facebook.
Pas trop de bisous, madame la marquise.
Pas trop de bisous...
Gardez-en pour vous.
(...)
Et ici, on vit.
Depuis des siècles.
On regarde au loin
la fatigue des jours meilleurs
qui avancent.
Rentrer du bois.
Réparer les gouttières.
Plumer quelques grives.
Amener la petite au docteur ;
ce n'est qu'un mauvais rhume,
garde bien le lit au chaud
sous l'édredon.
— Dans mes carnets, fragments —

« That's when you know
Who your real friends are
(That's when you don't)
Who your real friends are
This is when you know
This is when you know
Who your real friends are
(That's when you don't)
(That's when you don't)
(That's when you don't)
This is
This is when you know
Who your real
Who your real friends are
Who your real friends are
That's when you know »
— Thom Yorke / Runwayaway / Sur l'album « Anima », 2019 —
(Photo : dans mon atelier, fragments de vanité)

La terre d'ici,
montre un chemin de sable
qui épouse l'écorce.
Le vent se fait discret d'apaiser
les frayeurs des villes
en millions d'exemplaires.
Au loin, les cris des hommes
dispersent mes silences.
Le cœur sur l'ouvrage
préserve le temps précieux,
d'être au monde
page après page, le ciel avance
en solitude.
Et la forêt se tait.
— Dans mes carnets, fragments —

Comme le soulignait très récemment un collectif d’avocates pénalistes, dans une tribune au journal Le Monde : « Il convient urgemment de rappeler que dans un État de droit, la présomption de culpabilité n’existe pas. »
Il est bon d'entendre à nouveau s'élever les voix de la sagesse et de la loyauté, en ce siècle enténébré, surexcité par le retour ultraconnecté de la loi du talion et de la pénalité automatique moyenâgeuse. Il était grand temps... Merci à elles.
Car, seule la présomption d'innocence donne à la justice le pouvoir de nous protéger contre l'hystérie vengeresse de la vindicte populiste. Car, seule la prescription empêche l’homme mortel de conserver une haine immortelle. Car, rendre la justice à titre privé, en dehors d'un tribunal, est un délit. Point à la ligne.
Ceci étant dit, il est donc également grand temps de ressortir cette vieille affiche – désormais mainstream et politiquement correcte – publiée en novembre dernier, ici même sur ce blog, avec un peu d’avance à l’allumage sur les événements (c’est l’habitude de la maison...). Elle est éditée et toujours disponible, sous le label Illegal Prints.
— Sur ma boutique en ligne : ILLEGAL PRINTS /
« Justitia 2.0 » / Affiche 30 x 40 cm / 16 € —
( En vente ici : https://thierrymurat.bigcartel.com )
BOUTIQUE FERMÉE (all sold out) LE 26 / 04 / 2020

« Vous êtes tous fous. À mener des guerres incessantes et sanglantes contre tous ceux qui ne partagent pas votre peur de la vie. À trouver des obscénités secrètes dans chaque mot honnête, tandis que vous essayez de noyer vos propres pensées obscènes sous vos prières assourdissantes. »
— Texte & peinture numérique © Dave McKean, 1998 /
Extrait de « Cages », page 377 —