Révélation...
— C'était un communiqué de Science_of_ze_Futur —
(Merci de nous avoir suivis)
— C'était un communiqué de Science_of_ze_Futur —
(Merci de nous avoir suivis)

En ce début de 22ème siècle, la valeur universelle – et donc la forme poétique – des messages de bonne année importait peu. À l'instar de n'importe quelle donnée valorisée non-fongible, les NFW (Non-Fungibles Wishes) flattaient surtout l'ego. Ils étaient distribués gratuitement tous les 1ers janvier par l'Empreinte Système à la crypto-populace, sur ses neuro-screens synchronisés. Les NFW étaient certifiés d'unicité, offrant ainsi une valeur médiane reposant uniquement sur la propriété individuelle augmentée. Ils pouvaient être revendus le double, le triple ou au centuple sur le GoodPlace. Ces crypto-vœux s'inspiraient ouvertement des fortune-cookies du 21ème siècle. Ce qui leur conférait un certain charme désuet en provoquant une charge émotive à bon marché, déjà supérieure à la valeur minimale avant spéculation.
Certains NFW contenaient des messages progressistes cryptés. Ça, c'était le petit premium+ offert par l'Empreinte Système aux avatars de la Knockchain, en chaque début d'année, afin de perpétuer le sens de la fête post-moderne pour les générations futures.
— Dans mes carnets, fragments of times —

— Sur mes étagères / Plaisir d'offrir, joie de décevoir —
(Produit premium+, certifié « non-clivant »)

Le 10 janvier 1956, dans les studios RCA à Nashville, Elvis enregistre cette étrange complainte. Loin des swinging fifties. Au bord du précipice. En déséquilibriste visionnaire. Toute la légende naissante de ce gamin de vingt et un ans semble prendre racine dans ce white blues des bas-fonds, comme dans un film noir ; sur cette ligne de contrebasse qui suinte le long des rideaux flétris d'une chambre d'hôtel et dans ces maigrelettes notes de piano, étincelantes dans un ciel sans étoile. On est bien loin du frétillant Blue Suede Shoes qui tourne en boucle à la radio en cet hiver 56. Et si c'est encore un peu du rockabilly old school de Memphis Tennessee, il y a surtout ce trois-fois-rien d'autre chose qui se dégage du son orageux de Heartbreak Hotel... Mais quoi ?, me demandais-je fébrilement en terminant ce dessin.
— Dans mes cartons, fragments dessinés —
(Dessin ©Thierry Murat / Magazine Pop Icons #1 / À paraître début juin 2022...)

Quand je suis sorti sur la terrasse, l'épaisse brume d'azote avait envahi la vallée ; recouvrant totalement le squelette de la cité-morte. L'air était doux. Et mon rêve muet de la nuit dernière avait regagné la mémoire flash des espaces de stockage inframoléculaires, juste en dessous de la carlingue de la Villa Plasma. Ray Bradbury avait raison ; il faut se fabriquer des ailes durant la chute.
— Dans mes carnets, écrire des fragments —
(Dans mon Digital Sketchbook, visions)

Lorsque l'on se dit éveillé, responsable, engagé, citoyen... en boycottant Amazon, Monsanto, Nutella, Nestlé, le glyphosate, Zara, la 5G, Airbus, Big Pharma, MacDo, Polanski, et j'en passe... Comment peut-on encore, en toute sérénité, continuer de lécher le cul de Mark Zuckerberg, Jack Dorsey et Zhang Yiming, en utilisant quotidiennement leurs produits dégueulasses qui bousillent les cerveaux de nos gamins et détruisent peu à peu les dernières démocraties encore en vie en favorisant et en exacerbant l'impulsivité cognitive, la régression narcissique, l'addiction à l'indignation, le tribunal populaire, la paranoïa collective, la censure, et le chaos populiste pré-totalitaire ? La réponse est certainement dans la question. Sûrement très sélective, comme le tri. Tout comme l'aveuglement idéologique ou religieux.
— Dans mes carnets, écrire des fragments of times —

« Aucun, peut-être, n'aura dit quelle était jusqu'à nous l'irrésistible fascination sur l'habitant de cette terre de silence et de paix, d'espace sans limites ; de tristesse aussi, si l'on veut, – des étrangers qui la traversèrent distraitement au sortir du tumulte enfiévré de leurs villes et ne pouvant la comprendre, le lui ont parfois reproché, – mais d'une tristesse auguste et toute à elle, d'une infinie douceur, née de la poétique nudité entourante, d'un vague recueillement des choses dont le charme mystérieux, pénétrant l'âme primitive de la trace, la vouait à une rêverie muette, d'inconscient et de perpétuel enchantement... »
— Texte et photographie de Félix Arnaudin, né en 1844 et mort en 1921 à Labouheyre (Landes de Gascogne) / Extrait de « Choses de l'ancienne Grande-Lande » © 1926 / éd. Gallica - BNF —

À Paris, début 1942, dans un contexte de collaboration avec l'occupant, de censure et d'autodafés, paraît clandestinement un petit roman de 96 pages qu’on se passe sous le manteau. Il s’intitule « Le silence de la mer » et il est signé d’un certain « Vercors ». Un livre qui raconte le silence d’un vieil homme et de sa nièce face à l’officier allemand qui a réquisitionné leur maison. Le silence comme une arme... Ce livre, véritable défi au régime nazi et à l’autorité de Vichy, acte de résistance littéraire, crée une immense surprise et suscite de nombreuses questions. De qui est ce court roman au titre poétique et mystérieux ? Quel auteur se cache sous l’étrange pseudonyme de « Vercors » ? Et quelle est cette maison d’édition que personne ne connaît, « Les Éditions de Minuit », qui a réussi la prouesse de sortir un si bel ouvrage en ces temps de pénurie, de terreur et de répression ? L’histoire du « silence de la mer » sera d’après Aragon, « le secret le mieux gardé de toute la guerre. »

Au printemps / été 2021, j'ai réalisé une cinquantaine de dessins mis en mouvements qui accompagnent les rares images d'archives, pour essayer de raconter au plus juste l'histoire de la publication de ce livre, dans un très beau film réalisé par Nadine Lermite, produit par Harbor Films et diffusé sur France 5, le vendredi 19 novembre à 22h25.
— « LE SILENCE DE LA MER, Une édition dans la Résistance » / Un documentaire de Nadine Lermite / 52 minutes / Coproduction France 5 - Harbor Films / Diffusion : vendredi 19 novembre 2021, à 22h25, sur France 5 —
(Dessins © Thierry Murat / Harbor Films, 2021)
En replay jusqu'au 17 janvier 2021, ici : www.france.tv

— Ne reste que l'Aube / Thierry Murat © éditions Futuropolis —
(176 pages en bichromie, tons directs sur papier offset / 24,6 x 30,7 cm / ISBN : 9782754828086)
En librairie, depuis le 7 avril 2021

Pendant que le druide marseillais pleurniche sous son bonnet d'âne, et que la courageuse blonde américaine explique la stratégie de l'enculade algorithmique aux parlementaires européens, l'homo-neurasthénicus-cyber-connectum, lui, est fin prêt pour le prochain et ultime confinement augmenté : la méta-crétinerie immersive mondialisée.
— Dans mes carnets, écrire des fragments of times —
(Photographie : « Portable Living Room », sculpture de Walter Pichler © 1967)

« On est emporté par l'ambiance de cette conversation nocturne et par la noirceur du dessin. Quand il ne reste que l'aube après la lecture, c'est que la hantise ne disparaît pas... »
— Adrien Tournier / Librairie l'Atelier / Paris 20e / Haut Belleville —
(Ne reste que l'Aube / Thierry Murat © Éditions Futuropolis)
En librairie, depuis le 7 avril 2021

Retour chez nous,
pour y enfouir la lumière
dans les yeux et l'âme
de la tanière griffue,
blanchie à la chaux.
— Dans mon Kodak PixPro, fragments d'ici —
(Lampe Lyre noire, H. 72 cm, designed by Philippe Cuny © 1990)

« Si quelqu'un te dit qu'il n'y a qu'une seule voie, la sienne, éloigne-toi le plus possible de lui, tant physiquement que philosophiquement. »
— Jim Jarmusch —
(Collage de Jim Jarmusch / Anthology Editions © 2021)

À Santa Marta, près de la frontière vénézuélienne, la Colombie devient caribéenne. Tu peux me croire... l'air y est plus lourd qu'une enclume chauffée à blanc. Et c'est dans la rue que tu réalises que la nuit noire est une offrande, lorsque le jour se cogne contre les murs du barrio Pescaíto.
— Dans mes carnets, écrire des fragments —
(Dans mon Kodak PixPro, tropical blues)

Entouré du monumental visuel de fond de scène, saturé de notifications et d'injonctions précédées de hashtags totalitaires, me voici donc... Posant pour la postérité sur le trône de l'exposition consacrée à « Ne reste que l'Aube », à Évreux. Un bel espace, un bel accrochage et quelques vitrines dévoilant discrètement mon petit cabinet d'intimes curiosités. On se sent souvent nu (sous sa blouse), en de pareilles circonstances. Tout dépend alors du chauffage... inévitablement.

À quelques encablures de la soirée d'inauguration, on m'a demandé gentiment de repeindre un mur ; partie intégrante de la scénographie. Modestes traces – oscillantes entre calligraphie et abstraction figurative – éclairant cet espace feutré à la lueur d'un chandelier et de deux bougeoirs.

Cette éphémère présence intemporelle reste en place jusqu'à la fin de l'année. Merci à la ville d'Évreux et à toute l'équipe de la Maison des Arts. Spécial merci à Frédéric Bihel...

— Exposition « Les Mondes Futurs » Thierry Murat (Ne reste que l'Aube / éd. Futuropolis) & Xavier Coste (1984, d'après Orwell / éd. Sarbacane), à La Maison des Arts d'Évreux, du 15 octobre au 31 décembre 2021 —
(Commissaire d'exposition : Frédéric Bihel)

Je crois que j'aime
autant les murs de Bogotá
que le mal de crâne
des Andes en altitude
qui s'efface
comme une énigme diluée
dans les vapeurs
cinq fois millénaires
de la feuille de coca
en décoction.
— Dans mes carnets, écrire des fragments —
(Dans mon Kodak PixPro, infusion)

Cinq planches inédites de bande dessinée expérimentale exposées au Centre Culturel Gabriel García Márquez, à Bogotá. Un accrochage quelque peu monumental qui essaye de scénographier ma vision personnelle du comic strip à la verticale... Merci à l'Alliance Française et au Goethe Institut de Bogotá, pour la carte blanche et l'invitation au voyage.

— Exposition collective « Jump The Wall ! » à Bogotá, du 24 septembre au 23 octobre 2021 —
(Commissaire d'exposition : Camilo Vieco)

L'humeur tropicale dégouline le long des feuilles de palme. Les hélicoptères, accrochés au plafond de l'hôtel Majestic, malaxent la salsa électro avec la sueur climatisée des touristes vaccinés.
Quelques Arhuacos, géolocalisés sur snapchat, dansent sur la plage. Cartagène des Indes est bel et bien aux Amériques.
J'écris avec ce qu'il me reste de voyage ; una sonrisa mundializada.

En septembre / octobre 2021, il sera question de « Ne reste que l'Aube », de quelques fragments de moi un peu partout... et donc, inévitablement, d'ubiquité.
• Du 24 septembre au 23 octobre 2021, SUREXPOSITION II, dans le cadre du festival FORMULA BULA, à la galerie Immix, Quai de Jemmapes, Paris 10ème. « Immix galerie expose des œuvres que tout oppose sauf leur allusion forte à la photographie. Thierry Murat, dans Ne reste que l’Aube, traite l’image à la façon d’une photo haut-contraste dont est expurgé tout demi-ton et tout dégradé. La lumière se fait crue, dure, rasante, comme au coucher ou à l’aube, rappelle Caravage, ou, en BD, l’œuvre de Muñoz. Avec toutefois un monochrome très personnel à l’auteur qui nous immerge entre chiens et loups. La vraisemblance si typique de la photographie persiste, mais se fait ambiguë ; nous reconnaissons New York, mais nous sommes à Stockholm à la fin du 21ème siècle... La vraisemblance photo fait paradoxalement fonctionner l’imaginaire et sert superbement l’économie d’expression. » (Commissaire d'expo : Carlo Werner)
• Du 15 octobre au 31 décembre 2021, LES MONDES FUTURS, à la Maison des Arts d'Évreux. « Flash back sur le parcours de Thierry Murat à travers une décennie de bande dessinée, en six livres publiés aux éditions Futuropolis. Et une grande exposition scénographiée autour de son dernier ouvrage ; Ne reste que l'Aube. » (Commissaire d'expo : Frédéric Bihel)
• Du 20 septembre au 22 octobre 2021, à Mont-de-Marsan. Exposition d'une dizaine de planches originales de ÉtuŋwAŋ / Celui-Qui-Regarde (Thierry Murat © Futuropolis, 2016) dans le cadre du festival PAL'ARBRE, à la librairie Caractères - Café Social Club.
• Du 24 septembre au 23 octobre 2021, exposition collective à Bogotá. « Six artistes internationaux et quelques colombiens sont invités au centre culturel Gabriel García Márquez par l'Alliance Française pour le vernissage de cette exposition, pour des conférences, des tables rondes, des ateliers... Thierry Murat y expose cinq planches inédites réalisées spécialement pour l'occasion, autour du thème de l'événement : JUMP THE WALL ! » (Commissaire d'expo : Camilo Vieco)
— Paris, Évreux, Mont-de-Marsan, Bogotá, et au-delà... —

On ne part pas pour se soigner... Je ne comprendrai jamais ceux qui arpentent les déserts, les routes poussiéreuses, les pistes défoncées, pour apaiser leurs angoisses existentielles. Tout comme ceux qui s'accaparent les rues pavées et les ronds-points pour guérir leurs névroses sociétales avec des pancartes et des banderoles, envahissant l'espace commun en le transformant en un hideux divan collectif.
Partir c'est s'éloigner en silence, loin de toute revendication politique, idéologique, écologique, religieuse... Celui qui revendique quoi que ce soit de ce « style » dans l'idée du voyage n'est qu'un publicitaire de la bienpensance, un touriste fonctionnaire du camp du bien ou, tout simplement, un puceau de l'âme. Partir n'est surtout pas une affaire de style. Partir à l'autre bout du monde, c'est laisser un instant tous ceux qui s'affairent à la plus médiocre et la plus détestable des occupations : vouloir changer (ou sauver) le monde – en se regardant le nombril devant un smartphone, le cul sur un canapé.
Le vrai voyageur n'est pas un moine pèlerin végan, ou une instagrameuse de couché·e·s de soleil·le non genré·e·s, ou un yogi marcheur bouddhiste antispéciste... Le Voyageur est un loup misanthrope, affamé de rencontres d'exception, qui essaye juste de faire de sa fuite quelque chose d'esthétique.
— Dans mes carnets, fragments de départ imminent —

En initiant ou en co-organisant des embryons de révolutions populistes – comme les cortèges de gilets fluo en plastoc ou les troupeaux obscurantistes de ruminants anti-médecine, militant pour la potion magique – les réseaux sociaux ne savent faire, bêtement, que ce pourquoi ils ont été créés : fabriquer de l'illusion en générant de la surinformation émotionnelle afin d'affaiblir la connaissance universelle. That's (only) what I said.
— Dans mes carnets, écrire des fragments hérétiques —
(Peinture : Jérôme Bosch, 1480 / « L'Escamoteur » / Huile sur bois, 53 x 65 cm)